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L’Iran face à l’épreuve de la réalité : la fin d’un mythe régional ?


Par Aziz Daouda.

Encore une séquence de tensions majeures au Moyen-Orient, mettant en lumière les fragilités profondes du régime iranien.

Depuis son avènement en 1979, la République islamique s’est construite sur un récit politique d’une puissance révolutionnaire en opposition frontale au «Grand Satan» les USA, défenseur intransigeant de la cause palestinienne et de la libération de Jérusalem.



Ce positionnement idéologique a permis à Téhéran de gagner des relais dans une partie du monde arabe, notamment au sein des mouvements hostiles à Israël.

Elle a développé une stratégie d’influence fondée sur la création, le financement et l’armement de groupes affiliés:

Hezbollah au Liban, milices chiites en Irak, soutien au régime syrien, Houthis au Yémen, formant ce qu’elle présente comme «l’axe de la résistance».

Elle finance sûrement d’autres mouvements dans bien d’autres pays, avec une connivence contre nature avec les islamistes sunnites. Une stratégie d’expansion aux effets déstabilisateurs.

Là où l’Iran a étendu son influence, son empreinte est indissociable d’une militarisation accrue et d’une fragmentation des États.

La projection repose moins sur la construction étatique que sur l’essor de réseaux politico-militaires parallèles défiant les institutions nationales.

Cela a certes permis à Téhéran de disposer de leviers de pression sur ses adversaires et de se poser en champion de la «résistance» à l’ordre régional dominé par les USA et leurs alliés.

Mais cela a également contribué à prolonger des conflits, à affaiblir des institutions étatiques déjà fragiles et à exacerber des fractures confessionnelles.

À long terme, le coût humain et économique de cette «stratégie» est considérable pour les pays concernés et pour l’Iran lui-même, soumis à des sanctions sévères et à un isolement international persistant.

La cause palestinienne est en fait plus instrumentalisée que défendue, depuis près d’un demi-siècle, alors que le régime iranien affirme en faire un pilier central de sa diplomatie et de sa légitimité révolutionnaire.

Téhéran a noué des liens avec des acteurs armés palestiniens, comme le Hamas ou le Jihad islamique, qu’il présente comme les prolongements de sa propre «résistance».

Pourtant, force est de constater que la situation des Palestiniens ne s’est nullement améliorée: occupation galopante, colonisation et blocus se poursuivent, tandis que les cycles de violence se succèdent sans perspective politique crédible.

La Palestine a énormément perdu en territoire, en vies humaines et en sympathie au sein même du monde arabe.

Les divisions internes palestiniennes, enfermant la cause dans une logique essentiellement militarisée en l’absence d’horizon diplomatique, interrogent l’efficacité réelle de cette posture.

Comme durant l’ère Gamal Abdel Nasser, marquée par un panarabisme imprudent, la période actuelle n’a pas apporté de progrès.

L’Iran a, en partie, supplanté un certain leadership arabe sur le dossier, sans pour autant produire de résultats tangibles en faveur d’un règlement durable, ni d’amélioration concrète de la vie des Palestiniens, bien au contraire.

Au-delà du registre géopolitique, le régime est confronté à une contestation interne profonde.

Les mouvements de protestation récents, et ceux déclenchés après la mort de Jina Mahsa Amini en septembre 2022, ont révélé une fracture majeure entre une partie de la société iranienne et ses dirigeants.

La répression, comme unique réponse, s’est traduite par des milliers de morts et d’arrestations, documentées par des organisations internationales et les mécanismes onusiens.

La rigidité sécuritaire et idéologique contraste avec les aspirations d’une jeunesse connectée en quête de libertés civiques et individuelles. L’Iran d’aujourd’hui n’est plus celui de 1979: la société s’est transformée, le régime non.

Le décalage entre le discours révolutionnaire, la promesse de justice sociale et la réalité socio-économique: inflation élevée, chômage, précarité, fuite des cerveaux, corruption et isolement diplomatique, nourrit un sentiment de désenchantement qui fragilise la légitimité de l’État.

Le Maroc a officiellement rompu ses relations avec l’Iran en 2018, Téhéran soutenant le Front Polisario via le Hezbollah et son ambassade à Alger, avec l’appui de l’Algérie.

Rabat détient des preuves de livraisons d’armes et de formation de cadres du Polisario. La rupture marocaine apparaît comme une décision stratégique visant à prévenir toute perception d’ingérence dans ses intérêts vitaux, en particulier au Sahara.

Elle s’inscrit aussi dans une recomposition plus large des alliances régionales, marquée par le rapprochement de Rabat avec certains partenaires du Golfe et les USA, sur fond de rivalités croissantes avec l’axe irano-algérien.

Les développements militaires et diplomatiques récents mettent en évidence une réalité inquiétante pour Téhéran: l’Iran semble souvent réagir dans l’urgence, davantage qu’il ne maîtrise le tempo stratégique.

La multiplication des fronts périphériques, du Liban à Gaza, de l’Irak au Yémen, intervient alors même que ses relais régionaux subissent des pressions croissantes, des sanctions et des éliminations ciblées qui érodent la cohésion de «l’axe de la résistance».

Cette situation peut apparaître autant comme un aveu de fragilité. La facilité avec laquelle les USA et Israël arrivent à neutraliser les dirigeants interroge jusqu’aux compétences de l’État.

Pour autant, annoncer l’effondrement imminent du régime serait hasardeux.

L’appareil sécuritaire se veut encore puissant, les réseaux d’influence régionaux restent actifs. Mais le régime va-t-il encore une fois faire preuve de résilience, y compris au prix d’une violence accrue à l’intérieur et d’une gestion dure de la contestation ?

Il convient de distinguer clairement le régime du peuple iranien, pris en tenaille. Il est l’héritier d’une civilisation millénaire et d’une riche tradition intellectuelle, et ne doit pas être réduit aux choix de l’élite politico-religieuse.

Les souffrances liées aux sanctions, à la répression et à l’isolement international pèsent d’abord sur les citoyens ordinaires, y compris ceux qui aspirent à un changement pacifique et à une réintégration du pays dans la communauté internationale.

L’histoire enseigne bien des choses dans des situations identiques. Les transitions exigent lucidité, responsabilité et une vision inclusive de l’avenir.

La stabilité régionale ne naîtra ni de la surenchère idéologique, ni de la destruction, mais d’un rééquilibrage fondé sur le droit, la souveraineté, la sécurité collective, la coopération et la confiance, aujourd’hui bien érodée.

Dans cette séquence troublée, la solidarité va d’abord aux peuples de la région, pris dans des dynamiques qui les dépassent.

Les mollahs devront tôt ou tard rendre des comptes à l'histoire, et répondre à une question simple, mais décisive:

Ont-ils servi le peuple, ou l’ont-ils sacrifié au nom d’un mythe politique devenu, avec le temps, de plus en plus difficile à soutenir ?

PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM



Mercredi 4 Mars 2026

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