« Je ne connais pas d’Espagnol qui s’appelle Jamel. » En quelques mots, Fouzi Lekjaa a réveillé un débat que l’on croyait épuisé depuis les débuts internationaux de Lamine Yamal avec la Roja, en septembre 2023.
La formule, prononcée dans un entretien accordé à *Onze Mondial*, se voulait probablement ironique. Elle entendait rappeler que derrière le prodige espagnol demeurait un héritage marocain évident. Mais elle pouvait aussi laisser entendre qu’un prénom arabe serait difficilement compatible avec une identité espagnole.
C’est précisément là que commence le malentendu.
Fouzi Lekjaa a également déclaré que le Maroc avait respecté le choix sportif du joueur et n’avait jamais changé d’attitude envers lui ou sa famille. Il serait donc injuste de réduire tout son propos à une phrase. Il reste que cette phrase a circulé seule, comme circulent désormais toutes les formules susceptibles d’enflammer les réseaux sociaux : rapidement, sans contexte et avec beaucoup plus de passion que de nuance.
Il a choisi une sélection, pas renié une famille
Lamine Yamal vient de fêter ses 19 ans. Il est né en Catalogne, a grandi à Rocafonda, dans la banlieue populaire de Mataró, et a été formé très jeune au FC Barcelone. Avant de rejoindre l’équipe première espagnole, il avait déjà porté les couleurs de l’Espagne dans plusieurs catégories de jeunes.
Son choix n’est donc ni mystérieux ni scandaleux. Il correspond au pays de sa naissance, de son école, de ses premiers vestiaires et de sa formation footballistique.
Son père est marocain. Sa mère est originaire de Guinée équatoriale. Ces deux héritages appartiennent à son histoire familiale. Mais aucune origine ne crée une dette sportive.
Choisir l’Espagne ne signifie pas effacer Larache, le Maroc ou la mémoire de sa grand-mère paternelle. Cela signifie simplement qu’au moment de sélectionner une équipe nationale, le joueur a retenu celle qui correspondait le mieux à son parcours.
La FIFA oblige le footballeur à effectuer un choix. La vie, elle, ne l’oblige pas à supprimer le reste.
La réponse d’une grand-mère : Fátima, la grand-mère paternelle du joueur, avait formulé les choses avec la simplicité de ceux qui parlent moins en juristes qu’en témoins d’une vie familiale : son petit-fils est né et a été éduqué en Espagne, et son père ne lui a imposé aucune décision.
Certains y ont vu un rejet du Maroc. Ce serait une lecture aussi excessive que celle consistant à considérer Yamal comme exclusivement marocain en raison de son patronyme.
Fátima elle-même est arrivée du Maroc en Espagne et a construit sa vie dans le quartier de Rocafonda. Son histoire raconte moins une rupture qu’une continuité : partir, travailler, élever ses enfants, conserver des liens avec le pays d’origine et voir la génération suivante devenir pleinement espagnole sans devoir effacer la précédente.
Voilà ce qu’est une diaspora. Non pas une population suspendue entre deux pays, condamnée à choisir éternellement son camp, mais un espace humain où les appartenances se superposent.
Le prénom de Lamine Yamal n’est pas une curiosité extérieure à l’Espagne contemporaine. Le pays comptait, au début de 2026, plus de dix millions d’habitants nés à l’étranger. Plus d’un million de résidents recensés en 2025 étaient nés au Maroc.
En 2025, les Marocains ont constitué le premier groupe d’origine parmi les nouveaux citoyens espagnols naturalisés.
Il existe donc des Espagnols qui s’appellent Yamal, Mohamed, Fátima ou Mounir, de la même manière qu’il existe des Marocains portant des prénoms et des patronymes venus d’autres horizons. Une nation moderne ne se reconnaît pas seulement à la sonorité des noms. Elle se construit également par la citoyenneté, le partage d’une vie collective et l’adhésion à un destin commun.
La réussite de Lamine Yamal ne devrait pas être vécue comme une défaite marocaine.
Elle raconte aussi le courage d’une famille issue de l’émigration, la résistance d’un quartier populaire et la capacité d’un enfant aux racines marocaines et équato-guinéennes à devenir une figure majeure du football mondial.
Le Maroc peut être fier de cette part de son histoire sans revendiquer le joueur comme un bien national. Il peut souhaiter sa réussite sans lui demander de justifier à nouveau une décision prise depuis plusieurs années.
Notre pays bénéficie lui-même du choix de nombreux joueurs nés et formés à l’étranger. Nous célébrons à juste titre ceux qui portent le maillot des Lions de l’Atlas. La cohérence exige que nous respections tout autant ceux qui prennent une autre direction.
À quatre ans du Mondial 2030 organisé conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, Lamine Yamal pourrait même devenir le symbole d’une relation plus mature entre les deux rives.
Il est espagnol sans être coupé de ses racines marocaines. Il porte la Roja sans que son histoire familiale change de couleur. Il n’a pas choisi entre ses identités. Il a choisi une équipe nationale.
La différence est immense. Et la polémique, finalement, bien inutile.
C’est précisément là que commence le malentendu.
Fouzi Lekjaa a également déclaré que le Maroc avait respecté le choix sportif du joueur et n’avait jamais changé d’attitude envers lui ou sa famille. Il serait donc injuste de réduire tout son propos à une phrase. Il reste que cette phrase a circulé seule, comme circulent désormais toutes les formules susceptibles d’enflammer les réseaux sociaux : rapidement, sans contexte et avec beaucoup plus de passion que de nuance.
Il a choisi une sélection, pas renié une famille
Lamine Yamal vient de fêter ses 19 ans. Il est né en Catalogne, a grandi à Rocafonda, dans la banlieue populaire de Mataró, et a été formé très jeune au FC Barcelone. Avant de rejoindre l’équipe première espagnole, il avait déjà porté les couleurs de l’Espagne dans plusieurs catégories de jeunes.
Son choix n’est donc ni mystérieux ni scandaleux. Il correspond au pays de sa naissance, de son école, de ses premiers vestiaires et de sa formation footballistique.
Son père est marocain. Sa mère est originaire de Guinée équatoriale. Ces deux héritages appartiennent à son histoire familiale. Mais aucune origine ne crée une dette sportive.
Choisir l’Espagne ne signifie pas effacer Larache, le Maroc ou la mémoire de sa grand-mère paternelle. Cela signifie simplement qu’au moment de sélectionner une équipe nationale, le joueur a retenu celle qui correspondait le mieux à son parcours.
La FIFA oblige le footballeur à effectuer un choix. La vie, elle, ne l’oblige pas à supprimer le reste.
La réponse d’une grand-mère : Fátima, la grand-mère paternelle du joueur, avait formulé les choses avec la simplicité de ceux qui parlent moins en juristes qu’en témoins d’une vie familiale : son petit-fils est né et a été éduqué en Espagne, et son père ne lui a imposé aucune décision.
Certains y ont vu un rejet du Maroc. Ce serait une lecture aussi excessive que celle consistant à considérer Yamal comme exclusivement marocain en raison de son patronyme.
Fátima elle-même est arrivée du Maroc en Espagne et a construit sa vie dans le quartier de Rocafonda. Son histoire raconte moins une rupture qu’une continuité : partir, travailler, élever ses enfants, conserver des liens avec le pays d’origine et voir la génération suivante devenir pleinement espagnole sans devoir effacer la précédente.
Voilà ce qu’est une diaspora. Non pas une population suspendue entre deux pays, condamnée à choisir éternellement son camp, mais un espace humain où les appartenances se superposent.
Le prénom de Lamine Yamal n’est pas une curiosité extérieure à l’Espagne contemporaine. Le pays comptait, au début de 2026, plus de dix millions d’habitants nés à l’étranger. Plus d’un million de résidents recensés en 2025 étaient nés au Maroc.
En 2025, les Marocains ont constitué le premier groupe d’origine parmi les nouveaux citoyens espagnols naturalisés.
Il existe donc des Espagnols qui s’appellent Yamal, Mohamed, Fátima ou Mounir, de la même manière qu’il existe des Marocains portant des prénoms et des patronymes venus d’autres horizons. Une nation moderne ne se reconnaît pas seulement à la sonorité des noms. Elle se construit également par la citoyenneté, le partage d’une vie collective et l’adhésion à un destin commun.
La réussite de Lamine Yamal ne devrait pas être vécue comme une défaite marocaine.
Elle raconte aussi le courage d’une famille issue de l’émigration, la résistance d’un quartier populaire et la capacité d’un enfant aux racines marocaines et équato-guinéennes à devenir une figure majeure du football mondial.
Le Maroc peut être fier de cette part de son histoire sans revendiquer le joueur comme un bien national. Il peut souhaiter sa réussite sans lui demander de justifier à nouveau une décision prise depuis plusieurs années.
Notre pays bénéficie lui-même du choix de nombreux joueurs nés et formés à l’étranger. Nous célébrons à juste titre ceux qui portent le maillot des Lions de l’Atlas. La cohérence exige que nous respections tout autant ceux qui prennent une autre direction.
À quatre ans du Mondial 2030 organisé conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, Lamine Yamal pourrait même devenir le symbole d’une relation plus mature entre les deux rives.
Il est espagnol sans être coupé de ses racines marocaines. Il porte la Roja sans que son histoire familiale change de couleur. Il n’a pas choisi entre ses identités. Il a choisi une équipe nationale.
La différence est immense. Et la polémique, finalement, bien inutile.












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