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La corruption au Maroc, un vrai probléme

Par Aziz Boucetta : La corruption au Maroc ? Ça va bien, merci…


La constitution marocaine a été conçue, élaborée, discutée, rédigée par un ensemble de personnalités d’horizons divers, mais constitutionalistes dans l’âme. Ils ont proposé un texte qui englobe l’ensemble des aspects du fonctionnement de l’Etat et des territoires, et ils ont également prévu des organismes chargés d’assurer une bonne gouvernance, sans lesquels bien évidemment rien n’est possible. Il faut donc, au moins, écouter les responsables de ces organismes quand ils s’expriment.



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Par Aziz Boucetta

Cour des comptes, Conseil économique, social et environnemental, Conseil de la concurrence… autant d’organismes dont la détermination et l’action cumulées peut faire du Maroc un pays qui avance dans la bonne direction. Ou pas. D’autres organismes, non expressément cités comme organes de bonne gouvernance expriment également l’état du pays, comme Bank al-Maghrib ou encore le Haut-commissariat au Plan.
 

La Cour des comptes s’exprime sur la base du droit, le CESE se fonde sur des études, le Conseil de la concurrence agit à partir de (mé)faits, le HCP produit des statistiques en tous genres, Bank al-Maghrib connaît le fonctionnement, et surtout les soubassements, de l’économie nationale… il faut écouter leurs responsables apporter leurs témoignages et leurs recommandations. Ce n’est pas du « yakafokon » (il n’y a qu’à, il faut qu’on), c’est de la réalité basée sur des vérités établies. Ainsi, par exemple, d’Ahmed Lahlimi, patron du HCP, qui vient de faire une sortie remarquée chez nos confrères de Médias24.com.
 

Il a longuement parlé, entre autres choses importantes, de la corruption, qui « freine l’économie du royaume et en particulier certains secteurs », « capte les ressources et affaiblit les plus performants », «  a un coût économique de toute évidence important », « amène des personnages sans mérite particulier à infester la vie publique nationale, voire d’honorables institutions publiques ou électives ». M. Lahlimi explique que la corruption est certes un legs colonial, ce qui est très discutable, qui a été par la suite largement tolérée et même codifiée.
 

Quant au CESE, dans son rapport annuel 2022 présenté au roi Mohammed VI, il dit ceci : « Une régression continue au plan de la perception de la corruption qui impacte négativement l’environnement des affaires et le quotidien des citoyens. Selon l’indice de perception de la corruption, une tendance préoccupante se dessine depuis 2018, avec la perte par le Maroc de 21 places entre 2018 et 2022, dont 7 places rien qu’en 2022 ».
 

Enfin, Abdellatif Jouahri indique que désormais, le FMI lui parle de la corruption, et l’ancien chef du gouvernement Saadeddine Elotmani avait chiffré les dommages causés à l’économie par la corruption à 7%, soit environ 10 milliards USD.
 

Voilà pour... le constat effrayant de la pratique de la corruption au Maroc : tous les voyants sont au rouge. Nous pourrions nous attendre à un sursaut du gouvernement actuel de M. Akhannouch. Las… face à une corruption quasiment endémique, ou même endémique tout court, des déclarations d’intention, très rares de surcroît.

On ne peut raisonnablement pas dire qu’Aziz Akhannouch et son équipe de ministres ou de collaborateurs prennent ce fléau avec le sérieux qu’il requiert. Sinon, comment expliquer que la question de l’enrichissement illicite ne soit toujours pas traitée avec la rigueur qui s’impose ? Elle a même été évacuée dès le début de la mandature ! Aujourd’hui, on n’en parle plus, mais on élude.
 

Comment expliquer que des jugements définitifs contre d’anciens élus ripoux et condamnés pour l’être ne soient toujours pas sous les verrous ? Et que font-ils, ces personnages « sans mérite particulier » quand ils ne sont pas mis hors d’état de nuire ? Ils se représentent et continuent d’infester les institutions et l’économie nationale.


Pour leur part, MM. Bioui et Naciri qu’on ne présente plus sont certes présumés innocents, comme on dit, mais au vu des charges qui leur sont imputées, on peut raisonnablement s’interroger sur le comment, et le pourquoi, de les « avoir laissés » accéder et prospérer aux fonctions qui furent les leurs.


Par ailleurs, et en termes de moralisation de la vie publique, l’avis, la transaction et l’amende du Conseil de la concurrence sur la question des hydrocarbures n’est pas, et de loin, le meilleur exemple de lutte contre la corruption, qui prend plusieurs aspects, dont celui du conflit d’intérêt.


Il n’existe pas d’exemple dans le monde d’un pays, d’une économie, qui accède au rang de l’émergence avec une corruption aussi haute et un indice de perception de la corruption himalayen !


La corruption au Maroc explique sans doute le peu d’empressement des investisseurs étrangers et aussi cette volonté des jeunes de partir sous d’autres cieux (pas forcément plus accueillants, mais perçus comme tels), surtout quand ils constatent que le gouvernement n'agit pas et n'en a même pas la volonté.
 

Il faut agir, il faut absolument agir. L’écrivain américain William Simms disait au 19ème siècle que « mieux vaut se tromper en agissant que de refuser d'agir. La stagnation est pire que la mort, elle est aussi corruption ». Il faut donc agir, avant que le monde ne commence à vraiment s’intéresser au Maroc, quand le Mondial 2030 approchera ; pourquoi, en effet, braquer les projecteurs du monde sur nous quand nous avons encore tant de choses à réparer ?

 

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost 


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Vendredi 28 Juin 2024

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