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La dictature du "la minute"




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Par Adnane Benchakroun

Dans un monde où la rapidité et l'efficacité sont devenues des vertus cardinales, la dictature du "la minute" s'est imposée comme une nouvelle norme, redéfinissant notre manière de consommer l'information, l'art et même nos interactions sociales. Cette évolution, ou plutôt cette révolution, a transformé en profondeur nos habitudes, nos attentes et notre patience, au point de remettre en question les fondements mêmes de la communication et de la création.

Autrefois, le concept "Small Is Beautiful" incarnait une philosophie prônant la simplicité, l'efficacité et l'humanité dans l'échelle de nos entreprises, de nos technologies et de nos économies.

Cette idée, popularisée dans les années 70 par l'économiste E.F. Schumacher, suggérait qu'une taille réduite était synonyme de beauté, d'efficience et de durabilité. Cependant, à l'ère du numérique et de l'immédiateté, cette notion a été détournée. Aujourd'hui, le "Small" n'est plus tant une question de taille ou d'échelle, mais de durée. La beauté semble résider dans la capacité à condenser, à simplifier, à éphémériser.

La dictature du "la minute" se manifeste de manière éclatante dans nos modes de consommation médiatique. Les articles longs et détaillés, jadis appréciés pour leur profondeur et leur capacité à offrir une analyse nuancée, sont désormais souvent délaissés au profit de brèves synthèses qui promettent de livrer l'essentiel en moins d'une minute. Les vidéos, autrefois des fenêtres ouvertes sur des mondes narratifs complexes ou des explications détaillées, doivent maintenant se plier à la règle de l'instantanéité pour capturer l'attention fugace des spectateurs. Les plateformes comme YouTube ont même créé des formats spécifiques, tels que les "Reels", pour s'adapter à cette nouvelle demande.

Dans le domaine de la communication écrite, la contrainte se fait également sentir.

Les tweets, limités à 280 caractères, sont devenus une forme d'art en soi, où chaque mot doit être pesé pour transmettre une idée, une émotion ou une information avec une précision chirurgicale. Mais que peut-on réellement dire en si peu de mots ? Comment respecter les principes fondamentaux de l'argumentation, de l'analyse critique ou de la citation de sources dans un espace aussi restreint ?

Cette réduction extrême du temps et de l'espace alloués à l'expression et à la réception de l'information pose un défi majeur. Elle nous contraint à repenser nos méthodes de communication, mais aussi les attentes que nous avons vis-à-vis de nos interlocuteurs.
La profondeur, la réflexion et la nuance sont-elles devenues des luxes que notre société ne peut plus se permettre ?
Ou assistons-nous à l'émergence d'une nouvelle forme de sagesse, une capacité à distiller l'essence même de nos pensées et de nos connaissances en un minimum de mots et de temps ?

Il est tentant de voir dans cette évolution une perte irrémédiable, un appauvrissement de notre capacité collective à réfléchir, à débattre et à créer. Pourtant, il est également possible d'y discerner un défi, celui d'apprendre à communiquer et à créer avec plus d'efficacité, sans sacrifier la richesse et la complexité.

Peut-être le "Small" peut-il encore être "Beautiful", à condition de redéfinir ce que beauté signifie dans le contexte de notre époque.

La dictature du "la minute" n'est pas seulement un symptôme de notre impatience collective ou de notre soif d'immédiateté. Elle est aussi le reflet d'une transformation plus profonde de notre rapport au temps, à l'information et à la création.

Face à cette réalité, il nous appartient de trouver de nouvelles voies pour que la concision et la rapidité ne riment pas avec superficialité et éphémérité, mais avec pertinence et intensité. La tâche est ardue, mais elle est aussi porteuse d'une promesse : celle d'une créativité renouvelée, capable de s'exprimer dans les interstices de notre monde accéléré.

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Samedi 10 Février 2024



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