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Glaires, tabou ordinaire : faut-il avaler ou cracher ?


Un gastro-entérologue marocain brise le malaise



Personnage IA
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On en parle à voix basse, souvent avec gêne, parfois avec dégoût, presque jamais avec sérieux. Les glaires font partie de ces réalités biologiques universelles que tout le monde expérimente… mais que personne n’aime nommer. En hiver comme en été, dans les transports, au bureau ou au réveil, cette sensation d’encombrement dans la gorge s’impose sans prévenir, déclenchant un réflexe aussi banal que controversé : avaler ou cracher.

Derrière ce geste apparemment insignifiant se cache pourtant une série de croyances tenaces, de conseils contradictoires et de peurs infondées. Avaler serait « mauvais », cracher serait « plus sain », le mucus serait chargé de microbes dangereux… Autant d’idées reçues qui circulent sans véritable base scientifique, entretenues par le tabou et l’absence de pédagogie médicale sur ces sujets du quotidien.

Dans une société où l’on parle volontiers de nutrition, de sport ou de bien-être, mais où l’on évite encore les fonctions corporelles jugées peu élégantes, il devient nécessaire de remettre un peu de science là où règnent l’embarras et les approximations. Sans sensationnalisme, sans vulgarité, mais sans faux-semblants non plus.

Pour y voir clair, nous avons décroché un entretien avec un gastro-entérologue marocain, qui accepte de répondre calmement, précisément et sans détour à une question simple, presque enfantine, mais étonnamment clivante : est-il réellement meilleur pour la santé d’avaler ou de cracher ses glaires ? 

Une discussion utile, rassurante, et surtout éclairante sur un mécanisme aussi naturel que mal compris.

Docteur, question simple mais embarrassante : avaler ses glaires est-il dangereux pour la santé ?

Gastro-entérologue : La réponse courte est non, avaler ses glaires n’est pas dangereux en soi, et c’est même un phénomène parfaitement naturel. Pour comprendre, il faut revenir à ce que sont réellement les glaires, que l’on appelle médicalement le mucus. Il s’agit d’une substance produite par les muqueuses des voies respiratoires – nez, sinus, gorge, bronches – dont le rôle est fondamental : piéger les poussières, les allergènes, les microbes et les particules polluantes que nous inhalons quotidiennement. Ce mucus est ensuite évacué vers l’arrière de la gorge par un mécanisme appelé le tapis mucociliaire.

Lorsque vous avalez vos glaires, vous ne faites donc que laisser ce système de nettoyage aller à son terme. Une fois dans l’estomac, le mucus et ce qu’il contient sont neutralisés par l’acidité gastrique, extrêmement efficace pour détruire bactéries et virus. Contrairement à une croyance très répandue, cela ne “réinfecte” pas l’organisme. L’estomac est un véritable four chimique, pas une zone fragile.

Il faut aussi dire les choses clairement : tout le monde avale ses glaires, y compris ceux qui pensent ne jamais le faire. Pendant le sommeil notamment, ce processus est automatique et inconscient. Le corps ne distingue pas entre “acceptable” et “dégoûtant”, il cherche l’efficacité.

En revanche, avaler ses glaires peut devenir inconfortable lorsqu’elles sont très épaisses, abondantes ou associées à une pathologie inflammatoire ou infectieuse. Dans ce cas, la gêne n’est pas liée au geste lui-même, mais à la cause sous-jacente : rhinite chronique, sinusite, reflux gastro-œsophagien, tabagisme ou exposition à la pollution.

Donc, d’un point de vue strictement médical, avaler ses glaires n’est ni toxique ni dangereux. Le malaise est surtout culturel et social, pas biologique.

Beaucoup de personnes préfèrent cracher leurs glaires. Est-ce une meilleure option médicalement parlant ?

Gastro-entérologue : Cracher ses glaires n’apporte aucun bénéfice médical démontré par rapport au fait de les avaler. C’est un point important à clarifier, car beaucoup de patients pensent “se débarrasser” plus efficacement des microbes en les expulsant. En réalité, le corps a déjà fait le travail en amont. Les glaires sont un déchet biologique, certes, mais un déchet déjà neutralisé en grande partie.

Sur le plan strictement physiologique, cracher ou avaler revient quasiment au même. La différence est surtout sensorielle : certaines personnes ressentent un soulagement immédiat en crachant, notamment quand le mucus est très épais ou malodorant, ce qui peut arriver lors d’infections ORL. Ce soulagement est mécanique, pas sanitaire.

Il faut aussi rappeler un aspect de santé publique souvent négligé. Cracher dans l’espace public, surtout en période hivernale, contribue à la dissémination de germes respiratoires. Dans un pays comme le nôtre, où les espaces urbains sont denses et où la promiscuité est réelle, ce geste peut favoriser la transmission de certaines infections, même bénignes. D’un point de vue collectif, avaler est donc plus “propre” que cracher.

En revanche, lorsqu’un patient crache des glaires colorées – jaunes, verdâtres, parfois striées de sang – cela devient un signal clinique intéressant. Ce n’est pas le fait de cracher qui est utile, mais l’observation. Cela peut orienter vers une infection bactérienne, une inflammation chronique ou une irritation sévère des muqueuses.

Enfin, chez les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques, comme la bronchite chronique ou certaines formes d’asthme, l’expectoration volontaire peut parfois être intégrée dans une prise en charge spécifique, souvent accompagnée de kinésithérapie respiratoire. Mais là, on parle d’un cadre médical précis, pas d’un réflexe quotidien.

En résumé : cracher n’est ni meilleur ni plus sain. C’est un choix de confort personnel, pas une nécessité médicale.

Pourquoi a-t-on parfois l’impression d’avoir “trop de glaires”, même en dehors de l’hiver ?

Gastro-entérologue : Cette sensation est extrêmement fréquente, et elle est souvent mal interprétée. En réalité, dans la majorité des cas, il ne s’agit pas d’une surproduction massive de glaires, mais d’une modification de leur texture ou de leur écoulement. Le mucus devient plus épais, plus collant, ou s’évacue moins bien, ce qui le rend plus perceptible.

L’une des causes les plus fréquentes au Maroc, été comme hiver, est le reflux gastro-œsophagien, parfois silencieux. L’acidité qui remonte de l’estomac irrite la gorge et le larynx, ce qui stimule une production réflexe de mucus pour se protéger. Le patient n’a pas toujours de brûlures, mais ressent une gorge encombrée en permanence, surtout le matin.

Les allergies jouent également un rôle majeur. Poussières, acariens, pollens, pollution urbaine : les muqueuses réagissent en produisant davantage de mucus pour piéger ces agresseurs. En été, la climatisation, très asséchante, paradoxalement épaissit les glaires, les rendant plus difficiles à évacuer.

Il faut aussi parler de l’hydratation. Beaucoup de personnes boivent insuffisamment d’eau. Un corps déshydraté produit un mucus plus dense, plus visqueux. Le même phénomène s’observe chez les fumeurs, actifs ou passifs, dont les muqueuses sont chroniquement irritées.

Enfin, le stress et l’anxiété jouent un rôle sous-estimé. Ils modifient la perception corporelle et accentuent la sensation de gêne dans la gorge, ce que l’on appelle parfois le “globus pharyngé”.

Autrement dit, la présence de glaires n’est pas une anomalie en soi. Ce qui doit alerter, c’est leur persistance, leur aspect inhabituel ou leur association à d’autres symptômes.

Concrètement, que recommandez-vous pour se débarrasser de cette sensation désagréable ?

Gastro-entérologue : La première chose à dire, c’est qu’il faut traiter la cause, pas seulement le symptôme. Chercher à “sécher” les glaires à tout prix est souvent une erreur. Le mucus est protecteur ; le supprimer sans comprendre pourquoi il est là revient à casser le thermomètre sans soigner la fièvre.

Dans la majorité des cas, des mesures simples suffisent. Boire suffisamment d’eau est fondamental. Une bonne hydratation fluidifie le mucus et facilite son élimination naturelle. Les inhalations de vapeur, notamment avec de l’eau chaude simple ou légèrement salée, peuvent également aider à décongestionner les voies respiratoires.

Le lavage nasal avec du sérum physiologique ou de l’eau de mer isotonique est souvent très efficace, même chez l’adulte. Il permet de réduire l’inflammation locale et d’éviter que le mucus ne stagne à l’arrière-gorge.

Si un reflux est suspecté, des ajustements alimentaires peuvent faire une grande différence : éviter les repas trop lourds le soir, réduire le café, le thé fort, les aliments gras ou épicés, et surélever légèrement la tête pendant le sommeil.

Il faut aussi être prudent avec l’automédication. Les sirops “anti-glaires” ou expectorants ne sont pas toujours adaptés et peuvent parfois aggraver la situation s’ils sont mal utilisés. Leur indication doit être ciblée.

Enfin, lorsque la gêne persiste malgré tout, une consultation est nécessaire. Un examen ORL ou gastro-entérologique permet souvent d’identifier une cause précise et d’apporter un traitement adapté, sans dramatiser.

En résumé, avaler ou cracher : que faut-il retenir, sans tabou mais sans obsession ?

Gastro-entérologue : Il faut retenir une chose simple : le corps sait ce qu’il fait. Avaler ses glaires est un mécanisme naturel, sûr et physiologiquement logique. Ce n’est ni sale, ni dangereux, ni signe de mauvaise hygiène. Le dégoût que cela suscite est culturel, pas médical.

Cracher, de son côté, n’apporte pas de bénéfice sanitaire particulier et peut même poser un problème en termes d’hygiène collective lorsqu’il est fait n’importe où. Cela ne veut pas dire qu’il faut culpabiliser les gens, mais simplement réintroduire un peu de rationalité dans le débat.

Le vrai sujet n’est pas le geste, mais le message que le corps envoie. Des glaires occasionnelles, c’est normal. Des glaires persistantes, épaisses, associées à une gêne durable, ce n’est pas à ignorer. Là, il faut chercher la cause, calmement, sans anxiété excessive.

Nous vivons dans une époque où le moindre symptôme devient une source d’angoisse, amplifiée par Internet. Mon conseil est simple : écouter son corps, l’observer, mais ne pas le soupçonner en permanence. La santé n’est pas une chasse aux impuretés, c’est un équilibre.

Et parfois, accepter que le corps fonctionne de manière un peu… peu élégante, mais redoutablement efficace.

Mardi 24 Février 2026



Rédigé par La rédaction le Mardi 24 Février 2026


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