Le détroit tient son nom de la petite île d'Ormuz située sur sa rive iranienne.
Il permet le passage du golfe Persique au golfe d'Oman, puis à la mer d'Arabie et à l'océan Indien.
Avec Gibraltar, le Bosphore et Malacca (et le canal de Suez), c'est l'un des grands détroits de la planète.
Le trajet le plus court pour le franchir, qui correspond aussi aux eaux les plus profondes, longe la côte omanaise pour doubler le Ras de Musandam.
La taille croissante des navires qui le franchissent a amené, pour la sécurité du transit, au tracé de deux couloirs de navigation de deux milles (3,5 km) de large chacun, l'un montant, l'autre descendant.
Ces couloirs de navigation sont séparés par un couloir tampon de deux milles. Ces rails de navigation sont considérés comme étroits pour les supertankers, pour les porte-conteneurs ainsi méthaniers géants contemporains.
Le cœur pétrolier de la planète
En quoi le détroit d'Ormuz est-il stratégique ? C'est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que la région du Golfe devient « le cœur pétrolier de la planète », en matière de réserves et de production de pétrole, puis de gaz.
Dès lors le détroit d'Ormuz est une artère vitale pour l'exportation des hydrocarbures de cinq des plus gros producteurs mondiaux (Arabie saoudite, Iran, Irak, Émirats arabes unis, Koweït).
Un tiers des hydrocarbures transportés par tankers dans le monde et un quart du gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par méthaniers y ont transité.
Soit, en moyenne, 21% de la consommation mondiale de pétrole, 20 à 21 millions de barils par jour (brut, condensats et produits pétroliers).
Les États-Unis sont quant à eux devenus exportateurs nets de brut et de produits raffinés grâce à leur production de pétrole de schiste. Ils ne sont désormais plus dépendants du Golfe, lequel ne représente plus que 7 % de la consommation américaine.
La situation est bien différente pour l'Asie orientale qui est très dépendante du détroit d’Ormuz : 76 % des volumes de pétrole brut et de condensats y ayant transité en 2025 étaient destinés aux marchés asiatiques (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud et Singapour).
Cela dit, de quelle souveraineté étatique le détroit d'Ormuz relève-t-il ? La circulation dans un détroit peut faire l'objet d'une convention internationale spécifique.
Ce n'est pas le cas du détroit d'Ormuz, qui est donc régi par le droit coutumier, et par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), dite convention de Montego Bay.
Ce traité international a été négocié en Jamaïque en 1982, il est entré en vigueur en 1994 et est actuellement ratifié par 162 États, dont Oman.
Les États-Unis ne l'ont pas signé. Les Émirats arabes unis et l'Iran l'ont signé, mais ne l'ont pas ratifié.
Partage de souveraineté : Téhéran et Mascate
Les eaux d'Ormuz se retrouvent dès lors juridiquement partagées entre le sultanat d'Oman et la République islamique d'Iran.
Téhéran et Mascate y exercent donc chacun leur souveraineté, en pleine coopération, organisant tous les ans des manœuvres navales conjointes sur la zone.
Ce bon voisinage peut surprendre, puisque le sultanat d'Oman s'est placé depuis 1970 sous un double parapluie militaire américano-britannique. Mais il résulte, à l'irritation non dissimulée des Saoudiens et des Émiratis, du réalisme du sultan d'Oman, à la tête d'un petit État de 7 millions d'habitants dont la localisation est éminemment stratégique.
Ces eaux territoriales sont ouvertes au « passage en transit ».
L'Iran ne peut fermer unilatéralement le détroit, en vertu du droit coutumier. Washington, non signataire de la convention de Montego Bay, ne reconnaît pas l'extension des eaux territoriales à 12 milles, et affirme donc que les voies de circulation du détroit d'Ormuz sont des eaux internationales.
Les contentieux géopolitiques entre les États-Unis et l'Iran peuvent dès lors prendre une dimension juridique autour d'Ormuz. L'Iran aurait-il vraiment intérêt à bloquer le détroit d'Ormuz ?
Depuis l'aggravation radicale des sanctions américaines en 2018 qui visent à étrangler son économie et à amener le régime à reddition, l'Iran agite de nouveau la menace d'une fermeture du détroit d'Ormuz.
L'objectif serait de paralyser les exportations des pétromonarchies du Golfe alliées de Washington, en rétorsion à l'impossibilité pour l'Iran de vendre ses hydrocarbures. Plusieurs obstacles géopolitiques et économiques atténuent néanmoins la menace.
D'une part, parce que 90 % du brut iranien passe par Ormuz : un blocage diminuerait donc plus encore les possibilités déjà réduites de l'Iran de vendre son brut à ses clients asiatiques.
D'autre part, parce qu'au moins deux producteurs proches de Téhéran seraient victimes de la fermeture: l'Irak, pour l'essentiel de son pétrole, et le Qatar, pour la totalité de son gaz.
« Guérilla sur l’eau »
En surgissant au plus près des navires américains, ils ont démontré, à de multiples reprises dans la dernière décennie, une forte capacité de nuisance, s'exerçant ainsi à une forme non conventionnelle de « guérilla sur l'eau ».
Ils disposent pour cela d'une multitude de petits bateaux très rapides, armés de mitrailleuses et de missiles mer-mer ou portés à l'épaule, de nageurs de combat et de sous-marins de poche capables de mouiller ou de fixer des mines, voire disposant de torpilles, de petits hydroglisseurs et de drones armés.
Ces moyens sont autant de capacités de harcèlement contre de lourds tankers, ou des unités navales adverses qui devraient gérer des attaques en essaim.
À défaut d'une capacité de bloquer totalement le détroit, il s'agirait, dans une logique de dissuasion, de faire mesurer à l'adversaire et à ses protégés - mais aussi aux clients asiatiques - le prix économique et psychologique à payer en cas de conflit majeur.
Les opérations navales dans le détroit d'Ormuz ne seraient qu'une marche basse d'une éventuelle escalade qui impliquerait en dernier ressort les armes balistiques iraniennes. Lesquelles ne manqueraient pas de cibles dans la région, bases américaines, ou bases émiraties utilisées par les Américains.
Les États-Unis ont-ils vocation à garantir (seuls) la libre circulation dans le détroit d'Ormuz? Depuis 1945, la politique américaine répond à la nécessité de garantir, via ce détroit, un accès continu aux ressources pétrolières du Golfe, à des prix raisonnables et en quantités suffisantes pour couvrir les besoins des États-Unis et de leurs alliés.
D'où la cartographie américaine actuelle des bases aériennes (Irak, Koweït, Qatar, Émirats, Oman) et des bases navales (Bahreïn, Abou Dhabi, Fujairah, Oman).
Auxquelles s'ajoutent des implantations dans l'océan Indien (Diego Garcia), les bases navales britanniques (Bahreïn, Mascate, Douqm), et une base interarmes française (Abou Dhabi).
La région abrite la plus forte concentration de bases militaires au monde, qui s'ajoutent au surarmement des États de la région.
Avec la montée récente des tensions et des périls avec l'Iran, Washington a empilé des moyens supplémentaires en mer d'Arabie et dans le golfe Persique : renforts navals pour la Ve flotte, bombardiers lourds et avions furtifs, forces d'assaut terrestres, etc.
Il s'agit bien évidemment de créer un rapport de puissance écrasant face à l'Iran, et de (ré-)assurer la sécurité des protégés, les pétromonarchies grosses clientes du complexe militaro-industriel américain.
Il n'existe pas à l'heure actuelle d'alternative au franchissement maritime du détroit d'Ormuz, pour les hydrocarbures comme pour les conteneurs. Aucun État n'est certes en capacité de le bloquer durablement.
Mais des fermetures ponctuelles et répétées par le mouillage de mines, et donc des risques récurrents pour les navires, auraient des conséquences économiques majeures pour l'économie mondiale.
Moins par l'augmentation des primes d'assurance que par le risque d'un renchérissement brutal et durable des cours du baril.
Le détroit d'Ormuz reste donc un axe stratégique autour duquel des prises de risques mal calculées par les nombreux acteurs militaires présents sur zone pourraient générer un nouveau conflit majeur, à la fois régional et internationalisé.












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