Cette question n’est ni secondaire ni purement technique.
Toute infrastructure IA fondée sur le calcul intensif produit inévitablement de la chaleur. Toute l’électricité consommée par les serveurs se transforme, à la fin, en énergie thermique.
Dans un pays soumis à un stress hydrique durable, à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et à une vigilance croissante sur la sobriété énergétique, refroidir pour simplement rejeter cette chaleur dans l’air ou l’eau est un non-sens stratégique.
À l’échelle du projet Jazari, et plus encore si celui-ci se déploie sous forme de nœuds régionaux répartis sur l’ensemble du territoire, la question de la chaleur dite « fatale » devient centrale. Soit elle est perdue. Soit elle est valorisée.
Le Maroc dispose précisément d’un patrimoine et d’un usage qui rendent cette valorisation évidente : Le hammam beldi.
L’idée est simple dans son principe, mais puissante dans ses implications : utiliser la chaleur produite par les serveurs Jazari pour préchauffer les hammams de chaque région.
Il ne s’agit pas de remplacer intégralement les systèmes existants, mais de réduire significativement leur dépendance aux énergies fossiles en exploitant une chaleur déjà produite, disponible en continu, jour et nuit.
Sur le plan technique, les solutions existent et sont éprouvées. Les serveurs modernes peuvent être refroidis par des circuits d’eau.
Cette eau chaude, au lieu d’être simplement refroidie puis rejetée, passe par un échangeur thermique.
La chaleur récupérée sert alors à préchauffer l’eau des bassins et des douches, à chauffer les sols et les vestiaires, à maintenir une température stable dans les espaces tièdes et à alimenter des ballons de stockage thermique.
Un appoint local – gaz, biomasse ou solaire thermique – permet ensuite d’atteindre les températures finales nécessaires à la production de vapeur.
Le bénéfice est double : moins de refroidissement à assurer côté data center, moins d’énergie à produire côté hammam.
Mais cette idée impose aussi un changement de paradigme. Elle suppose de sortir du mythe du méga data center centralisé et hors sol.
Elle plaide au contraire pour des nœuds Jazari régionaux, de taille maîtrisée, implantés à proximité des usages urbains et pensés en fonction des réalités climatiques locales.
Chaque région du Maroc a ses contraintes thermiques, son tissu urbain, son hammam de référence. Chaque région appelle donc une solution adaptée, et non une copie de modèles importés.
Au-delà de l’aspect énergétique, la portée symbolique est considérable.
C’est aussi affirmer que l’innovation peut renforcer le patrimoine au lieu de l’effacer, et que le numérique peut s’inscrire dans les lieux de sociabilité les plus anciens du pays.
Le véritable test du projet Jazari ne se mesurera pas uniquement au nombre de modèles développés ou de formations lancées. Il se mesurera à sa capacité à intégrer les limites physiques du Maroc : la chaleur, l’eau, l’énergie, les territoires.
Transformer la chaleur des serveurs en chaleur humaine, utile et partagée, serait une preuve de maturité stratégique et de cohérence politique.
Sur ce terrain, le hammam n’est pas un détail folklorique. Il est une réponse moderne, enracinée et profondément marocaine.
Par Dr Az-Eddine Bennani












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