Le programme semble sérieux, travaillé, plutôt bien construit. Ce serait injuste de le réduire à quelques slogans. Mais sa lecture intégrale laisse une impression persistante : on connaît cette musique.
Le PPS place son programme 2027-2031 sous le mot d’ordre « Osons ensemble ! » et propose un « pacte de dignité ». Il organise son offre autour de quatre grands axes : développement humain, économie et écologie, démocratie et géopolitique. Dès l’introduction, le diagnostic juxtapose « momentum historique » et « fractures persistantes ».
Le problème n'est donc pas l'absence de sujets. C'est presque l'inverse : ils sont tous là.
Une gauche fidèle à son logiciel
L'hôpital public doit redevenir le pilier de l'offre de soins. L'école et l'université publiques doivent garantir l'égalité des chances. La protection sociale doit être consolidée, le pouvoir d'achat amélioré, les jeunes et les femmes davantage intégrés au marché du travail. Culture et sport deviennent des droits et des instruments de cohésion sociale.
Difficile de contester ces objectifs. Mais difficile également d'y voir une refondation doctrinale.
Sur l'économie, le parti appelle à une « souveraineté productive », à davantage d'industrie, d'innovation et de chaînes de valeur locales. Il veut soutenir l'entreprise, renforcer le financement de l'économie, rendre la fiscalité plus progressive, accélérer la transition énergétique, préserver l'eau, défendre la souveraineté alimentaire, rééquilibrer les territoires et développer l'économie sociale et solidaire. Même l'IA et la souveraineté numérique disposent désormais de leur chapitre.
Là encore, rien d'incohérent. Mais quelle proposition appartient véritablement au PPS et à lui seul ?
C'est peut-être là que le programme atteint sa principale limite politique. Plusieurs de ces thèmes se retrouvent désormais, avec des nuances de dosage, chez pratiquement toutes les grandes formations marocaines : réindustrialisation, souveraineté, PME, protection sociale, eau, numérique, emploi des jeunes, réduction des inégalités territoriales.
La différence idéologique existe encore. Mais elle devient beaucoup moins spectaculaire lorsqu'elle doit être traduite en mesures gouvernementales.
Corruption, État de droit : le vieux refrain reste central
Sur le terrain institutionnel, le PPS retrouve plus clairement son ADN historique : lutte contre la corruption, conflits d'intérêts et enrichissement illicite, défense de l'État de droit et des libertés, activation des institutions constitutionnelles et « moralisation de la vie publique ».
Suivent la réforme de l'administration, la décentralisation, l'amazighité, l'égalité femmes-hommes, la participation des jeunes, les droits des Marocains résidant à l'étranger et la citoyenneté.
C'est cohérent avec des combats que le PPS porte depuis longtemps. C'est précisément pourquoi l'effet de nouveauté reste faible.
Le parti ne change pas vraiment de récit : il actualise son catalogue.
L'IA apparaît là où hier on parlait essentiellement de transformation numérique. La souveraineté industrielle monte en puissance. Le stress hydrique devient central. L'État social s'est installé dans le vocabulaire de toute la classe politique. Mais l'architecture idéologique demeure familière : davantage de services publics, davantage de redistribution, davantage de régulation, davantage de droits et davantage d'intervention de l'État.
La nouveauté est peut-être dans les chiffres
Le PPS a néanmoins fait un effort qu'il faut relever : il chiffre son programme.
Sa synthèse financière évalue à environ 575 milliards de dirhams les dépenses supplémentaires sur cinq ans et à environ 622 milliards les recettes additionnelles mobilisables, permettant selon ses calculs un solde budgétaire cumulé positif d'environ 47 milliards de dirhams.
C'est important. Cela déplace le débat de « que voulez-vous faire ? » vers « comment allez-vous le payer ? ».
Mais le chiffrage ouvre immédiatement une autre question : les recettes annoncées sont-elles réellement mobilisables dans ces proportions sans modifier profondément les comportements économiques, l'investissement ou la pression fiscale ?
C'est probablement sur ce terrain que le programme devra être interrogé davantage.
Car promettre simultanément plus de santé publique, plus d'éducation, plus de transferts sociaux, davantage de logements, de culture, de sport, d'investissements territoriaux, de soutien productif et de transition écologique suppose des arbitrages. Or un programme politique devient vraiment intéressant lorsque commencent les arbitrages, pas lorsqu'il additionne les bonnes intentions.
Le PPS rassure ses électeurs davantage qu'il ne surprend les autres
Finalement, ce programme ne provoque ni choc doctrinal ni rupture stratégique. Le PPS reste le PPS.
Pour ses électeurs traditionnels, ce sera peut-être précisément sa qualité : une gauche sociale-démocrate attachée au service public, à la redistribution, aux libertés, à la justice fiscale et à l'intervention de l'État.
Mais pour conquérir de nouveaux électeurs à quelques semaines des législatives, une autre question se pose : où est l'idée que personne d'autre n'avait mise sur la table ?
À force de couvrir pratiquement tous les sujets, le PPS risque paradoxalement de ne laisser derrière lui aucune proposition-signature immédiatement identifiable.
« Osons ensemble ! » Après lecture, une interrogation demeure : qu'a précisément osé le PPS que nous n'avions encore jamais entendu ? Pour l'instant, pas grand-chose de révolutionnaire.Beaucoup de PPS, certes. Mais peu de surprise.












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