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LE PROF DÉCAPITÉ, CE QUI S'EST PASSÉ...




Une barbarie inconcevable

 

Un prof décapité dans une flaque de sang . Le malheureux passant qui vit ce décor ne put le  confondre qu’avec une poupée. Dans son imaginaire, ça ne put être un semblable. C’est dire que ce drame n’est pas de dimension humaine. Ce malheureux passant fit mieux, il crut à une farce, comme dans un mouvement dernier pour se défaire du  réel. Un réel abject et démesuré pour notre petite nature.  Peut-être pouvons-nous, dans une proportion minime, oser une transposition, rendre présent dans nos esprits une tête séparée de son buste. Une barbarie augmentée d’une incompréhension: Comment un humain bascule-t-il dans l’inhumain ?    Samuel Paty  âgé de 47 ans, sauvagement assassiné à 300 mètres de son école, laisse derrière lui femme et enfant. L’assaillant n’est autre qu’un tchétchène de 18 ans, originaire de Moscou, venu en France à l’âge de 6 ans. Un individu  discret, renfermé sur lui-même. Dans un témoignage flouté, son oncle semble tomber des nues. Ce dernier dépeint un individu sans histoire , qui ne cherche querelle à personne. Un individu qui aurait, selon ses dires, subi un lavage de cerveau, détourné par on ne sait quelle force maléfique.

Radicalisé sur le tard

 

Un jeune radicalisé sur le tard, comme en témoigne son compte Twitter. Le tueur aurait nourri une soif visible pour le radicalisme en multipliant ses abonnements à de présumés islamistes. Un compte jusque-là anonyme, sous pseudonyme de  TCHETCHENE_270. Un compte où fut publiée la photo  du professeur décapité, à l’heure qui suit  son exécution.  Comme qui dirait un trophée qui viendrait chapeauter le sadisme du tueur.  Une photo ensanglantée,  accompagnée d’un message sur ton de menace pour le président de la république Emmanuel Macron:  « De ABDULLAH, le serviteur d’Allah, à Macron, le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment ». Un message qui met en clair  la dichotomie  de l’assassin qui désormais porte un nom : Abdoullakh Anzorov.  Un manichéisme, qui ne considère les gens que sous le prisme des fidèles ou des infidèles. Et que non satisfaite de cette distinction réductrice, elle pousse le non-sens jusqu’à mettre à mort ceux qui ne rentrent  pas dans la conception de sa fidélité. Un message guerrier suivi d’un autre, plus court, plus précis « C’est Mr. Paty » nous dit ce dernier. Et La boucle fut bouclée. Le lien fut vite établi entre la victime et son assassin . Ce dernier fut  localisé pas loin de la scène du crime. 

 

Un pistolet à billes !

 

Poursuivi par les éléments de police, celui-ci aurait refusé d’obtempérer.  Une vidéo témoignant des faits fit le tour des réseaux sociaux. On y voit des policiers criant tout leur soûl, brandissant leurs armes de service. Les sommations pleuvaient, mais le tueur têtu, avait refusé  de jeter l’arme du crime, toute  rouge de sang, ainsi que son  pistolet. Un pistolet à billes que la police  a dû deviner, car on entendit les agents crier «  C’est un pistolet à billes ! »  et plus d’une fois. Suite à cet affront, le tueur reçut neuf balles qui le mirent à terre. Peut-être aurions-nous préféré que le tueur,  vu qu’il ne fut pas armé  de pistolet à balles réelles, fut neutralisé par un « taser » ou une balle entravant sa mobilité. Ce qui aurait permis de mieux appréhender les tenants et les aboutissants de cette affaire atroce. Sa mort laisse nombre de questions pendantes.  Pour établir les liens qu’auraient pu nouer l’assassin avant son passage à l’acte, quinze personnes furent mises en garde à vue, dont quatre collégiens. 

 

Embrasement de l’affaire

 

L’assassin rongé par l’idée de trouver la trace de  ce qui dans son idée  est :  « infidèle » ou « blasphémateur », se serait débattu comme quatre diable pour nouer contact avec toute personne susceptible de lui fournir des renseignements. Parmi ces personnes, en sort une  qui a fait grand tapage sur les réseaux sociaux quelques jours seulement avant le drame. Le parent d’une élève, qui, sous l’emprise d’une colère bleue, aurait dans la foulée traité le professeur de « Voyou ».   La raison serait que ce dernier aurait  osé montrer un homme nu, et lui accoler l’attribut du prophète de l’Islam. Le parent semblait prendre la chose au premier degré, et pas une fois on entendit de sa bouche le mot « caricature ». Ce dernier, indigné appelait à la mobilisation de tous les parents d’élèves  afin de dénoncer ce qui dans son expression serait « immonde ». Un parent qui mit à exécution son souhait, et qui d’un pas ferme serait allé porter son insatisfaction à la direction de l’école. Mais ce n’est pas tout ! Car le parent en question aurait été , et pour appuyer sa démarche, accompagné  d’un présumé militant islamiste qui répond au nom de Sefrioui. Un militant qui serait sulfureux, qui ne passerait pas incognito. 

 

Le tout début de l’affaire

 

 C’est seulement quand l’affaire devint grossie par les réseaux sociaux, que deux thèses commençaient à poindre : L’une d’elle, fut que le professeur aurait, et lors d’ un cours sur la liberté d’expression, prié les élèves de confession  musulmane de quitter la salle, ceci pour préserver leur sensibilité quant à  ce qui allait servir de matériel  à son  cours : La caricature du prophète Mohammed parue dans un numéro récent de Charlie-Hebdo.  L’autre thèse serait que le professeur se serait contenté de prier  ces mêmes élèves de détourner les yeux, au mieux de les fermer, tout en restant  sur place. Une thèse plus plausible, Car comment l’élève aurait pu rapporter les faits à son tuteur? Ceci dit, L’assassin se serait  démené pour rentrer en contact avec le père de l’élève,  mais à l’heure qu’il est, aucun lien entre les deux  n’est avéré. 

 

 Un jeune perdu ?

 

De même l’assassin aurait contacté  le fameux CCIF. Le Comité Contre l’Islamophobie en France, mais sans avoir de retour. Nous ignorons les motivations de l’assassin quant à l’établissement de  ce contact. Voulait -il  légitimer ses intentions avant que de passer à l’acte ? Cherchait-il un avis savant dans la matière, à savoir, si le professeur méritait-il ou pas  qu’on lui trancha la tête suite à ce qu’il a fait ? Voulait-il simplement faire part de son indignation, et dénoncer à son tour ce qui lui parut comme « infâme »  ? Ou bien cherchait-il par quelques moyens d’obtenir l’adresse du professeur ? Et si le CCIF sur lequel on jette l’opprobre pouvait lui faire changer d’avis ?

 

 

Une chasse aux sorcières ?

 

 

 Certains voient d’un mauvais œil, qu’après avoir liquidé le tueur, qu’on s’acharne sur toute personne ou organisation ayant exprimé, de près ou de loin,  son avis avant le drame. Ils y voient un forçage de l’opinion publique, comme un besoin de faire porter le chapeau, et de quelques mesures qu’il soit, à tous ceux dont on aurait voulu se débarrasser depuis un moment déjà.  On parle de chasse aux sorcières et de règlement de compte. Notons que le   CCIF  a bel et bien condamné l’acte de barbarie, par le biais de sa page officielle ainsi que par celui de son directeur.  Une  condamnation qui, selon ses contestataires,   ne semble pas prendre car le comité serait malgré tout  condamné à fermer. Grief lui est d’abord fait d’avoir omis de rédiger un communiqué officiel pour clarifier sa position. Dans la foulée, ce comité est taxé de véhiculer des idées extrémistes, en sus de sa prétendue appartenance aux frères musulmans. Une appartenance non avérée, mais répété à tout bout de champ par nombre de médias, ou agitateurs. 

 

Le CCIF dans le viseur

 

Le comité semblait déranger de par sa sur-présence, fut le premier à donner une visibilité au phénomène de l' « islamophobie ». Un comité aux aguets des dérapages médiatiques, engrangeant les messages de plaintes de la communauté musulmane qui se serait sentie à un moment ou un autre, visée ou discriminée. Rappelons, et pour mesurer la portée de ce comité,  la grande manifestation qu’il avait organisé après les attentats de Charlie-Hebdo en 2015. Une manifestation où la banderole qui devançait le cortège fut signée : « Non à l’islamophobie ! ». Une manifestation qui aurait mobilisé, non seulement des personnes de confession musulmane, mais également de grandes figures politiques, pour ne citer que le représentant de la France Insoumise  Jean-Luc Mélenchon. Le CCIF aurait de même réussi à obtenir un siège aux nations unis. C’est dire que la portée de ce comité transbordait la seule France. Pour certains musulmans, le CCIF serait l’équivalent du CRIF. Ceux-là ne comprennent pas, ce qu’ils qualifient d’une  obsession pugnace  à vouloir dissoudre le CCIF, car au même titre que les personnes de confession juive et qui luttent nuit et jour contre l’antisémitisme, ceux-là voudraient de même, pouvoir lutter en toute sérénité contre l’islamophobie, et qui ne serait en rien un moindre mal. 

 

 

Attention à l’amalgame

 

 Dans la ligne de mire, l’on retrouve sans beaucoup tarder l’organisation BarakaCity, laquelle organisation serait dans le giron d’une prétendue mouvance salafiste. Et la liste est longue.  On en a pour  une cinquantaine d’organisations qui devraient disparaitre de la sphère publique. Certains y voient un amalgame, un raccourci inquiétant qui met dans la même colère islam et islamisme, sans pour autant préciser et avec nuances ce qu’est l’un ce qu’est l’autre. Notons que ce drame eut lieu après l’allocution du Président de la République Française, Emmanuel Macron. Une allocution qui insistait sur un retour aux valeurs de la république. Une allocution aux traits prononcés, car à entendre les analystes, on dirait sans se tromper que c’est la première fois où un président aurait employé des mots aussi forts. IL était question d’islamisme radical, ce qui pour certains relèverait d'un pur néologisme, comme il en était du séparatisme, ou du communautarisme clivant  qui aurait commencé  à prendre le dessus dans certains lieux de la république. Comme un contre-État qui fait fi des lois républicaines, et qui mettrait en exergue ses propres lois au détriment du  vivre ensemble Français. Une allocution qui faisait suite à l’attaque au hachoir de deux personnes en bas de l’ancien immeuble de Charlie-Hebdo par un Pakistanais de 25 ans le 29 Septembre 2020. Une attaque qui eut lieu en plein procès du journal satirique. 

 

 

Quand on lutte contre un monstre…

 

Il ne fallut que quelques jours comptés  pour que  le scénario se répète  avec plus de barbarie. Cette fois, par un plus jeune encore. Un jeune de 18 ans  qui aurait soulevé ciel et terre  pour commettre l’irréparable.  Un jeune qui  aurait même soudoyé des  collégiens, à présent en garde à vue, pour tracer le professeur.  Des billets de cent euros auraient été trouvé dans sa poche. Et si c’était  le cas ? ceux-là étaient-ils au courant des intentions macabres du jeune Tchétchène ? y eu-t-il complicité ? Car si tel est le cas, c’est que tout est à refaire ! Quel formatage auraient-ils eu subi pour décider la mort du  professeur qui aurait montré un dessin ? du-t-il être offensant. Quelle charge émotionnelle a due annihiler leur lumière naturelle ? Et surtout de quel texte tire-t-il cette légitimité ? Ont-ils seulement mis les bonnes lunettes pour le lire ? Face à ce drame nul n’est à l’abri des débordements, seraient-ce les têtes les mieux faites.  Certains esprits chauffent, basculent dans la confusion la plus totale, supposent que l’on doit répondre à la barbarie par de la barbarie. Dans les médias, on entend rétablissement de la peine de mort,  retour du  bagne,  ne pas être pointilleux sur le respect de la loi,  couper tout lien avec la Cour Européenne des Droits de l’Homme, instaurer un moratoire sur l’immigration et la liste n’est pas exhaustive. Peut-être qu’il sied de considérer avec soin la parole Nietzschéenne qui dit « Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même ».

 

 

Hicham Aboumerrouane









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