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Istiqlal 2026-2031 : et si la véritable bataille commençait après les promesses ?


À l’approche des élections législatives de 2026, les programmes politiques commencent à occuper une place centrale dans le débat public. Après les slogans, les positionnements et les premières annonces, les partis sont désormais appelés à présenter une vision capable de répondre aux attentes d’un pays en pleine transformation. L’Istiqlal a choisi de structurer son projet autour de cinq grands piliers, allant de la famille et des valeurs à la lutte contre la corruption, du pouvoir d’achat au renforcement du service public, jusqu’à la souveraineté stratégique. Une architecture qui dessine, dans son ensemble, une certaine conception du Maroc de demain. Mais une fois les programmes posés sur la table, une question finit inévitablement par s’imposer : qui mettra en œuvre les promesses ?



Car en politique, l’annonce constitue toujours le moment le plus visible. L’exécution, elle, est souvent beaucoup moins spectaculaire, mais c’est pourtant elle qui finit par déterminer le jugement des citoyens. Une promesse électorale peut séduire, une vision peut convaincre, mais seule sa traduction concrète dans la vie quotidienne peut durablement installer la confiance. C’est précisément à ce niveau que se situe aujourd’hui l’un des principaux défis du prochain quinquennat : passer d’une logique de propositions à une véritable culture de résultats.

Les cinq piliers du programme de l’Istiqlal ont le mérite de toucher à des préoccupations qui se trouvent au cœur du quotidien des Marocain.nes. La protection de la famille, l’amélioration du pouvoir d’achat, la qualité de l’école et de l’hôpital publics, l’emploi des jeunes, la lutte contre les pratiques qui nourrissent le sentiment d’injustice ou encore la question de l’eau, de l’énergie et de la souveraineté technologique ne sont pas des sujets abstraits. Ils correspondent à des attentes concrètes.

Mais plus les ambitions sont grandes, plus la question de leur mise en œuvre devient déterminante. Il ne s’agit donc pas de demander à un programme de résoudre toutes les difficultés en quelques mois, mais de savoir comment ses priorités seront hiérarchisées, financées et transformées en politiques publiques.

C’est peut-être là que les cent premiers jours d’un gouvernement peuvent prendre tout leur sens. Non pas comme une course à l’annonce ou comme une obligation de produire immédiatement des résultats sur tous les fronts, mais comme un premier test de cohérence.

Quels engagements peuvent être engagés rapidement ?
Lesquels nécessitent une réforme législative ?
Lesquels supposent des investissements lourds ?
Lesquels demandent plusieurs années avant de produire leurs effets ?

Une feuille de route distinguant ces différentes temporalités permettrait de donner davantage de lisibilité à l’action publique et, surtout, de faire comprendre au citoyen que toutes les promesses ne relèvent pas du même calendrier.

Cette question du temps est essentielle. Une politique éducative sérieuse ne se juge pas uniquement au lendemain de son lancement. Une réforme de la santé nécessite des ressources humaines, des infrastructures et une organisation qui ne peuvent être transformées du jour au lendemain.

La création d’un tissu industriel compétitif ou le renforcement de la souveraineté technologique demandent encore davantage de temps et de continuité. À l’inverse, certaines mesures relatives au pouvoir d’achat ou à l’amélioration de certains services peuvent produire des effets beaucoup plus rapidement. La crédibilité d’un programme dépend donc aussi de sa capacité à distinguer l’urgence du quotidien de la transformation structurelle.

Et puis il y a la question que l’on pose rarement assez directement : comment saura-t-on qu’une promesse a été tenue ? L’évaluation devrait progressivement devenir une composante normale de l’action politique. Un objectif clairement défini, un délai, un indicateur et une responsabilité identifiée permettent de sortir du débat entre ceux qui affirment que tout va mieux et ceux qui considèrent que rien n’a changé. Ils permettent simplement de regarder les résultats.

Combien de jeunes ont effectivement trouvé un emploi durable ?
Les délais d’accès aux soins ont-ils diminué ?
Les apprentissages scolaires se sont-ils améliorés ?
Les revenus des ménages ont-ils réellement progressé ?
Les investissements dans l’eau et l’énergie ont-ils renforcé notre autonomie ?

Autant de questions qui pourraient constituer, demain, les véritables instruments de mesure de l’action publique.

Cela suppose également de repenser la notion de responsabilité. Lorsqu’une politique implique plusieurs ministères, plusieurs administrations ou plusieurs niveaux territoriaux, la réussite dépend moins d’une décision isolée que de la capacité à faire travailler l’ensemble de la chaîne publique dans la même direction. L’État social que le programme entend renforcer ne pourra être pleinement efficace que s’il est également un État capable de coordonner, de simplifier et d’évaluer.

La réforme administrative, la digitalisation des services, la réduction des délais et la responsabilisation des gestionnaires ne sont donc pas des sujets secondaires. Ils constituent au contraire les conditions silencieuses de réussite de nombreuses politiques publiques.

Reste enfin la question du financement, qui est probablement la plus importante et la plus délicate. Un État social plus protecteur, des services publics plus performants, une politique de soutien à la classe moyenne, des investissements dans l’eau et l’énergie ou encore une ambition technologique nécessitent des ressources.

Mais cette réalité ne doit pas conduire à opposer systématiquement ambition sociale et rigueur budgétaire. Elle invite plutôt à poser la question autrement : comment créer suffisamment de richesse pour financer durablement les politiques dont le pays a besoin ?

C’est ici que la souveraineté stratégique, le renforcement du tissu productif, la lutte contre les déperditions et l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique rejoignent directement la question sociale.

Le véritable enjeu sera donc de construire un cercle vertueux : une économie plus productive crée davantage de richesse, cette richesse permet de financer de meilleurs services publics, lesquels contribuent à leur tour à renforcer le capital humain, la cohésion sociale et la compétitivité du pays. Dans cette perspective, les cinq piliers du programme ne doivent pas être lus comme cinq chapitres indépendants, mais comme les différentes composantes d’une même vision.

C’est également pourquoi la prochaine étape du débat électoral devrait probablement être moins celle de l’accumulation des promesses que celle de leur hiérarchisation. Les citoyen.,es n’attendent pas nécessairement que tout soit réglé immédiatement. Ils veulent surtout savoir quelles sont les priorités, quels moyens seront mobilisés et à quel moment ils pourront constater les premiers résultats. Ils veulent pouvoir distinguer l’ambition de l’affichage, la réforme de l’annonce, l’engagement de la simple promesse.

Au fond, c’est peut-être une nouvelle maturité du débat électoral qui se dessine. Les programmes ne devraient plus être jugés uniquement sur la beauté de leurs intentions, mais également sur la précision de leurs mécanismes d’exécution. Une promesse crédible est celle qui accepte d’être confrontée au réel, aux contraintes budgétaires, aux délais administratifs et, surtout, au regard du citoyen.

L’Istiqlal a posé cinq grands axes pour dessiner son projet pour 2026-2031. La véritable épreuve commencera toutefois au moment où ces orientations devront quitter les pages d’un programme pour entrer dans les administrations, les écoles, les hôpitaux, les entreprises, les territoires et les foyers. C’est là que se jouera la différence entre une vision politique et une politique publique.

Et si la véritable bataille électorale ne commençait finalement qu’au lendemain du scrutin ? Car une fois les bulletins dépouillés et les résultats annoncés, il ne restera plus aux responsables politiques qu’une seule question à laquelle répondre : non plus « que voulons-nous faire ? », mais bien « qu’avons-nous réellement réussi à faire ? ».



Mercredi 9 Septembre 2026

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