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Il faut sauver le soldat "médias"


Par Aziz Boucetta.

Les meilleures choses ont une fin, dit-on, ou devraient en avoir… les moins bonnes aussi. Et la saga législative du Conseil national de la presse (CNP) en fait partie.

Au départ, une volonté de réforme unanimement partagée, menée par le gouvernement et son ministère de la Communication, mais à l’arrivée, un blocage, puis un recours à la Cour constitutionnelle (saisie par l’opposition pour une fois, étonnamment, réunie) qui a retoqué la loi adoptée par le parlement ; le tout était enrobé dans un paquet d’insultes, d’injures, d’accusations et de diffamations. Il est temps que cela cesse.



A son installation, le gouvernement, et plus spécialement Mehdi Bensaïd, a décidé de prendre à bras le corps le secteur des médias, qu’il a trouvé déjà sous perfusion publique, depuis la crise Covid.

L’objectif était de mettre de l’ordre dans la profession et de réglementer la subvention accordée au secteur et aux entreprises de presse.

L’Etat versait les salaires de tous les employés de ces entreprises, journalistes et administratifs, optant par là-même pour une méthode de subvention qui lui était spécifique.

Ici, une pause s’impose… pour clarifier les choses. En deux points.

Il faut sauver le soldat "médias"
1/ Depuis l’arrivée, l’irruption et l’intrusion des GAFAM dans le secteur informationnel au sens large, à travers la publicité et la publication d’articles sans autorisation, les médias du monde entier sont dans la peine ; on ne peut concurrencer ces géants !

Le Maroc a tout simplement fait comme la quasi-totalité des autres Etats, en aidant et subventionnant ses médias, la situation de ces derniers étant catastrophique depuis 2020 et la survenue de la pandémie ; il a choisi, parmi d’autres méthodes, de verser les salaires des employés des entreprises de presse.

Quand Mehdi Bensaïd est arrivé à son ministère, il s’est employé à réformer le CNP, à remédier au problème de la publicité et à rationaliser et institutionnaliser les conditions des subventions à accorder.

2/ Au Maroc, bien des secteurs sont subventionnés par les pouvoirs publics, tourisme, activités exportatrices, agriculture, promotion immobilière… Ce sont des secteurs stratégiques ou en difficulté, ou les deux.

Celui de la presse et des médias est stratégique et en difficulté, et on sait – surtout depuis la CAN – l’ampleur de l’importance de ce secteur pour créer et diffuser notre narratif.

Pourquoi donc toutes ces accusations et ces attaques contre ce secteur, qui bénéficie de subventions comme d’autres, parmi tant d’autres ?

Cela étant dit, poursuivons… Au milieu du brouhaha assourdissant et du média bashing ambiant, le gouvernement s’engageait dans la réforme du CNP. Tout le monde en parlait, les sachants et les autres, tout le monde avait son idée sur le sujet, tout le monde jugeait et condamnait, comme dans le foot, comme pour la géologie au lendemain du séisme du Haouz, comme pour l’hydrologie tout récemment...

Mais la majorité des commentateurs se contentaient d’insulter, et s’en prenaient copieusement – et continuent encore – au président de l’une des deux associations professionnelles d’éditeurs, Driss Chahtane, patron de Chouf TV.

Là aussi, une autre pose s’impose.

Si la ligne éditoriale de Chouf TV peut être critiquée, cela ne justifie pas pour autant sa diabolisation, comme si le site ou son directeur étaient responsables de la baisse générale du niveau du lectorat qui, elle, est universelle.

Que faire des millions de personnes qui visitent chaque jour ce site ? Ne sont-ils pas citoyens ? Ne sont-ils pas électeurs ? Faut-il les exclure de la communauté, leur retirer leur droit de vote ? Ce sont eux qui donnent sa force et son audience à Chouf TV.

Et dans ce cas, ne faut-il pas interdire les réseaux sociaux au Maroc, car diffuseurs de fake news, de diffamation et d’ostracisme ? Voilà pour Driss Chahtane, président élu de l’ANME (Association nationale des médias et des éditeurs), élu à l’unanimité et avec la gratitude des membres de l’association.

Que les contempteurs de cette chaîne aillent ailleurs s’ils le souhaitent mais qu’ils respectent les goûts de chacun !

Revenons à la réforme du CNP. Que lui reproche-t-on ? On l’accuse de favoriser les éditeurs au détriment des journalistes ; en effet, dans le futur conseil, neuf éditeurs (sept en fonction et deux sages) et sept journalistes.

Mais les éditeurs ne sont-ils pas tous, ou presque, journalistes ? On l’accable d’avoir mis en place un système de scoring (fondé sur le chiffre d’affaires et l’effectif de journalistes) aux fins de déterminer l’association la plus représentative de la profession.

On peut avoir raison de critiquer cette approche, mais ainsi fonctionne une démocratie : un gouvernement décide de ce qu’il juge le meilleur, au risque de se tromper, ce qui reste à prouver d’ailleurs… car il était de son droit de permettre à une seule association des éditeurs (ANME ou FMEJ, ou Fédération marocaine des éditeurs de journaux) de gérer le secteur, dans l’hypothèse d’une alternance future ou l’autre association appliquerait ses idées ; et cette approche est justifiée par l’intransigeance de certains éditeurs et syndicats, qui empêchent toute discussion.

Toujours est-il que CESE et CNDH ont émis des réserves, ce qui est leur fonction et leur travail, et que le gouvernement et sa majorité parlementaire n’en ont pas vraiment tenu compte, ce qui est de leur plein droit.

Mais quand la Cour constitutionnelle a invalidé les articles litigieux, cela a remis l’affaire à zéro, la renvoyant à son point de départ, en l’occurrence à Mehdi Bensaïd.

Alors 3lach les insultes déplacées, les accusations infondées, les jugements de valeur orientés, la condescendance affichée à l’égard de la presse, des journalistes et de Driss Chahtane ?! Tous les protagonistes (ANME, FMEJ, ministère, CESE, CNDH, opposition, majorité, Cour constitutionnelle) étaient dans leur droit en agissant comme ils l’ont fait, et chacun d’eux a eu raison de faire ce qu’il a fait.

Qu’il existe autant d’acteurs, de pouvoirs et de contre-pouvoirs est rassurant quant à la bonne tenue de notre démocratie !

Et maintenant ?

Et bien maintenant, en fin de mandature, le ministère devra mettre les bouchées doubles pour aller de l’avant et essayer d’inscrire la réforme du CNP à son actif.

Il semblerait que l’avis de la Cour constitutionnelle soit assez clair pour que le projet remanié en tienne compte… et en en tenant compte, l’opposition n’aurait plus aucune raison de s’opposer, sauf à s’exposer à de justes critiques.

Quant aux conflits personnels et au populisme/démagogie déroulés à quelques mois des élections, consistant à s’en prendre à une association déterminée, en l’occurrence l’ANME, en insultant ses membres, ils ne servent pas leurs auteurs. Le secteur a aujourd’hui et plus que jamais besoin de sérénité !

Dans l’attente, l’attente n’a que trop duré car, et la dernière CAN l’a bien montré, le Maroc est fort par bien des aspects, mais sa faiblesse vient entre autres d’un secteur médias peu structuré, de médias audiovisuels peu présents à l’étranger et  de communication d’influence en cruelle souffrance. Il faudra y penser, dans le proche avenir…

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Lundi 16 Février 2026

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