Le signal politique est clair. Réunis le mercredi 4 février 2026 à Rabat, le ministère de la Santé et de la Protection sociale, celui de l’Industrie et du Commerce, l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé, la CGEM et la Fédération marocaine des industries de la santé ont officialisé une convention-cadre ambitieuse. Le document, valable jusqu’en 2030, vise à accélérer le développement d’une industrie nationale des dispositifs médicaux capable de répondre aux besoins du système de santé marocain.
Derrière la solennité de la signature, l’enjeu est éminemment économique et stratégique. Aujourd’hui encore, entre 85 % et 90 % de la demande nationale en dispositifs médicaux est satisfaite par les importations. Une réalité qui pèse sur la balance commerciale, mais surtout sur la résilience du système de santé. La crise sanitaire mondiale a laissé des traces durables dans les esprits : dépendre de chaînes d’approvisionnement lointaines n’est plus une option confortable.
Une approche intégrée public-privé
La convention repose sur une approche intégrée, associant étroitement pouvoirs publics et secteur privé. Elle s’inscrit dans la dynamique nationale de renforcement de la souveraineté sanitaire et industrielle, conformément aux Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. L’ambition n’est pas seulement de produire localement, mais de structurer un véritable écosystème industriel, compétitif, innovant et durable.
Concrètement, l’accord prévoit l’accompagnement des entreprises industrielles désireuses d’investir dans ce segment, en mobilisant les programmes publics existants dédiés à l’investissement et à l’export. Le développement de partenariats industriels entre opérateurs marocains et internationaux est également encouragé, avec l’idée d’accélérer les transferts de technologie et de savoir-faire. À cela s’ajoute un volet central : le renforcement de la formation des ressources humaines, afin de répondre à une demande croissante en compétences techniques et réglementaires.
Des indicateurs encore modestes, mais révélateurs
Le secteur des dispositifs médicaux affiche aujourd’hui des indicateurs contrastés. Il représente 1 378 emplois, 376 millions de dirhams d’investissements et un chiffre d’affaires de 903 millions de dirhams, avec un taux de valeur ajoutée de 46 %. Ces chiffres témoignent d’un potentiel réel, mais aussi d’un décalage évident entre la taille du marché national et le poids actuel de la production locale.
Pour certains industriels, la convention arrive à point nommé. « Le Maroc a déjà démontré sa capacité à structurer des filières industrielles complexes, comme l’automobile ou l’aéronautique. La santé peut devenir le prochain relais de croissance », confie un acteur du secteur, présent lors de l’événement. Une analyse largement partagée, notamment chez les jeunes ingénieurs et entrepreneurs qui voient dans cette filière un terrain d’innovation encore largement inexploité.
Un enjeu de souveraineté et de confiance
Au-delà des chiffres, la convention vise à garantir un accès équitable, sécurisé et durable aux dispositifs médicaux, tout en assurant leur qualité, leur sécurité et leur performance. Autrement dit, produire localement ne suffit pas : il faut produire bien, selon des standards conformes aux exigences internationales, et gagner la confiance des professionnels de santé comme des patients.
La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de sa mise en œuvre effective. Coordination interinstitutionnelle, stabilité réglementaire, accès au financement et montée en compétences seront déterminants. Sans cela, le risque est de voir l’ambition industrielle se heurter aux lenteurs structurelles déjà connues dans d’autres secteurs.
Avec cette convention-cadre 2026-2030, le Maroc pose une pierre supplémentaire dans l’édifice de sa souveraineté sanitaire. Le défi est désormais de transformer l’intention politique en résultats industriels tangibles. Si le pari est tenu, l’industrie des dispositifs médicaux pourrait devenir un levier discret mais décisif de croissance, d’emplois qualifiés et de confiance collective dans le Made in Morocco.












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