Une rupture quantitative… et qualitative
Cette concentration temporelle des flux – amplifiée par la fonte des neiges dans les massifs – révèle une nouvelle réalité climatique : l’eau ne disparaît pas nécessairement, elle devient plus irrégulière, plus brutale, plus exigeante en termes de gestion.
La superficie exceptionnellement étendue du manteau neigeux et son épaisseur constituent, à cet égard, un facteur déterminant. La neige joue le rôle d’un réservoir différé, libérant progressivement des volumes qui soutiennent les retenues en aval. Ce mécanisme, combiné aux pluies abondantes, a produit un effet cumulatif rare, transformant une situation de tension chronique en phase de reconstitution accélérée des stocks.
Le résultat est tangible : une capacité de stockage nationale qui retrouve des marges de manœuvre, avec plusieurs barrages proches ou au maximum de leur capacité, et une visibilité accrue sur l’approvisionnement en eau potable pour les prochaines années, selon les régions.
L’épreuve de la gouvernance
Car l’enjeu n’est plus seulement de faire face à la pénurie, mais de gérer l’abondance relative dans un contexte d’extrême variabilité climatique.
Les crues et inondations récentes dans certaines régions rappellent que l’eau est une ressource ambivalente : vitale lorsqu’elle est maîtrisée, destructrice lorsqu’elle déborde les capacités d’absorption et d’anticipation.
Dans ce contexte, la priorité donnée à une communication technique, centrée sur les données et portée par les experts, traduit une volonté d’éviter la politisation immédiate d’un phénomène qui exige d’abord rigueur scientifique et gestion opérationnelle.
Mais l’analyse ne peut s’arrêter là : derrière la neutralité des chiffres se joue une question éminemment politique — celle de la planification à long terme.
Une fenêtre stratégique
Elle permet également de reconfigurer les arbitrages entre usage agricole, industriel et domestique. Cependant, la leçon des cycles passés est claire : l’exception ne doit jamais être confondue avec la norme.
Les épisodes de sécheresse sévère des années récentes ont montré à quel point la dépendance exclusive aux précipitations expose le pays à une vulnérabilité structurelle. L’abondance actuelle doit donc être investie, non consommée.
Investie dans l’accélération du dessalement, dans la réutilisation des eaux usées, dans l’optimisation des réseaux et la réduction des pertes, mais aussi dans une réforme plus fine de la gouvernance territoriale de l’eau.
La disparité des taux de remplissage entre bassins hydrauliques rappelle que la question hydrique demeure profondément territorialisée.
Le retour d’une souveraineté hydrique assumée
Le Maroc semble aujourd’hui bénéficier d’un rééquilibrage bienvenu de ses réserves. Mais la véritable victoire ne résidera pas dans le niveau atteint par les barrages à la fin de l’hiver.
Elle se mesurera à la capacité de transformer cette embellie en levier structurel : sécuriser durablement l’eau potable, stabiliser l’agriculture, anticiper les extrêmes climatiques et consolider un modèle intégré de gestion.
Car dans un contexte de dérèglement climatique global, l’eau n’est plus seulement une ressource. Elle est un indicateur stratégique de stabilité, de souveraineté et de capacité d’anticipation. Et c’est précisément dans ces moments d’exception que se prépare la normalité de demain.
Par Saïd Temsamani.












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