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Former autrement à l’ère de l’IA et du « zéro code »

Un enjeu commun pour les écoles en France et au Maroc.


Par Dr Az-Eddine Bennani

« Je veux que mes programmeurs et ingénieurs passent 0 % de leur temps à coder », a récemment déclaré Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, à propos de l’évolution des métiers techniques à l’ère de l’intelligence artificielle. À première vue, la formule surprend, voire choque. Elle n’est pourtant ni absurde ni provocatrice.
Elle révèle un déplacement profond et irréversible de la valeur dans les métiers du numérique, déplacement que nos systèmes de formation tardent encore à intégrer, aussi bien en France qu’au Maroc.



Il est essentiel de replacer cette affirmation dans une perspective historique.

Le « zéro code » ne constitue en rien une rupture brutale avec l’informatique telle que nous la connaissons. Il s’inscrit au contraire dans la continuité logique du progrès de la science informatique.

Aux origines, les ingénieurs programmaient directement en assembleur, puis en Fortran, Basic ou Cobol à la fin des années 1960. L’objectif était déjà clair : s’éloigner du langage machine pour se rapprocher de la logique humaine.

Dès les années 1980, cette dynamique s’est poursuivie avec l’apparition de générateurs de code. Certains langages permettaient déjà de produire automatiquement les instructions d’un autre langage, comme ce fut le cas avec Cobol II.

L’automatisation de l’écriture du code ne date donc pas de l’intelligence artificielle ; elle est constitutive de l’évolution même de l’informatique.

Le même phénomène s’est reproduit au début de l’Internet.

À la mi-années 1990, créer un site web impliquait d’écrire manuellement des instructions HTML. Très rapidement, des générateurs de HTML, puis des CMS et des outils visuels, ont libéré les développeurs de cette tâche répétitive. Là encore, la valeur s’est déplacée du code vers la conception, l’architecture et l’usage.

Ce que nous observons aujourd’hui avec les outils d’IA capables de générer automatiquement des instructions de programmation prolonge cette trajectoire historique. Lorsque l’exécution se mécanise, la responsabilité humaine ne disparaît pas : elle se déplace vers l’orchestration des systèmes.

Le cœur des métiers techniques devient alors la compréhension des systèmes complexes, l’intégration du contexte métier, des données et des usages, la conception d’architectures cohérentes et responsables, ainsi que l’arbitrage entre performance technique, coût économique, impact humain et impact environnemental.

Depuis le tapage médiatique autour de l’IA, certaines écoles de management en France, y compris parmi les plus reconnues, ont décidé de former leurs lauréats à la programmation Python.

Je considère cette orientation comme une erreur stratégique. Non parce que Python serait inutile, mais parce que former des managers à coder est une réponse mal posée à une bonne question.

À l’ère où le code est de plus en plus automatisé, le rôle d’un diplômé d’école de management n’est pas de devenir programmeur, mais de comprendre, décider, arbitrer et orchestrer.
J’espère que cette erreur ne sera pas reproduite par mimétisme par les écoles et universités au Maroc.

Le pays doit construire ses propres modèles de formation, ancrés dans ses besoins réels et dans une vision de long terme.

Les entreprises ne recherchent ni des programmeurs « augmentés » par l’IA, ni des managers capables d’écrire quelques scripts.

Elles attendent des profils capables de traduire un besoin métier en système intelligent, d’intégrer données, modèles, processus et règles de gouvernance, et de mesurer l’impact réel des solutions déployées.

Former autrement devient donc une nécessité stratégique. Former dès les premières années, former en continu, former avec et dans les entreprises, faire de projets réels le cœur de l’apprentissage.

Le « zéro code » ne signifie pas l’absence de pensée. Il marque un niveau d’exigence intellectuelle plus élevé.

La question centrale est désormais la suivante : les écoles en France et au Maroc sauront-elles former des esprits capables de concevoir l’intelligence plutôt que de l’exécuter ou de la singer ?

Par Dr Az-Eddine Bennani



Lundi 9 Février 2026


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