Emploi, école, logement, santé mentale et souveraineté numérique : une lecture transversale du programme 2026-2031
Le premier pilier, consacré aux valeurs, à la famille et à la cohésion sociale, contient plusieurs mesures directement liées aux jeunes. Le programme propose de mettre en place des politiques publiques intégrées sur les valeurs, associant culture, éducation, enseignement et médias. Il prévoit aussi de soutenir le contenu numérique national et de renforcer le rôle de l’école, des médias publics, de l’art et du cinéma pour porter un récit marocain distinctif. L’objectif est de parler à une génération très connectée, exposée aux réseaux sociaux, aux contenus mondialisés et parfois à une perte de repères. La mesure la plus symbolique reste le projet « École de l’appartenance », avec un programme d’ambassadeurs et de participation citoyenne. Elle vise à faire de l’école un espace de citoyenneté active, pas seulement un lieu d’apprentissage.
Toujours dans ce premier pilier, l’Istiqlal propose une loi pour protéger les jeunes contre les risques illicites liés aux réseaux sociaux, une aide financière pouvant atteindre 5 000 dirhams pour les jeunes qui s’apprêtent à se marier, des mécanismes de médiation familiale, ainsi que la généralisation progressive des crèches sociales. Le programme aborde aussi les addictions, avec une politique publique de prévention, la reconnaissance de l’addiction comme maladie chronique et le lancement de « Hna Maak », un programme de seconde chance pour les jeunes. La santé mentale occupe également une place notable : cartographie nationale, centres régionaux, intégration de la consultation psychologique dans l’Assurance maladie obligatoire et lutte contre la stigmatisation.
Le deuxième pilier, consacré à la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts, concerne les jeunes de manière indirecte mais essentielle. Pour une génération souvent sceptique face à la politique, les mesures de transparence peuvent être déterminantes. Le programme prévoit l’application stricte du principe de responsabilité et de reddition des comptes, une loi sur les conflits d’intérêts, la déclaration d’intérêts, le renforcement de la déclaration de patrimoine et la lutte contre l’enrichissement illicite. Il propose aussi de conditionner le soutien public à des critères clairs, de renforcer le Conseil de la concurrence, de protéger les consommateurs, de passer de la logique de l’autorisation préalable à celle du cahier des charges et de généraliser la numérisation des procédures. Pour les jeunes entrepreneurs, freelances ou porteurs de projets, ces mesures visent à réduire l’arbitraire, les privilèges et les blocages administratifs.
Le troisième pilier touche directement aux conditions matérielles de l’autonomie des jeunes : pouvoir d’achat, emploi, logement et classe moyenne. Le programme propose des sociétés régionales d’achat, de stockage et de distribution des produits agricoles et alimentaires, ainsi qu’un mécanisme transparent de suivi des marges sur les produits de consommation quotidienne. Il prévoit aussi le relèvement progressif du salaire minimum et des pensions, la réforme des retraites et un programme national de soutien à l’entrepreneuriat féminin et au travail à distance. Cette dernière mesure peut particulièrement concerner les jeunes femmes, notamment dans les territoires où la mobilité et l’accès à l’emploi restent difficiles.
Le même pilier prévoit un contrat social de sortie de la pauvreté, une carte familiale unifiée, des programmes territoriaux de soutien à l’auto-emploi, le développement des coopératives, des groupements d’intérêt économique et des marques régionales. Pour les jeunes ruraux ou issus des petites villes, ces mesures peuvent ouvrir des perspectives hors des grands centres économiques. Le logement constitue aussi un point fort : le programme propose un mécanisme national de financement du premier logement pour les jeunes et la classe moyenne, la mobilisation du foncier public, une nouvelle offre de logement pour la classe moyenne, la lutte contre la spéculation et une loi spécifique à l’urbanisme rural.
Le quatrième pilier est le plus explicitement orienté vers les jeunes. Il porte sur le service public, l’école, la santé et l’emploi. Dans l’éducation, le programme promet l’équité territoriale, surtout dans les zones rurales et montagneuses, l’amélioration de la formation des enseignants, la détection précoce du décrochage scolaire, les écoles de la deuxième chance, la généralisation gratuite du préscolaire, une plateforme nationale d’apprentissage numérique et d’intelligence artificielle, le renforcement des langues et des compétences du XXIe siècle, ainsi qu’un système national de prospective des métiers. Il prévoit aussi de mesurer numériquement la qualité des établissements, d’encadrer les frais du privé, de reconnaître les compétences acquises par l’expérience et de développer le sport scolaire.
Sur la santé, le programme propose une Agence nationale des urgences, la réforme de la gouvernance des hôpitaux publics, un parcours de soins autour du médecin référent, le renforcement des soins primaires et un nouveau partenariat avec le privé. Mais c’est surtout l’emploi des jeunes qui ressort : première expérience professionnelle encadrée, programme « Afaq » pour garantir une opportunité dans un délai de six mois, restructuration de la formation professionnelle liée à l’entreprise régionale, programme « Bidaya » pour soutenir la mobilité, « 100 000 talents numériques », académies régionales de gestion locale, service civique volontaire « Pionniers du développement » et Passeport qualité de vie des jeunes.
Le cinquième pilier, consacré à la souveraineté stratégique, projette la jeunesse dans les métiers de demain. Intelligence artificielle, cybersécurité, souveraineté numérique, énergie, eau, agriculture, industrie pharmaceutique, design, propriété intellectuelle, marques marocaines et diaspora : le programme y dessine un Maroc moins dépendant et plus productif. Pour les jeunes, cela signifie de nouvelles filières de formation, d’innovation et d’emploi.
Au final, le programme de l’Istiqlal propose une vision large de la jeunesse : protégée, formée, insérée, logée, soignée et appelée à participer à la souveraineté du pays. Reste la grande question marocaine : ces promesses deviendront-elles des dispositifs simples, financés et accessibles, ou resteront-elles un langage électoral de plus face à une jeunesse qui demande surtout des preuves ?












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Jeunes, addictions, familles : ce que propose le programme de l’Istiqlal










