En effet, si le marché mondial du sport est estimé à plus de 700 milliards de dollars, représentant environ 1 % à 2 % du PIB mondial, l’Afrique n’en capte qu’une fraction dérisoire, autour de 0,5 % de son produit intérieur brut.
Ce contraste n’est pas dû à une absence de passion ni de talents : l’Afrique regorge de sportifs de classe mondiale, de ligues locales et d’une base de fans enthousiastes. Le problème est ailleurs : une structuration encore embryonnaire, des chaînes de valeur incomplètes et un financement insuffisant, qui font que la valeur générée est souvent captée en dehors du continent.
Casablanca, un miroir des ambitions africaines
Accueillir la CAN ne devrait plus être pensé comme une simple vitrine sportive. Pour beaucoup, c’est un banc d’essai grandeur nature des potentiels économiques locaux : hôtellerie, restauration, transports, média, merchandising, infrastructures urbaines… le sport irrigue plusieurs secteurs connexes, devenant un véritable catalyseur multisectoriel.
Il n’est pas rare d’entendre, dans les couloirs du Forum, des investisseurs internationaux souligner que l’Afrique pourrait à condition d’une structuration accrue créer des chaînes de valeur et capter une part plus significative des revenus mondiaux issus des droits médias, du sponsoring et du merchandising. Cette démarche pourrait générer des dizaines de milliards de dollars et des millions d’emplois si les financements publics et privés sont mieux coordonnés.
Du constat à l’ambition : vers 5 % du PIB continental
L’ouverture officielle a été marquée par l’intervention de la commissaire de l’Union africaine chargée du développement économique, qui a souligné que le sport n’est plus seulement un vecteur de cohésion sociale, mais un pilier potentiel de croissance et d’intégration continentale. La stratégie adoptée s’aligne avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine, plaçant l’Afrique face à un défi inédit : augmenter la contribution du sport à 5 % du PIB d’ici 2035.
Cet objectif, répété à plusieurs reprises par les experts présents, nécessite une mobilisation coordonnée : des politiques publiques cohérentes, des infrastructures pensées pour leur rentabilité économique, la valorisation des talents locaux, l’implication des jeunes et des femmes, ainsi que des mécanismes financiers innovants adaptés aux réalités africaines.
Derrière les chiffres, des réalités concrètes
Un moment marquant du forum a été le panel « De la passion à la production », où l’ancien directeur média de la Confédération africaine de football (CAF) a présenté des éléments tangibles : la différence parfois importante entre le prix officiel des billets et leur valorisation sur le marché parallèle, symbolisant un manque à gagner flagrant pour les structures officielles.
Historiquement, le chemin a été long : à la fin des années 1980, les comptes de la CAF affichaient à peine un demi-million de dollars, contre des revenus commerciaux avoisinant le milliard de dollars sur la période 2017-2024. Ces chiffres laissent entrevoir une transformation progressive mais réelle : l’Afrique commence à générer de la valeur, mais elle doit encore apprendre à la capturer localement.
Le sport, un moteur démographique et social
Avec une population dont 70 % a moins de 30 ans, l’Afrique possède un des viviers démographiques les plus dynamiques du monde. Cette jeunesse représente non seulement des athlètes potentiels, mais aussi des consommateurs, des entrepreneurs et des talents innovants, capables de faire du sport un secteur économique robuste.
Dans des villes comme Casablanca, où le sport irrigue des industries entières du tourisme aux services numériques l’opportunité est palpable. Au Maroc, par exemple, l’industrie sportive contribue à plus de 1 % du PIB national, preuve que des modèles structurés peuvent porter des résultats tangibles.
Le rôle décisif du secteur privé
Plusieurs intervenants ont insisté sur un point crucial : sans un secteur privé structuré, l’industrialisation du sport restera une illusion. Pour que le sport devienne une industrie, il faut des investisseurs prêts à s’engager durablement, des startups innovantes, mais aussi des cadres réglementaires clairs qui rassurent les capitaux et favorisent la création de chaînes de valeur locales.
Le AfricaMed Business Forum 2026 n’a pas offert de solutions miracles. Mais il a, peut-être pour la première fois à cette échelle, formalisé une ambition économique claire : transformer le sport africain en un pilier de croissance durable. La décennie qui s’ouvre sera décisive pour savoir si l’Afrique saura faire du sport un véritable moteur socioéconomique, capable de franchir le cap de 0,5 % à 5 % du PIB et de s’ériger en acteur incontournable sur la scène économique mondiale.












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