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L’intelligence artificielle sera-t-elle au cœur des élections de 2026 ?

Wald Maâlam face aux enjeux de souveraineté numérique du Maroc.


Par Dr Az-Eddine Bennani.

À l’approche des élections législatives de 2026, les débats commencent progressivement à s’installer autour des questions économiques, sociales et territoriales. Pouvoir d’achat, emploi, santé, école, investissements, protection sociale ou encore gestion des territoires reviendront naturellement au cœur des discours politiques.
Mais derrière ces thèmes visibles, une autre question stratégique s’impose progressivement : celle de la souveraineté numérique et de l’intelligence artificielle.



Depuis plusieurs décennies, Wald Maâlam attire l’attention sur le fait que l’intelligence artificielle et, plus largement, le phénomène numérique, ne constituent pas uniquement des innovations technologiques.

Ils représentent désormais des infrastructures de production, d’influence, de gouvernance et de transformation des sociétés.

Celui qui maîtrise les données, les algorithmes, les plateformes et les infrastructures numériques influence progressivement l’économie, les comportements, les connaissances, l’éducation, la culture et même les représentations collectives.

Dans ce contexte, le Maroc ne peut plus considérer l’IA comme un simple sujet de modernisation administrative ou de communication institutionnelle. L’enjeu dépasse largement le numérique. Il touche à la souveraineté nationale elle-même.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des grands modèles d’IA générative utilisés dans le monde proviennent d’un nombre très limité de grandes puissances technologiques et de plateformes dominantes.

Ces systèmes ne transportent pas uniquement des technologies.

Ils véhiculent également des visions du monde, des langues dominantes, des modèles culturels, des logiques économiques et des représentations sociales souvent éloignées des réalités marocaines et africaines.

Le véritable défi du Maroc n’est donc pas simplement d’utiliser l’IA. Il est de savoir comment l’utiliser sans perdre sa capacité de décision, sa diversité culturelle, sa souveraineté cognitive et ses priorités stratégiques.

Les prochaines élections devraient ainsi ouvrir un véritable débat national sur plusieurs questions fondamentales :

• Qui contrôlera les données stratégiques du Maroc ?
• Comment protéger les citoyens face aux manipulations algorithmiques et aux deepfakes ?
• Comment préparer l’école marocaine à l’ère des IA génératives ?
• Comment protéger les langues nationales et les contenus culturels marocains ?
• Comment accompagner les PME et les artisans face à l’automatisation ?
• Comment éviter une nouvelle fracture numérique entre territoires, générations et catégories sociales ?
• Comment construire une gouvernance éthique et souveraine de l’IA ? Ces sujets concernent directement la démocratie, l’économie et la cohésion sociale.

Le risque serait de réduire l’intelligence artificielle à un simple slogan électoral ou à une opération de communication technologique.

Le Maroc a besoin d’une réflexion beaucoup plus profonde, systémique et pragmatique.

Wald Maâlam rappelle souvent qu’un algorithme est avant tout une manière de penser avant d’être un programme informatique.

Derrière chaque système d’IA se cachent des choix humains, des modèles économiques, des visions politiques et des intérêts stratégiques. Penser l’IA, c’est donc aussi penser le modèle de société que nous voulons construire.

Le Royaume possède pourtant plusieurs atouts importants : une stabilité institutionnelle reconnue, une jeunesse connectée, des compétences scientifiques et techniques, une diaspora hautement qualifiée, une position géographique stratégique et une capacité croissante à dialoguer avec l’Europe, l’Afrique et le monde arabe.

Mais ces atouts doivent désormais être structurés autour d’une véritable vision nationale de la souveraineté numérique.

Le Maroc pourrait devenir un acteur important d’une IA frugale, éthique et adaptée aux réalités africaines et méditerranéennes. Une IA qui ne soit pas seulement importée, mais pensée à partir des besoins locaux, des langues locales et des réalités économiques et sociales du pays.

À quelques mois des élections législatives, il devient donc essentiel que les partis politiques, les institutions, les universités, les entreprises, les associations et les citoyens ouvrent un débat national sérieux sur ces questions.

Car demain, gouverner un pays ne consistera plus uniquement à gérer des budgets, des infrastructures ou des administrations. Gouverner impliquera également de comprendre et de maîtriser les systèmes numériques, les plateformes, les données et les algorithmes qui structurent désormais notre quotidien.

La souveraineté du XXIe siècle se jouera aussi dans les architectures invisibles du numérique. Et le Maroc gagnerait à anticiper dès aujourd’hui cette transformation profonde plutôt qu’à la subir demain.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Jeudi 14 Mai 2026


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