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Jeunesse marocaine : l’emploi existe, encore faut-il le rendre accessible


Par Said Temsamani.

Il est devenu presque banal de dire que “les jeunes ne trouvent pas de travail”. Pourtant, derrière cette formule, se cache une réalité plus complexe — et surtout plus nuancée. Le Maroc ne manque pas totalement d’opportunités ; il souffre plutôt d’un décalage profond entre ce qu’il produit comme compétences et ce que son économie exige réellement.

Car oui, des emplois existent. Dans l’industrie automobile, l’aéronautique, les services numériques, les énergies renouvelables ou encore les infrastructures, des milliers de postes sont créés chaque année. Mais ces opportunités restent souvent hors de portée d’une large partie de la jeunesse.

Pourquoi ? Parce que le système, dans son ensemble, peine encore à faire le lien entre formation, territoire et marché.



Mais ces opportunités restent souvent hors de portée d’une large partie de la jeunesse.

Pourquoi ? Parce que le système, dans son ensemble, peine encore à faire le lien entre formation, territoire et marché.

Le premier nœud du problème est éducatif. Trop de jeunes sortent du système avec des diplômes qui ne correspondent pas aux besoins concrets des entreprises.

À l’inverse, des secteurs entiers peinent à recruter faute de profils qualifiés. Ce paradoxe — chômage élevé d’un côté, pénurie de compétences de l’autre — illustre une défaillance structurelle, plus qu’une simple crise conjoncturelle.

Deuxième fracture : celle des territoires. L’accès à l’emploi dépend encore largement de la géographie. Les grandes villes concentrent les opportunités, tandis que des régions entières restent en marge de la dynamique économique. Dans ces conditions, parler d’égalité des chances relève davantage de l’intention que de la réalité vécue.

Troisième limite : l’accompagnement. L’entrepreneuriat, souvent présenté comme une solution, reste un parcours semé d’obstacles. Complexité administrative, difficulté d’accès au financement, manque de mentorat : autant de freins qui transforment l’initiative en épreuve d’endurance.

Mais réduire la situation à un constat d’échec serait une erreur. Car des signaux encourageants émergent. Le Maroc investit dans des filières d’avenir, développe son écosystème industriel, accélère sa transition énergétique et s’insère progressivement dans les chaînes de valeur mondiales.

Une nouvelle économie prend forme — plus technique, plus spécialisée, plus exigeante aussi.


Le véritable enjeu est désormais clair : rendre cette transformation inclusive.

Cela suppose une refonte ambitieuse de la formation, un ancrage territorial des politiques publiques, et surtout une alliance plus forte entre l’État et le secteur privé.

L’emploi ne se décrète pas ; il se construit dans un écosystème cohérent où chaque acteur joue pleinement son rôle.
 
Il faut également réhabiliter des voies longtemps négligées : les métiers techniques, la formation professionnelle, l’apprentissage.

Dans de nombreux pays, ce sont eux qui constituent le socle de l’employabilité des jeunes. Au Maroc, ils doivent cesser d’être perçus comme des choix par défaut.
 
Au fond, la question n’est plus de savoir s’il y a des opportunités, mais si nous sommes capables de les rendre visibles, accessibles et équitables. Le défi est immense, mais il n’est pas hors de portée.
 
Et c’est peut-être là que réside l’essentiel : la jeunesse marocaine n’est pas condamnée à attendre. Elle est appelée à s’adapter, à se former autrement, à entreprendre, à saisir les mutations en cours.

À condition, bien sûr, que le système lui en donne réellement les moyens.
 
Car si l’horizon reste encore flou pour beaucoup, une chose est certaine : le Maroc est en train de changer.

Et dans ce changement, il y a une place à prendre — une place qui ne demande qu’à être conquise.

Par Said Temsamani.



Mercredi 29 Avril 2026


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