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La Russie en quête de repères dans le monde arabe


Marrakech accueillera, le 15 décembre, le Forum de coopération Russie-Monde arabe, préalablement prévu le 28 octobre, mais reporté. Parallèlement, Rabat et Moscou préparent la tenue de la 8ème réunion de la commission mixte maroco-russe. Le pragmatisme est, de part et d’autre, de rigueur.



Dans sa 8ème édition, douze ans après son lancement, le Forum russo-arabe aura un cachet particulier dans le contexte géopolitique régional actuel.

La Russie a réussi à poser durablement pied au Proche-Orient, plus exactement en Syrie, et ce au moment ou les Etats-Unis se désengagent cette région à l’importance géostratégique évidente, dans le cadre de leur pivot vers le Pacifique.

Plus humiliante encore a été la fuite des Américains d’Afghanistan, la queue entre les pattes, après vingt ans de guerre. Une image qui a donné bien à réfléchir aux Arabes, en particulier les alliés de Washington.

Moscou, pour autant, semble peiner à trouver ses marques dans un monde arabe à la culture politique très spécifique, ou les alliances sont perpétuellement mouvantes, dictées par les considérations du moment.

Trouver, dans le monde arabe, des partenaires pragmatiques avec qui développer des relations économiques mutuellement profitables, qui soient à l’abri des divergences qui peuvent exister sur d’autres sujets, semble être, actuellement, le souci premier de la Russie.

Eurasie et périphérie

Contrairement à ce que peut laisser penser la sur-médiatisation de l’intervention militaire russe en Syrie et paramilitaire en Centrafrique, le Moyen Orient et l’Afrique ne sont pas en tête des priorités de la Russie.

Celle-ci est plus préoccupée par son turbulent voisinage immédiat, les pays de l’ex-Urss, ses relations privilégiés avec la Chine et plutôt mauvaises avec les pays occidentaux.

Il n’en demeure pas moins que Moscou et Pékin sont conscients que les Etats-Unis et les pays de l’Otan sont bien décidés à les étouffer au niveau des voies de circulation maritime et d’accès aux marchés des pays africains.

L’Eurasie, espace naturel de la Russie et de la Chine, comporte pas mal de défis pour occuper suffisamment Moscou et Pékin, mais les manœuvres des anglo-saxons à la périphérie de l’Île du monde leur sont également sujet de tracasseries.

Pragmatisme slave

Ainsi, quand les Etats-Unis ont reconnu la marocanité du Sahara et dévoilé leurs ambitions à Dakhla, la Chine, qui ne s’est jamais opposé au Maroc au Conseil de sécurité des Nations Unies, s’est empressé de faire savoir qu’elle a des visées similaires au Sud du royaume.

La Russie, pour sa part, a signé, en octobre 2020, un nouvel accord de pêche avec le Maroc, le 8ème du genre, qui couvre l’ensemble des domaines maritimes sur lequel le royaume exerce sa juridiction, c'est-à-dire y compris Les provinces du Sud.

Lors de l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution prolongeant d’une année le mandat de la Minurso, la Russie s’est également abstenue de voter, une position de neutralité qui joue en faveur du Maroc.

Du fait de la focalisation des médias occidentaux sur le Kremlin et son actuel occupant, un intérêt moindre est malheureusement porté sur les milieux d’affaires russes, dont l’influence sur la prise de décision politique est largement sous-estimée.

Le Président russe Vladimir Poutine est loin d’avoir le même pouvoir que le Parti communiste chinois, qui vient récemment de mettre au pas ses oligarques.


‘Grand Jeu’ géoéconomique

A travers le Forum russo-arabe, Moscou caresse bel et bien des ambitions géostratégiques d’accès aux pays de la rive Sud de la Méditerranée et l’embouchure de l’Atlantique, mais pas seulement.

Contrairement aux pays occidentaux et à la Chine, la Russie regorge tellement de ressources naturelles que ce n’est pas vraiment ce qu’elle cherche hors de son territoire.

Comme le montre l’affaire du gazoduc ‘Nord Stream2’, la Russie tient énergétiquement l’Europe à sa merci.

Soit les Européens acceptent l’approvisionnement en gaz russe à travers ce nouveau gazoduc, qui contourne l’Ukraine, soit ils payent très cher le gaz naturel liquéfié qu’ils se doivent alors importer des Etats-Unis ou du Qatar.

Le troisième choix est de mourir de froid cet hiver. Puisque ce ne sont pas les propositions qui manquent pour Moscou de vendre son gaz à meilleur prix sur les marchés d’Asie.

L’histoire d’un vaccin

Depuis la relance de l’économie russe, dans les années 2000, les hommes d’affaires venant du froid, rendus encore plus agressifs par les sanctions occidentales, ont faim de conquête de nouveaux débouchés.

Les produits d’appel de la Russie sont actuellement ses systèmes d’armement et ses prestataires de services les mercenaires de Wagner. Les milieux d’affaires russes veulent aller au-delà.

Dans ce cadre, le Maroc offre des opportunités d’accès aux marchés africains dont les hommes d’affaires russes sont bien conscients. Surtout que Moscou est très déçue d’Alger.

Après avoir tenté de faire fabriquer le vaccin russe anti-Covid ‘Sputnik V’ en Algérie, pour le faire exporter ensuite dans d’autres pays d’Afrique, les Russes ont fini par admettre que leurs alliés algériens n’en ont pas la capacité.

Des négociations sont en cours pour le faire fabriquer au Maroc, peu importe aux Russes que ce soit l’allié des Etats-Unis ou l’ennemi juré de l’Algérie. ‘Money talk’ !

Pour une poignée de roubles

C’est cette perception pragmatique des dirigeants russes de leurs relations avec le reste du monde que nombre de décideurs arabes peinent à intérioriser.

Ce n’est pas parce que la Russie est l’allié de la Syrie et entretient de bonnes relations avec l’Iran qu’elle doit forcément être l’ennemi d’Israël. Les relations russo-israéliennes, sans être excellentes, sans assez bonnes.

De même, le fait que l’Algérie soit un bon client des systèmes d’armement russes n’oblige pas Moscou à se montrer hostile envers le Maroc. S’il y a quelques roubles à se faire, les hommes d’affaires russes ne vont pas cracher dessus.

Et puis, entretenir de bonnes relations avec Rabat, à l’alliance renforcée avec le bloc anglo-saxon, est une bonne manière pour Moscou d’équilibrer le jeu d’influence.

Pour Rabat, en dollars, en euros, en yuan ou en roubles, tout profit est bon à prendre. Quant à la marocanité du Sahara, le silence complice de Moscou au Conseil de sécurité des Nations Unies est largement suffisant.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 19 Novembre 2021

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