Et j’en pense quoi ?
« Les Français attendent que ça passe », écrit Françoise Degois à Emmanuel Macron en juin 2025. Le président lui répond qu’il n’entend ni passer ni rester inerte. La scène tient en quelques lignes. Elle m’a paru plus éclairante que bien des développements du livre. La journaliste parle d’un pays qui se prépare à tourner la page. Le président, lui, entend qu’on lui demande de cesser d’agir. Ils parlent de la même fin de mandat, mais ils ne vivent déjà plus dans le même temps.
C’est sur ce décalage que j’ai lu Vous êtes tous trop durs avec moi. Le titre invite à chercher l’homme derrière la fonction, à guetter une blessure sous l’assurance. Le livre devient plus intéressant encore quand il montre comment l’homme et la fonction se renforcent mutuellement. Emmanuel Macron aime décider, intervenir, rouvrir un dossier que d’autres croyaient clos. L’Élysée lui donne les moyens de le faire. Il lui donne aussi mille raisons de croire que chaque difficulté appelle une nouvelle initiative de sa part.
La dissolution ou le pari de trop
La dissolution de juin 2024 est, à mes yeux, le cœur politique du livre. Degois remonte dans les coulisses, suit les conseillers, leurs rivalités et les fidélités qui ont survécu aux premières années du macronisme. Elle restitue un milieu où l’accès au président compte parfois autant que les arguments qu’on peut lui présenter. Dans ce chapitre, la solitude du pouvoir prend un sens concret. On peut être entouré du matin au soir et disposer de très peu de contradicteurs capables de se faire entendre au moment décisif.
La dissolution condense aussi un paradoxe. Pour reprendre l’initiative après les européennes, Emmanuel Macron remet les députés devant les électeurs. Le scrutin débouche sur une Assemblée fragmentée, où l’Élysée doit composer avec des forces qu’il ne maîtrise plus. À la lecture, j’ai repensé à la facilité avec laquelle on confond, dans le commentaire politique, l’audace d’un geste et la justesse d’une décision. Le geste a pris tout le monde de court. Ses conséquences ont duré bien au-delà de la soirée de l’annonce.
Ce que la proximité laisse dans l’ombre
Degois écrit avec des phrases courtes, des scènes rapides et le goût des formules qui piquent. Elle s’autorise des détours par Gramsci ou Machiavel, puis revient à un message, à un conseiller, à une réaction prise sur le vif. Le procédé donne du relief à ce que le récit institutionnel a tendance à aplanir. Le chapitre consacré à Brigitte Macron élargit ainsi le regard à ce que la fonction fait subir à l’entourage, jusque dans l’intimité.
Cette proximité avec son sujet fait aussi la limite du livre. J’ai été davantage convaincu par les échanges rapportés et les scènes où les intérêts des protagonistes se laissent lire que par les passages où l’autrice prête au président un sentiment ou une intention avec la même assurance. Le portrait aurait parfois gagné à laisser davantage de place à l’hésitation. Un président qui se livre choisit encore ce qu’il raconte, à qui il le raconte et à quel moment. Cette part de mise en scène fait elle-même partie du personnage.
Le dernier échange est d’un autre ton. Macron évoque le prix personnel de dix années à l’Élysée et qualifie le départ de « petite mort ». Après tant de pages consacrées à la manœuvre, la formule touche par sa simplicité. Elle dit ce que la perspective de la sortie a d’intime pour celui qui occupe la fonction. Et elle m’a ramené au message de juin 2025. Pour le président, partir signifie perdre une manière de vivre et d’agir. Pour les Français dont lui parlait Degois, c’est la possibilité de recommencer avec quelqu’un d’autre. Toute la tension du livre tient entre ces deux expériences du même départ.
Françoise Degois, Vous êtes tous trop durs avec moi. Conversations libres avec le président de la République, Robert Laffont, octobre 2026.
C’est mon humble avis. À vous maintenant de vous procurer le livre, de le lire et de vous faire votre propre opinion.
C’est sur ce décalage que j’ai lu Vous êtes tous trop durs avec moi. Le titre invite à chercher l’homme derrière la fonction, à guetter une blessure sous l’assurance. Le livre devient plus intéressant encore quand il montre comment l’homme et la fonction se renforcent mutuellement. Emmanuel Macron aime décider, intervenir, rouvrir un dossier que d’autres croyaient clos. L’Élysée lui donne les moyens de le faire. Il lui donne aussi mille raisons de croire que chaque difficulté appelle une nouvelle initiative de sa part.
La dissolution ou le pari de trop
La dissolution de juin 2024 est, à mes yeux, le cœur politique du livre. Degois remonte dans les coulisses, suit les conseillers, leurs rivalités et les fidélités qui ont survécu aux premières années du macronisme. Elle restitue un milieu où l’accès au président compte parfois autant que les arguments qu’on peut lui présenter. Dans ce chapitre, la solitude du pouvoir prend un sens concret. On peut être entouré du matin au soir et disposer de très peu de contradicteurs capables de se faire entendre au moment décisif.
La dissolution condense aussi un paradoxe. Pour reprendre l’initiative après les européennes, Emmanuel Macron remet les députés devant les électeurs. Le scrutin débouche sur une Assemblée fragmentée, où l’Élysée doit composer avec des forces qu’il ne maîtrise plus. À la lecture, j’ai repensé à la facilité avec laquelle on confond, dans le commentaire politique, l’audace d’un geste et la justesse d’une décision. Le geste a pris tout le monde de court. Ses conséquences ont duré bien au-delà de la soirée de l’annonce.
Ce que la proximité laisse dans l’ombre
Degois écrit avec des phrases courtes, des scènes rapides et le goût des formules qui piquent. Elle s’autorise des détours par Gramsci ou Machiavel, puis revient à un message, à un conseiller, à une réaction prise sur le vif. Le procédé donne du relief à ce que le récit institutionnel a tendance à aplanir. Le chapitre consacré à Brigitte Macron élargit ainsi le regard à ce que la fonction fait subir à l’entourage, jusque dans l’intimité.
Cette proximité avec son sujet fait aussi la limite du livre. J’ai été davantage convaincu par les échanges rapportés et les scènes où les intérêts des protagonistes se laissent lire que par les passages où l’autrice prête au président un sentiment ou une intention avec la même assurance. Le portrait aurait parfois gagné à laisser davantage de place à l’hésitation. Un président qui se livre choisit encore ce qu’il raconte, à qui il le raconte et à quel moment. Cette part de mise en scène fait elle-même partie du personnage.
Le dernier échange est d’un autre ton. Macron évoque le prix personnel de dix années à l’Élysée et qualifie le départ de « petite mort ». Après tant de pages consacrées à la manœuvre, la formule touche par sa simplicité. Elle dit ce que la perspective de la sortie a d’intime pour celui qui occupe la fonction. Et elle m’a ramené au message de juin 2025. Pour le président, partir signifie perdre une manière de vivre et d’agir. Pour les Français dont lui parlait Degois, c’est la possibilité de recommencer avec quelqu’un d’autre. Toute la tension du livre tient entre ces deux expériences du même départ.
Françoise Degois, Vous êtes tous trop durs avec moi. Conversations libres avec le président de la République, Robert Laffont, octobre 2026.
C’est mon humble avis. À vous maintenant de vous procurer le livre, de le lire et de vous faire votre propre opinion.












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