Israël soutient l’initiative d’autonomie du Sahara


Le soutien apporté par Israël à l’initiative marocaine d’autonomie des provinces du Sud est certainement une nouvelle réussite de la diplomatie marocaine, mais bien plus encore : il apporte également l’appui précieux des lobbys pro-israéliens à travers le monde.



Une chaîne pour stopper les ambitions hégémoniques de l'Iran
Une chaîne pour stopper les ambitions hégémoniques de l'Iran
Quand Yair Lapid, le chef de la diplomatie israélienne, déclare la volonté de « contrer » les « tentatives d’atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Maroc », au même titre que les « attaques terroristes contres Israël », sa voix ne manquera pas d’être entendue bien au-delà d’Israël.

Subtil, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a souhaité qu’un prochain sommet réunissant le Maroc, Israël, les Etats-Unis, les Emirats Arabes Unis, l’Egypte et le Bahreïn, tel celui, qualifié d’historique par les médias israéliens, qui s’est déroulé les 27 et 28 mars au Néguev, se tienne « dans un autre désert mais avec le même esprit ».

Certains esprits chagrins, pan-arabistes attardés et autres islamistes opportunistes, ont encore une fois saisi l’occasion pour se mettre en avant, vouant aux gémonies le sommet du Néguev et les pays arabes qui y ont participé et ce prétendument au nom de la défense de la cause palestinienne.

La voie de la raison

Pourtant qu’est-ce que Nasser Bourita a déclaré officiellement devant ses homologues israélien, américain, égyptien, émirati et bahreïni ? Que le Maroc continue à appuyer la solution à deux Etats, en faisant même référence à la ligne de démarcation de 1967.

Le royaume n’a donc pas modifié sa position à ce sujet d’un iota. Il faut alors admettre que le rapprochement de certains pays arabes avec Israël et les perspectives de promotion de la paix au Proche-Orient qu’il sous-tend constituent une menace pour d’autres intérêts, moyen-orientaux, divergents.

Soyons réalistes et distinguons les intérêts du peuple palestinien des idéologies qui se nourrissent de ses malheurs. Depuis la « Nakba » de 1948, les Arabes n’ont pas cessé de combattre Israël, pour perdre le Sinaï, le Golan, la Cisjordanie et Gaza, en 1967.

La guerre de 1973, à laquelle avait pris part le Maroc, en envoyant un contingent en Syrie, a permit aux Arabes de démontrer une réelle amélioration de leurs capacités militaires, sans parvenir pour autant à faire pencher la balance en leur faveur.

Guerres sans vainqueurs

Les Israéliens, pour leur part, sont allés s’embourber au Liban, en 1978, 1982, en 1996 et en 2006, outre un certains nombre d’opérations militaires en territoire libanais tout le long de cette période.

A chaque fois, les Israéliens finissent par rentrer chez eux, rongés par les sentiments de frustration et d’amertume face à la résistance libanaise.

Le Hezbollah étant une milice et pas une armée régulière, il n’assume donc aucune responsabilité pour les pertes civiles et les dégâts causés aux infrastructures libanaises en raison de la guerre. Alors que les gouvernements israéliens se font tancer par leurs électeurs à chaque volée de missiles.

De même à Gaza, de 2004 à 2021, suite aux 1ère et 2ème Intifada, Israéliens et Palestiniens se sont affrontés plus d’une dizaine de fois, achevant leurs combats par des statuquos qui ne satisfont personne, en attendant le prochain round.

Les dividendes de la paix

Signature des accords relatif à la reprise des relations entre le Maroc et Israël (décembre 2020)
Signature des accords relatif à la reprise des relations entre le Maroc et Israël (décembre 2020)
A chaque fois, les mouvements de résistance palestiniens et libanais crient victoire sur un monceau de cadavres de civils palestiniens et libanais, non pas pour avoir réussi à vaincre les Israéliens, mais juste pour les avoir empêché de remporter la bataille.

En fin de compte, aucun des deux camps ne parvient plus à remporter une victoire décisive sur l’autre, depuis près d’un demi-siècle, et les seules réelles avancées qui ont pu être réalisées au cours des dernières décennies ont été plutôt le fruit de négociations.

L’Egypte a récupéré le Sinaï, en 1979, grâce aux accords de Camp David. Les Palestiniens ont pu installer les structures d’un Etat, reconnu par pas moins de 138 pays (L’Onu en compte 193), dans une partie de la Cisjordanie et à Gaza, en 1994, suite à la première Intifada (1987-1993) et aux accords d’Oslo. Et la Jordanie a signé la paix avec Israël, en 1994.

Concrètement, les Arabes parviennent à arracher quelques résultats, même si maigres, à travers les négociations avec Israël qu’en lui faisant la guerre. Les Israéliens, également, sont de plus en plus conscients que l’ère des victoires éclaires, mode 1967, sont révolues à tout jamais.

Sans avoir les moyens de vaincre Israël, ses adversaires avoisinants sont, toutefois, militairement aptes à rendre la vie des citoyens israéliens infernale à travers une averse ininterrompue de missiles, même si peu précis.


L’ennemi commun

Dans ce contexte, seul l’Iran, d’ailleurs sujet principal du sommet de Néguev, a intérêt à faire perdurer le conflit, comme moyen de pression et carte à jouer lors des négociations avec les pays occidentaux, autant au sujet de son programme nucléaire que de ses ambitions régionale.

L’Iran, comme la Turquie, se joue des Arabes au mieux de ses propre intérêts et ambitions hégémoniques. En pleine guerre contre l’Irak, les Mollahs n’ont pas hésité à négocier secrètement avec les Américains, dans les années 80, un contrat de livraison d’armes, dont les recettes sont allées financer les rebelles Contras au Nicaragua, un scandale connu aux Etats-Unis sous le nom d’Irangate.

Ce serait même de la sorte que le machiavélique ancien président iranien Hachemi Rafsanjani, aurait amassé son immense fortune, grâce aux « commissions » prélevées sur le trafic susmentionné.

Si le Guide suprême de la révolution iranienne, l’Ayatollah Khamenei, a veillé à écarter du pouvoir, depuis 2013, le courant du bouillonnant et intransigeant ancien président Ahmadinejad, c’est bel et bien dans l’espoir de pouvoir trouver un jour un terrain d’entente avec les Américains et reprendre, ainsi, le rôle de gendarme du Moyen Orient que jouait le Shah d’Iran avant sa chute.

Barrer le chemin

Il va de soi qu’Israël ne l’entend pas du tout de cette oreille, pas plus que les pays du Golf, inquiets de l’appétit hégémonique de l’Iran, qui joue à merveille la carte des minorités chiites dans cette région.

Les soucis du Maroc se situent ailleurs, plus exactement dans ses provinces du Sud, en particulier, et la sous-région du Sahara et du Sahel, en général, ou les Iraniens, par Hezbollah interposé, cherchent à planter leur clou.

Les chances des Iraniens de parvenir à exercer une quelconque influence en Afrique du Nord sont, bien sûr, très minces, la barrière religieuse (opposition sunnites/chiites) étant infranchissable.

Mais ils peuvent, toutefois, réussir à semer plus de chaos dans la bande saharo-sahélienne, qui souffre déjà assez du fait de l’insécurité que font régner les groupes terroristes affiliées à Daech ou Al Qaïda.

Saisir l’opportunité

Les proxy des ambitions hégémoniques de l'Iran
Les proxy des ambitions hégémoniques de l'Iran
Les Israéliens, face aux menaces existentielles qui les cernent et la volonté manifeste de l’administration de Joe Biden de parvenir à relancer l’accord nucléaire avec l’Iran, ont besoin de se rassurer en regroupant leurs partenaires arabes, partageant leurs inquiétudes à propos de l’Iran, autour d’eux.

Une opportunité que la diplomatie marocaine a su saisir pour faire avancer les intérêts du royaume. Surtout que les médiocres dirigeants algériens ne savent plus sur quel pied danser : préserver leurs liens avec l’Iran ou les pays du Golf ?

Fanfaronner avec les Iraniens en se targuant de défendre la cause palestinienne, c’est peut être avantageux à usage interne pour un régime en déficit de légitimité.

Sauf que les Emiratis pourraient avoir l’idée « saugrenue » de devenir trop bavard à propos des fonds douteux placés par des responsables algériens véreux chez eux.

Jouer franc jeu

L’essentiel pour le Maroc est d’avoir placé ses alliés européens dans une situation intenable. Soit suivre l’exemple des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et maintenant d’Israël et apporter un franc soutien à l’initiative marocaine d’autonomie dans les provinces du Sud.

Soit constater le Maroc détourner le regard quand les Européens se cherchent désespérément des appuis politiques pour obtenir des adhésions à leur point de vue sur la scène internationale.

N’en déplaise aux dogmatiques à courte vue, ce n’est pas Israël qui gagne de l’influence au Maghreb, c’est plutôt le Maroc qui assoit la sienne au Proche-Orient en renforçant ses liens avec la communauté juive marocaine installée en Israël. Et ce sans rien céder sur ses positions de principes concernant la question palestinienne.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mardi 29 Mars 2022

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