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Le Canada se dégèle au contact du Sahara


Par Aziz Boucetta.

Il est bien connu que dans les pays à climat glacial, la réflexion est plus longue et les réflexes plus lents, surtout en période de grand froid. Et ce grand froid est l’élément qui caractérise le plus et le mieux les relations du Maroc et du Canada depuis plusieurs années. Dans son effort à imposer ses positions, et aussi le respect dû à tout pays, Rabat a entrepris des démarches auprès de toutes les capitales qui comptent, dont Ottawa, mais les Canadiens en ont décidé autrement.

Il faut dire à leur décharge que la vision et les perspectives et même l’intelligence de leur ancien premier ministre Justin Trudeau s’arrêtaient à la Méditerranée, rive nord. Aujourd’hui, la relation s’apprête, peut-être, à évoluer dans le bon sens qui avantage les deux pays.



En effet, Mark Carney est arrivé, armé d’une solide connaissance du monde et désarmé face à l’agressivité et à la versatilité de son grand voisin américain.

Il lui fallait donc trouver autre chose, innover, se réinventer, tout tenter.

Le nouveau premier ministre, l’homme du désormais fameux discours de Davos, a entrepris de déconstruire, peu à peu, pas à pas, la désormais ancienne logique de son pays, consistant à demeurer dans une sorte d’hibernation, s’en remettant exclusivement aux Américains, protégé par sa géographie, ses deux océans, son éloignement de tout et surtout des problèmes du monde.
 

Oh, des petites discussions ici et là, une visite de délégation ici pour faire bien et une déclaration de loin en loin pour maintenir le contact, et puis c’est tout. Voilà où en étaient jusqu’à cette semaine les relations entre Rabat et Ottawa !

Et pourtant, avec une très forte communauté marocaine dans le pays du caribou, que certains estiment à 300.000 âmes, dans sa grande majorité instruite et qualifiée, avec des échanges commerciaux encore poussifs mais prometteurs, un rapprochement entre les deux pays serait plus que bénéfique, pour les deux pays. M. Trudeau, politique superficiel comme on le qualifie chez lui ne l’avait pas compris, M. Carney, économiste madré connu et reconnu dans le monde, en a pris la mesure.


Cette semaine donc, les deux chefs de la diplomatie marocaine et canadienne ont échangé un coup de fil.

Le Canada se dégèle au contact du Sahara

Anodin entre deux ministres homologues, intéressant quand il s’agit du Maroc et du Canada, car la fluidité des relations devrait être la norme, qu’elle n’est pourtant pas.

Le deviendra-t-elle, normale, cette relation ? Peut-être, mais à l’issue de cet échange téléphonique, elle se normalise.

En effet, voici un extrait du compte-rendu de cet appel, publié sur le site officiel du gouvernement du Canada : « Reconnaissant l’importance que revêt la question du Sahara occidental pour le Maroc, la ministre Anand a pris note de l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Elle a affirmé que le Canada reconnaissait le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental comme base d’une solution mutuellement acceptable et comme une initiative sérieuse et crédible en vue d’un règlement juste et durable du conflit ».

Le Canada ne reprend pas la formule faisant du Sahara « une question existentielle » pour le Maroc, mais en reconnaît « l’importance ».

En revanche, il « prend note de l’adoption de la résolution 2797 », incontestablement et même « historiquement » favorable au Maroc, et surtout, Ottawa « reconnaît le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental comme base d’une solution mutuellement acceptable et comme une initiative sérieuse et crédible ».

C’est là une évolution significative de la position canadienne au sujet du Sahara, mais il en faut pourtant plus pour satisfaire le Maroc, qui a clairement défini par la voix de son chef d’Etat le prisme à travers duquel il appréhende ses relations internationales ; le Canada le sait et agit en ce sens.

En effet, lors de l’échange téléphonique entre les deux ministres, la partie canadienne « a fait part de son intérêt pour effectuer une visite officielle au Maroc dans les semaines à venir ».

Ainsi fonctionne la diplomatie, par petites touches, par petits pas, par petites phrases, surtout quand il faut sortir d’une situation difficile.

Prévoir et (presque) dater une visite de la ministre des Affaires étrangères du Canada à Rabat est très significatif ; cela veut dire que ce qui manque à cette évolution de la position sera affiné et peaufiné lors de cette visite, comme ajouter un adjectif ici, « existentiel », ou préciser un adverbe ou un qualificatif là, comme « la seule base », « la base unique »…

Le Canada a semble-t-il donc décidé de se rapprocher de Rabat et, ce faisant, des Etats-Unis, de la France, du Royaume-Uni… du bloc occidental qui a pris fait et cause pour la souveraineté marocaine sur ses provinces méridionales.

L’appel passé le jour même par la ministre canadienne à son homologue algérien le confirme : même pas de compte-rendu sur le site officiel de la diplomatie canadienne, échange plus protocolaire que réellement engageant, et aucune visite programmée à Alger.

La ministre canadienne semble avoir appelé son homologue algérien plus pour maintenir un contact et aplanir de prévisibles susceptibilités que pour véritablement écouter son argumentaire connu sur le Sahara.


Mais il reste un autre point de friction entre Rabat et Ottawa…

Le Maroc n’apprécie pas le laxisme des autorités canadiennes face aux agissements de youtubeurs maroco-canadiens qui, sous couvert de liberté d’expression, multiplient les vidéos d’insultes et d’injures contre les dignitaires marocains, appelant clairement à l’ « insurrection révolutionnaire » et au meurtre de ces responsables, enchaînant les diffamations et les fausses accusations.

La justice canadienne refuse de s’en préoccuper, et le gouvernement d’Ottawa regarde ailleurs.

Raison invoquée : la liberté d’opinion et d’expression. Sauf que ce n’est ni de l’opinion ni de l’expression, mais de la diffamation et de l’appel à la violence et à des actes terroristes.

Le Maroc se demande légitimement la raison de l’inaction des Canadiens, lesquels Canadiens se souviennent de l’affaire Meng de Huawei, en 2018, quand ils avaient sereinement procédé à l’arrestation à Vancouver de la fille du fondateur de Huawei, sur injonction américaine.

Les juges canadiens ne s’étaient certes pas inclinés face aux contraintes politiques mais avaient pris en compte les facteurs géopolitiques.

En foulant le sol du Maroc, « dans les semaines à venir », la ministre canadienne devra avoir réfléchi à tout cela, au Sahara et à cette forme de duplicité – qui rime avec complicité – du gouvernement d’Ottawa.

L’affaire est simple, d’un côté l’alignement sur le bloc occidental et l’affermissement de relations avec le Maroc qui se fonde sur son influence africaine et sur sa forte et dynamique communauté au Canada, de l’autre l’Algérie et ses positions diplomatiques erratiques.

On constatera cependant la discrétion marocaine sur cet échange téléphonique entre les deux ministres des Affaires étrangères…

Mais il semblerait que le Canada, qui se dégèle un peu sur cette question, ait pris sa décision et choisi sa voie et son camp. Le reste ne sera que discussions diplomatiques et marchandages divers, à Rabat, en « présentiel ». Dans l’attente.
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




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