La guerre des puces


Les États-Unis ont infligé un coup dur à l’industrie chinoise des semi-conducteurs, à travers des sanctions qui pourraient la mettre définitivement à genoux. Avec des conséquences encore mal cernées sur le marché des produits électroniques.



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Nouveau chapitre de la terrible guerre commerciale menée par les États-Unis contre la Chine. Sur décision du Bureau de l’industrie et de la sécurité, dépendant du Département du commerce américain, de nouvelles restrictions à la cession d’équipements aux entreprises chinoises de l’industrie des semi-conducteurs ont été imposées, le 7 octobre.

Il s’agit de priver la Chine de toute technologie de gravure de microprocesseurs de moins de 16 nanomètres.

Ce ne sont pas seulement les fournisseurs américains qui sont tenus de respecter lesdites sanctions, entrées en vigueur le 12 octobre, mais aussi des entreprises étrangères utilisant du matériel américain, dont le leader mondial du secteur, la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) qui avait déjà cessé de livrer des microprocesseurs à Huwaï, et le sudcoréen Samsung.

Une exemption d’une année a, cependant, été accordée aux deux entités suscitées.

Plus trumpiste que Trump

Comme l’administration Biden ne fait pas dans la demi-mesure, lesdites sanctions s’étendent même aux cadres américains des entreprises chinoises de fabrication de semi-conducteurs, sommés, d’après un article du «South China Morning Post» daté du 14 octobre, d’abandonner leurs emplois en Chine, au risque de perdre leur citoyenneté !

D’un seul coup, c’est l’ensemble du secteur chinois des semi-conducteurs qui s’est trouvé sclérosé. Comparativement, les sanctions prises, en 2019, par l’ex-président Donald Trump contre l’entreprise chinoise Huawei font pâle figure.

Il y a trois ans, l’administration Trump, pourtant sinophobe à souhait, ne cherchait pas plus que de brider l’essor considérable de la Chine en matière de réseau de téléphonie mobile de 5ème génération (5G).

L’administration Biden, de toute évidence plus «trumpiste» que Donald Trump, vise, à travers les récentes sanctions, à littéralement mettre à mort l’industrie chinoise des semi-conducteurs.

La tortue sabote le lapin

La raison invoquée par Washington pour cet acte d’hostilité manifeste envers la Chine serait sa volonté de priver l’armée chinoise de microprocesseurs de pointe, ceux utilisés dans la fabrication des missiles et autres systèmes d’armement de haute technologie.

Selon de nombreux experts du secteur des semi-conducteurs, la raison serait, encore une fois, plutôt à chercher dans la vitesse à laquelle la Chine avance dans ce domaine.

C’est un blogueur fin observateur du secteur, TechInsights, qui avait annoncé, le 19 juillet, que la société chinoise Semiconductor Manufacturing International Corp (SMIC) avait expédié sa première livraison de microprocesseurs de 7 nanomètres.

La surprise des Américains était totale. Pour graver des microprocesseurs à un tel degré de finesse, il fallait jusqu’alors avoir recours à la lithographie EUV, dont le seul fabricant de machines au monde est la société hollandaise AMSL, également concernée par les récentes restrictions américaines.

Les Chinois y sont pourtant parvenu sans disposer de cet outil de haute technologie.

Washington a donc décidé de prendre des mesures préventives pour mettre des obstacles à Pékin en matière de développement de l’intelligence artificielle.

Pénurie de mémoire

Le seul hic, c’est que les conséquences de la décision américaine risque de se répercuter sur l’ensemble du marché mondial des produits électroniques les plus courants, suite à un étranglement de l’offre sur le marché de la mémoire (Ram et stockage Nand).

Il y a un demi-siècle a été inventé le premier microprocesseur, le «4004» de la société américaine Intel, qui a permit le développement de l’informatique grand public.

Aujourd’hui, c’est un marché qui dépasse les 100 milliards de dollars, ou le leadership est en train de glisser doucement des États-Unis, qui représentait 37% de la production mondiale des microprocesseurs en 1990, contre 12% en 2020, vers l’Asie de l’Est, qui concentre désormais 75% de la production mondiale.

D’après les chiffres de 2019, c’est la Corée du Sud qui trône en haut du podium, avec 26,6% de la production mondiale, suivie de Taïwan, 22,9% et du Japon, 16,3%.

Ce sont là, néanmoins, autant de pays alliés des États-Unis, qui continue quand même de s’accaparer 48% des parts de ce marché.

A n’importe quel prix

Ce qui vexe vraiment les États-Unis est de se trouver ex-æquo avec la Chine, 12% de la production mondiale, alors que cette dernière était totalement absente de ce secteur d’activités, il y a 30 ans.

Grâce aux 100 milliards de dollars de subventions que Pékin a alloué à ce secteur, la Chine devrait représenter 24% de la production mondiale des microprocesseurs en 2030.

Du fait du fort intérêt accordé par les investisseurs à ce secteur en plein essor, tous les experts du secteur prévoyaient une baisse des prix des microprocesseurs, une projection rendue caduc par la récente décision de Washington.

Au moment ou la reprise post-Covid a entraîné une forte demande en microprocesseurs à l’échelle internationale, les États-Unis n’ont rien trouvé de mieux que d’ébranler une autre chaîne d’approvisionnement, avec sa propre dynamique de hausse des prix.

Dans sa lutte acharnée contre la progression inéluctable du multilatéralisme, une redistribution géopolitique des cartes à l’échelle planétaire actuellement menée  par la Russie et la Chine, les États-Unis ne cesse de démontrer que pour tenter de préserver son hégémonie mondiale déclinante, elle est prête à tout démolir.

Le pire est que Washington n’est même pas sûre que les sanctions prises vont effectivement brider le développement de l’industrie chinoise des semi-conducteurs.

Il est fort désagréable d’être astreint au rôle de l’herbe piétinée dans cette guerre des puces que se font les éléphants de la planète.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 21 Octobre 2022

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