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Iran-USA : la détente à 300 milliards, ou le prix d’un nouveau Moyen-Orient ?


Rédigé par La rédaction le Jeudi 18 Juin 2026

Il y a des accords qui se signent à l’encre diplomatique. Et d’autres au pétrole, au dollar, à la peur et au calcul. Celui qui se dessine entre Washington et Téhéran appartient clairement à la seconde catégorie. Présenté comme une détente historique, presque comme une respiration collective après des mois d’escalade, il pourrait pourtant être moins une paix qu’un marché : trois cents milliards de dollars pour acheter du temps, rouvrir Ormuz, calmer les marchés, rassurer les chancelleries et repousser l’explosion régionale.



Le chiffre frappe. Trois cents milliards. À lui seul, il transforme l’accord en événement géostratégique.

Mais il faut immédiatement se méfier des mots. Ce n’est pas, selon les versions américaines, un chèque du contribuable américain à la République islamique. Ce serait plutôt un fonds d’investissement, privé ou semi-privé, mobilisant des capitaux venus du Golfe, d’Asie, d’Amérique et d’ailleurs, destiné à financer la reconstruction, l’énergie, les infrastructures, la logistique, le transport, peut-être même l’industrie iranienne de demain. Bref : non pas une indemnité officielle, mais une promesse d’intégration économique sous conditions.

La nuance est importante. Car toute la bataille politique commence là. Pour Washington, il s’agit de dire : nous ne récompensons pas l’Iran, nous l’encadrons. Pour Téhéran, il s’agit de raconter l’inverse : nous avons résisté, et l’ennemi reconnaît désormais qu’il faut négocier avec nous. Pour les monarchies du Golfe, la question est encore plus délicate : faut-il financer la stabilisation de l’Iran pour éviter la guerre, au risque de renforcer demain le voisin qui fait peur depuis quarante ans ?

On comprend alors que la formule “accord unanimement salué” doit être maniée avec prudence.
Les marchés saluent, parce qu’ils aiment tout ce qui éloigne la fermeture du détroit d’Ormuz.
Les Européens saluent, parce qu’ils redoutent une nouvelle guerre longue aux portes du système énergétique mondial.
Les États du Golfe respirent, parce que leurs ports, leurs pipelines, leurs zones industrielles et leurs places financières ne peuvent vivre dans l’angoisse permanente d’un embrasement.

Mais derrière les sourires officiels, il y a la méfiance. Beaucoup de méfiance.

Le cœur de l’accord, en réalité, ne se trouve pas seulement dans le nucléaire iranien. Il se trouve dans Ormuz. Ce détroit n’est pas un simple passage maritime : c’est une artère du capitalisme mondial. Quand Ormuz tremble, le prix du baril tousse, les assurances explosent, les cargos ralentissent, les banques recalculent, les gouvernements paniquent.

En acceptant de rouvrir ou de garantir la fluidité du passage, l’Iran ne fait pas seulement un geste diplomatique. Il rappelle qu’il détient une capacité de nuisance systémique. Et qu’il peut, quand il le veut, transformer un conflit régional en problème mondial.

C’est là toute l’ambiguïté de cette détente. Elle peut être l’ouverture d’un nouveau Moyen-Orient, plus pragmatique, moins idéologique, plus intéressé par les routes commerciales que par les slogans de guerre. Mais elle peut aussi consacrer une vérité gênante : ceux qui peuvent bloquer le système sont souvent ceux que le système finit par payer pour qu’ils ne le bloquent plus.

Washington prend donc un pari. Le pari que l’argent, l’investissement, l’ouverture partielle des marchés et la levée graduelle des sanctions peuvent modifier le comportement stratégique de l’Iran. Ce pari n’est pas absurde. Les régimes ne vivent pas seulement d’idéologie ; ils vivent aussi de budgets, de devises, de classes moyennes, de réseaux économiques, de fatigue sociale. Un Iran asphyxié peut être dangereux. Un Iran réintégré peut devenir plus prévisible. C’est l’hypothèse américaine.

Mais l’hypothèse inverse existe aussi. Un Iran soulagé financièrement peut reconstituer ses marges, moderniser ses infrastructures, stabiliser son régime et conserver, dans l’ombre, ses leviers régionaux : Hezbollah, milices irakiennes, Houthis, réseaux syriens, influence politique diffuse. Le danger n’est pas seulement que l’Iran triche. Le danger est qu’il respecte assez l’accord pour encaisser ses bénéfices, sans changer assez pour rassurer ses voisins.

Israël, évidemment, regarde cette séquence avec inquiétude. Pour l’État hébreu, le problème iranien ne se réduit jamais à l’uranium enrichi. Il englobe les missiles, les drones, les proxies, la profondeur stratégique iranienne, la présence au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen. Un accord centré sur Ormuz et le nucléaire peut donc apparaître, vu de Tel-Aviv, comme incomplet. Pire : comme un accord qui calme Washington mais laisse Israël face à une menace reconfigurée, moins visible, plus politique, plus difficile à frapper sans apparaître comme le saboteur de la paix.

Les monarchies du Golfe, elles, sont dans une position plus subtile. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et Oman ne veulent pas d’une guerre ouverte avec l’Iran. Elles ont trop investi dans leur transformation économique, touristique, technologique et financière pour accepter que la région retombe dans la logique des missiles et des tankers en feu. Mais elles ne veulent pas non plus d’un Iran réhabilité sans contreparties solides. Elles veulent une détente, oui. Mais une détente surveillée, garantie, contractualisée.

C’est pourquoi le vrai sujet n’est pas seulement le montant des trois cents milliards. Le vrai sujet est : qui contrôle les décaissements ? Qui vérifie les engagements iraniens ? Qui décide qu’une étape est franchie ? Qui peut suspendre les financements ? Qui arbitre en cas de violation ?

Si l’accord n’est qu’un texte politique accompagné d’un fonds spectaculaire, il sera fragile. S’il devient une architecture de conditionnalité stricte, il peut produire une désescalade durable.

L’autre acteur silencieux de cette affaire est la Chine. Pékin n’a pas besoin de fanfare diplomatique pour comprendre ce qui se joue. Une stabilisation d’Ormuz sécurise ses approvisionnements énergétiques. Une réintégration partielle de l’Iran ouvre des opportunités commerciales. Une Amérique qui négocie avec Téhéran au lieu de bombarder peut sembler plus rationnelle, mais aussi moins hégémonique. Dans ce nouveau Moyen-Orient, la Chine n’a pas besoin de remplacer les États-Unis ; elle a seulement besoin d’être présente partout où les contrats, les ports, les corridors et les matières premières redessinent la carte.

La Russie, elle, observera avec un mélange d’agacement et d’opportunisme. Un Iran trop rapproché de l’Occident perdrait une partie de son utilité stratégique pour Moscou. Mais un Iran qui négocie sans rompre ses liens russes peut devenir un partenaire encore plus autonome, donc encore plus précieux. Là encore, rien n’est linéaire. Le Moyen-Orient n’est plus un échiquier simple. C’est une table de négociation permanente où chaque acteur parle à son adversaire le matin, commerce avec son rival à midi et finance son concurrent le soir.

Et le monde arabe dans tout cela ? Il doit tirer une leçon froide : la puissance ne se mesure pas seulement à la morale des causes, mais à la capacité de peser sur les flux. Flux d’énergie, flux maritimes, flux financiers, flux technologiques, flux d’information. L’Iran a été sanctionné, frappé, isolé, diabolisé. Mais il a conservé une capacité de nuisance suffisante pour revenir à la table avec un prix. Cela ne signifie pas qu’il faut admirer le modèle iranien. Cela signifie qu’il faut comprendre la mécanique du rapport de force.

Le Maroc, même loin d’Ormuz, n’est pas extérieur à cette recomposition. Le prix de l’énergie, les routes commerciales, la sécurité alimentaire, les alliances du Golfe, les investissements arabes, les équilibres africains et méditerranéens : tout finit par nous concerner. Un Moyen-Orient plus stable peut libérer des capitaux, apaiser les marchés et ouvrir des fenêtres diplomatiques. Un accord mal conçu peut, au contraire, produire une paix de façade, suivie d’un nouveau cycle de tensions encore plus coûteux.

La détente à trois cents milliards pose donc une question presque brutale : combien coûte la stabilité ? Et surtout, qui la paie ? Si ce prix achète une vraie désescalade, des inspections robustes, une sécurité maritime durable et une réduction effective des réseaux armés, l’accord entrera peut-être dans l’histoire comme un tournant. Si ce prix achète seulement une pause, une photo, une baisse provisoire du baril et quelques communiqués satisfaits, il ne sera qu’un acompte sur la prochaine crise.

Le Moyen-Orient a souvent connu des paix sans confiance, des cessez-le-feu sans réconciliation, des accords sans lendemain. Celui-ci a au moins le mérite de révéler l’époque : 
Les idéologies n’ont pas disparu, mais elles négocient désormais avec les fonds d’investissement.
Les missiles n’ont pas disparu, mais ils discutent avec les assureurs maritimes.
Les vieux ennemis ne deviennent pas amis ; ils apprennent seulement à calculer le coût de leur hostilité.

Voilà peut-être le nouveau Moyen-Orient qui s’annonce : non pas un espace pacifié, mais un espace transactionnel. Moins romantique, moins doctrinal, plus cynique peut-être, mais aussi moins suicidaire. Un Moyen-Orient où l’on ne signe pas la paix par amour, mais par épuisement, par intérêt, par peur du chaos et par réalisme économique.

Reste la question finale. Trois cents milliards pour la détente, est-ce trop cher ? Peut-être.
Mais une guerre régionale totale coûterait beaucoup plus.

Le vrai scandale ne serait donc pas de payer pour éviter l’incendie. Le vrai scandale serait de payer sans exiger que les pyromanes rangent vraiment les allumettes.

Mémorandum* d’entente d’Islamabad entre les États-Unis et la République islamique d’Iran

1. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran, ainsi que leurs alliés dans la guerre en cours, signent ce mémorandum afin de déclarer la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. Ils s’engagent désormais à ne pas déclencher de guerre ni d’opération militaire l’un contre l’autre, à s’abstenir de toute menace ou usage de la force et à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L’accord final confirmera la cessation permanente de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe.

2. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à respecter mutuellement leur souveraineté et leur intégrité territoriale et à ne pas s’ingérer dans leurs affaires intérieures respectives.

3. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à négocier et conclure un accord final dans un délai maximal de 60 jours, renouvelable d’un commun accord.

4. Immédiatement après la signature du présent mémorandum, les États-Unis commenceront à lever leur blocus naval ainsi que toute perturbation ou entrave visant la République islamique d’Iran, et mettront totalement fin à ce blocus dans un délai de 30 jours. Pendant cette période, le trafic maritime sera progressivement rétabli jusqu’à retrouver les niveaux d’avant-guerre. Les États-Unis s’engagent également à éloigner leurs forces militaires des abords de l’Iran dans les 30 jours suivant l’accord final.

5. Dès la signature du présent mémorandum, la République islamique d’Iran prendra toutes les mesures possibles pour assurer, pendant 60 jours et sans frais, le passage sécurisé des navires commerciaux entre le golfe Persique et la mer d’Oman dans les deux sens. Le trafic commercial reprendra immédiatement. Compte tenu de la nécessité de supprimer les obstacles techniques et militaires et de procéder au déminage, le rétablissement complet interviendra dans les 30 jours. L’Iran engagera un dialogue avec le Sultanat d’Oman afin de définir la future administration et les services maritimes du détroit d’Ormuz, en concertation avec les autres États riverains du golfe Persique et conformément au droit international applicable.

6. Les États-Unis s’engagent, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif d’au moins 300 milliards de dollars américains pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran. Les modalités d’application de ce plan seront finalisées dans le cadre de l’accord final dans un délai de 60 jours. Toutes les licences, dérogations et autorisations nécessaires aux transactions financières concernées seront accordées par les États-Unis.

7. Les États-Unis s’engagent à mettre fin à toutes les formes de sanctions contre la République islamique d’Iran, y compris celles résultant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, des résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, ainsi que toutes les sanctions américaines unilatérales, primaires et secondaires, selon un calendrier qui sera défini dans l’accord final. Les deux parties reconnaissent l’importance cruciale de cette question et expriment leur intention de la traiter immédiatement dans les négociations.

8. La République islamique d’Iran réaffirme qu’elle ne cherchera ni à acquérir ni à développer des armes nucléaires. Les deux parties conviennent de régler la question des stocks de matières enrichies selon un mécanisme qui sera défini d’un commun accord et supervisé par l’AIEA, avec au minimum une dilution sur place de ces matières. Elles conviennent également de discuter de l’enrichissement de l’uranium et des autres questions liées aux besoins nucléaires civils de l’Iran. L’accord final confirmera ces dispositions.

9. Dans l’attente de l’accord final, les États-Unis et l’Iran conviennent de maintenir le statu quo. L’Iran conservera l’état actuel de son programme nucléaire, tandis que les États-Unis n’imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région.

10. Les États-Unis s’engagent à ce que, dès la signature du présent mémorandum et jusqu’à la levée complète des sanctions, le département du Trésor délivre les dérogations nécessaires à l’exportation du pétrole brut iranien, des produits pétroliers et de leurs dérivés, ainsi qu’à tous les services associés, notamment les transactions bancaires, les assurances et le transport.

11. Les États-Unis s’engagent à rendre pleinement disponibles les fonds et avoirs iraniens gelés ou restreints dès l’application du présent mémorandum. Les modalités de leur déblocage seront définies conjointement au cours des négociations. Ces fonds pourront être utilisés librement au profit de tout bénéficiaire désigné par la Banque centrale de la République islamique d’Iran. Les États-Unis délivreront toutes les autorisations nécessaires à cet effet.

12. Les États-Unis et la République islamique d’Iran conviennent de mettre en place un mécanisme exécutif chargé de surveiller la bonne application du présent mémorandum ainsi que le respect futur de l’accord final.

13. Après la signature du présent mémorandum, et sous réserve du début de la mise en œuvre des paragraphes 1, 4, 5, 10 et 11, ainsi que de leur application continue, les États-Unis et l’Iran entameront des négociations portant exclusivement sur les autres dispositions en vue de l’accord final.

14. L’accord final sera approuvé par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies.

*Sous réserve de confirmation apres signature






Jeudi 18 Juin 2026

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