À partir du 1er février, l’exportation de la sardine marocaine ne se fera plus librement. Le ministère de l’Industrie et du Commerce a officialisé la mise en place d’un régime de licence applicable pendant douze mois, marquant une étape supplémentaire dans la régulation d’un produit à forte sensibilité économique et sociale. La mesure s’inscrit dans un dispositif préventif visant à maintenir les prix de la sardine à des niveaux jugés habituels sur le marché intérieur, notamment à l’approche du mois de Ramadan, période de consommation soutenue.
Sur le terrain, cette décision n’a rien d’abstrait. Dans les ports et les halles aux poissons, les tensions sont palpables depuis plusieurs mois. En janvier, le délégué des pêches maritimes de Laâyoune, Mohammed Nafia, indiquait déjà que des mesures spécifiques avaient été activées afin de limiter les déséquilibres entre l’offre et la demande. L’encadrement des exportations vient ainsi compléter un plan d’action plus large, pensé comme un garde-fou face aux fluctuations de marché.
Un secteur stratégique sous surveillance
Au-delà de la conjoncture, la décision renvoie à des enjeux structurels. Le secteur de la pêche occupe une place stratégique dans l’économie nationale. Le Maroc se classe premier en Afrique et 13ᵉ au niveau mondial en matière de pêche. Le secteur contribue à hauteur de 1,1 % du PIB et génère plus de 260.000 emplois directs, selon les données institutionnelles. Un poids économique considérable, mais qui repose sur des équilibres fragiles.
La Cour des comptes a, à plusieurs reprises, alerté sur l’état de certaines ressources halieutiques. Dans son rapport le plus récent, l’institution souligne qu’en Méditerranée, la sardine serait exploitée à hauteur de 150 % de sa capacité de renouvellement biologique. Un niveau qui dépasse largement les seuils considérés comme durables par la recherche scientifique. Ces constats s’appuient notamment sur les évaluations de l’Institut national de recherche halieutique, référence nationale en la matière.
Des signaux d’alerte convergents
La sardine n’est pas la seule espèce concernée. Les petits pélagiques dans leur ensemble, mais aussi les céphalopodes, les crustacés et les poissons démersaux présentent, selon les mêmes sources, des niveaux d’exploitation supérieurs aux limites biologiquement acceptables. Le rapport pointe également une faiblesse persistante dans l’approche de gestion, encore largement centrée sur des stocks individuels, sans intégration suffisante des interactions entre espèces et écosystèmes marins.
Parmi les signaux les plus préoccupants figure aussi le merlu blanc. En Méditerranée, son niveau d’exploitation atteindrait jusqu’à 1000 % de sa capacité de renouvellement, un chiffre qui illustre l’ampleur des déséquilibres. Pour la Cour des comptes, ces indicateurs traduisent un décalage persistant entre les recommandations scientifiques et les pratiques observées sur le terrain, malgré l’existence de plans d’aménagement pour les principales pêcheries commerciales.
Un encadrement temporaire, mais révélateur
Le régime de licence instauré pour les exportations de sardines n’a pas vocation à remettre en cause la dynamique exportatrice du secteur, mais à en ajuster le rythme. Il s’agit d’un instrument de régulation temporaire, destiné à préserver à la fois l’accès des ménages marocains à un produit de base et la durabilité d’une ressource déjà fortement sollicitée.
En encadrant les exportations de sardines pour une durée limitée, les autorités cherchent à maintenir un équilibre délicat entre impératifs économiques, stabilité sociale et préservation du capital halieutique. Une équation complexe, au cœur des choix stratégiques à venir pour un secteur clé de l’économie marocaine.












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