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La méditerranée, un espace crisogène


Un rapport à lire. Publié voici deux semaines, ce document de conclusion des travaux d'une mission d'information sur "les enjeux de défense en Méditerranée" de la Commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale française retient en effet l'intérêt. Il s'articule autour trois axes: un espace crisogène, le retour des stratégies de puissance et la France face au défi sécuritaire méditerranéen.



Par Mustapha Sehimi

La Méditerranée ? Naturellement, le bien commun des Etats riverains - le discours convenu dans le genre Unesco... Un pont entre plusieurs continents et civilisations, une communauté de destins entre 22 pays - oui, sans doute. Mais aussi autre chose: un espace partagé, toujours plus contesté aussi, cristallisant les tensions avec des rapports de force et rivalités entre puissances - un foyer de crises multiples.

Des tensions ont été ravivées : conflit en Libye, instabilité de certains pays de la rive Sud ; flux migratoires illégaux et autres flux illicites ; des conflits gelés comme celui de Chypre, du Sahara marocain - par suite de l'implication et de l'hostilité de l'Algérie - ; contestation des frontières maritimes; escalade des tensions en Méditerranée orientale: voilà à grands traits l'état des lieux.

Un maillon d’une chaîne mondiale

C'est là pour la France un espace stratégique en soi; il l'est aussi pour ses 22 Etats riverains, avec leurs 520 millions d'habitants; il l'est également pour le reste du monde, en raison de l'importance des flux économiques qui y transitent: 25 % du commerce maritime mondial, 30 % du trafic pétrolier. Un pont entre les deux rives, assurément, entre l'Europe et la rive Sud, mais avec des zones de tension qui ne cessent de s'intensifier, de s'imbriquer et de se rapprocher - un défi pour les prochaines années. L'on peut penser que ce n'est peut-être pas vraiment la priorité du moment, le conflit Ukraine -Russie aujourd'hui pouvant l'expliquer.

D'un autre côté, l'on peut encore estimer que d'autres théâtres de crises concentrent davantage l'attention et les préoccupations politiques et médiatiques - Sahel, Indo-Pacifique. 

Mais il ne faut pas évacuer que la Méditerranée n'est pas un espace clos ; elle est le maillon d'une chaîne mondiale. Toute crise qui s'y déroule affecte en effet directement ou non les intérêts et la sécurité des riverains du Nord comme du Sud. D'où l'exigence d'identification des facteurs de tensions, les logiques de puissance qui se déploient dans cet espace et défis à l'ordre du jour. La Méditerranée est devenue un espace de compétition et de conflictualité et ce en raison de deux dynamiques : celle de la multiplication des forces de tensions; celle aussi du retour des stratégies de puissance en Méditerranée - des puissances régionales et des puissances mondiales. Première cause donc de tension majeure : la fragilité des Etats de la rive Sud.

Le conflit libyen qui a déstabilisé l'ensemble de la région, malgré l'accord de cessez-le-feu d'octobre 2020. La Turquie et la Russie qui veulent faire de ce pays le relais de leur puissance en Afrique. Et un processus de stabilisation politique bien incertain comme l'a illustré le rapport de l'élection présidentielle en décembre 2021 sans parler de la situation actuelle de deux premiers ministres...

Au-delà de la Libye, l'évolution de la situation interne de certains autres pays de la rive Sud ne peut que faire redouter une déstabilisation majeure. En Algérie, le mouvement de contestations du Hirak de février 2019; la paralysie des institutions politiques en Tunisie, dans un contexte de crise économique et financière; la multiplication des flux illicites: autant d'hypothèques. Une autre source de tension de majeure a trait à des conflits territoriaux.

Tel le statut de Chypre qui constitue le "nœud gordien " des tensions en Méditerranée orientale. La Turquie veut une bipartition définitive de l'île en deux Etats - l'hypothèse d'un coup de force dans ce sens est l'un des scénarios possibles de crise majeure. Tel aussi le contentieux avec l'Algérie à propos du Sahara marocain avec la recrudescence des tensions avec le Royaume, soit dans ses relations de rupture et d'hostilité avec le Maroc, soit encore par l'entremise des menées du mouvement séparatiste lequel a d'ailleurs dénoncé , en novembre 2020, l'accord de cessez-le – feu de septembre 1991 décidé par le Conseil de sécurité.

Mais il y a plus. C'est la troisième cause de tension majeure dans la zone : la contestation des espaces maritimes. Une situation liée à la découverte d'importants gisements gaziers au large de Chypre, ce qui a conduit à un risque d'escalade et à la crise de l’été 2020 avec la Turquie.

Retour des stratégies de puissance
Une autre dynamique est mise en relief dans ce rapport: celle du retour des stratégies de puissance en Méditerranée. Cela se traduit par l'affirmation de puissances régionales avec en particulier encore la Turquie dont l'ambition est de devenir une puissance qui compte sur l'ensemble du bassin méditerranéen avec une stratégie assumée de rapports de force: intervention en soutien du gouvernement d'entente nationale au mépris de l'embargo des Nations Unies sur les armes, harcèlement des navires de prospection des navires opérant dans les zones économiques exclusives Chypriotes et grecques, politique d'armement très ambitieuse et do développement de son autonomie des marines entre 2008 et 2030: Egypte: + 170 %; Israë1 : + 166 %; Algérie: + 120 %; Turquie : + 32 %.

Le second, lui, regarde la course aux armements en particulier entre l'Algérie et le Maroc sur un fond de tensions régionales. Le voisin de l’est consacre 10 milliards de dollars par an à sa politique de défense, soit 6,5 % de son PIB - en 2006, ce taux n'était que de 2,6 %. Le Maroc pour sa part a augmenté son budget de défense de 29 % en 2021 puis de 12 % en 2022 (acquisition de systèmes de défense anti-aérienne, d'avions de chasse F-16, de drones,...).

Ce retour des stratégies de puissance dans la région ne se limite pas aux acteurs régionaux, mais concerne également les puissances mondiales. La Russie opère son retour en Méditerranée, notamment à la faveur de son intervention en Syrie et son implantation dans le port de Tartous, transformé en véritable base navale.

Ce dispositif a été d'ailleurs complété par la base aérienne de Lattaquié, agrandie et sur laquelle se déploient des bombardiers supersoniques. Moscou développe également son influence dans la région: rapprochement avec la Turquie, soutien aux forces du maréchal Aftar en Libye, relations privilégies avec l'Egypte et plus encore avec l'Algérie, implantation du groupe Wagner au Sahel et ailleurs. La Chine se distingue aussi au plan économique avec la prise de participations dans de nombreux ports méditerranéens dans le cadre des "Routes maritimes de la soie". L’hypothèse d'une possible militarisation des infrastructures chinoises on Méditerranée n'est pas à écarter, sur le modèle de ce qui a été pratiqué sur la base de Djibouti.

Tout cela, se déploie dans un contexte de relatif retrait des puissances occidentales en Méditerranée. Les Etats-Unis se sont ainsi sensiblement désengagés dans le cadre de leur "pivot stratégique", l'Asie. Ils resteront néanmoins un acteur important, notamment dans la parte orientale en raison de facteurs structurels et de la disposition de nombreux points d'appui. La tendance aujourd'hui paraît être celle d’un renforcement de leur présence, en raison notamment des tensions en Mer noire. L'OTAN voit son action sur ce théâtre entravée par la division entre alliés du fait de la Turquie, ce qui ne fait pas avancer la recherche d'une stratégie globale à l'égard de la rive Sud. 

Au final, le caractère stratégique de la Méditerranée dans la chaîne mondiale qu'elle forme avec 1’Indo-Pacifique que est la conclusion de ce rapport. Comme l'a noté un parlementaire français, "La Méditerranée est une "petite baignoire" dans laquelle toutes les puissances vont se retrouver...".

Rédigé par Mustapha Sehimi sur Quid 



Samedi 12 Mars 2022


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