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Le PLF 2027 rattrapé par le calendrier électoral

Le PLF 2027 ne devra être ni le testament financier de la majorité sortante ni une page blanche offerte à la suivante.


Rédigé par La rédaction le Jeudi 16 Juillet 2026



Élections ou pas, le Maroc ne peut pas improviser son budget 2027

À deux mois des élections législatives, le gouvernement s’apprête à présenter au Parlement le cadre de préparation du Projet de loi de finances 2027. L’exercice est légal, nécessaire, presque routinier. Mais dans une année électorale, rien n’est tout à fait routinier. Comment préparer un budget crédible lorsque ceux qui l’élaborent ne savent pas encore s’ils seront chargés de l’exécuter ?

Le PLF 2027 rattrapé par le calendrier électoral

Le jeudi 23 juillet, à quinze heures, les commissions des finances des deux Chambres du Parlement doivent se réunir pour écouter Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances. Au menu : le cadre général de préparation du Projet de loi de finances 2027 et la programmation budgétaire triennale couvrant la période 2027-2029.

Sur le papier, rien d’anormal. L’article 47 de la loi organique n° 130-13 relative à la loi de finances impose au ministre chargé des Finances de présenter, avant le 31 juillet, l’évolution de l’économie nationale, l’état d’exécution du budget en cours, les orientations de la politique économique et financière ainsi que la programmation budgétaire triennale de l’État.

Le calendrier institutionnel doit donc suivre son cours. L’État ne ferme pas boutique pendant une campagne électorale. Les salaires doivent être versés, les établissements publics financés, les chantiers poursuivis. Les administrations ont besoin de visibilité. Les entreprises également. Le Maroc ne peut pas suspendre sa politique budgétaire en attendant que les urnes désignent une nouvelle majorité.

Mais une difficulté politique saute aux yeux. Les élections législatives sont programmées pour le 23 septembre 2026. Le gouvernement actuel prépare donc les premières orientations d’un budget qui sera discuté, amendé puis exécuté après le scrutin.

Selon le résultat des élections et le temps nécessaire à la formation d’une majorité, ce même gouvernement pourrait encore déposer le texte. Ou laisser le relais à une nouvelle équipe qui héritera d’arbitrages déjà engagés. La question n’est pas juridique. Elle est démocratique et économique : jusqu’où un exécutif en fin de mandat peut-il engager les choix de celui qui lui succédera ?

Un budget de continuité ou un dernier budget de campagne ?

Le risque est évident. Dans une année électorale, la tentation existe de transformer le cadrage budgétaire en bilan avantageux, voire en promesse différée. Annoncer davantage de dépenses sociales, accélérer certains investissements ou afficher des hypothèses économiques confortables peut aider à construire un récit de fin de mandat.

Le citoyen marocain connaît la musique. À l’approche des élections, chaque réalisation devient une preuve, chaque retard une circonstance exceptionnelle et chaque projet non achevé une promesse pour demain. Le budget risque alors de servir de prolongement à la campagne, avec de l’argent public comme décor.

La vigilance devra porter sur les hypothèses retenues. Quelles prévisions de croissance ? Quel niveau attendu pour les recettes fiscales ? Combien faudra-t-il emprunter ? Quelle place sera accordée aux dépenses sociales, à l’investissement, à l’éducation, à la santé ou à l’emploi ? Une programmation triennale n’a de valeur que si elle repose sur des données solides et des choix clairement assumés.

Il faudra surtout éviter les engagements faciles à annoncer et difficiles à financer. Une mesure populaire sans ressources durables finit toujours par présenter la facture. Et cette facture ne disparaît pas avec un changement de gouvernement. Elle passe au budget suivant, puis au contribuable.

Pourtant, reprocher à l’exécutif de préparer le PLF 2027 serait absurde. Ne rien préparer serait plus grave. Les grands projets nationaux, la généralisation de la protection sociale, les engagements publics et les programmes d’investissement dépassent la durée d’une législature. La continuité de l’État protège précisément l’économie contre les à-coups politiques.

Un budget ne se fabrique pas en quelques semaines dans un bureau fraîchement occupé. Il exige des remontées ministérielles, des estimations de recettes, des négociations et des arbitrages parfois douloureux. Attendre la formation du prochain gouvernement ferait perdre un temps précieux et installerait de l’incertitude au moment où les ménages et les entreprises réclament plutôt de la visibilité.

La vraie question concerne donc moins la légitimité de la préparation que la transparence de la méthode. Le gouvernement doit travailler, mais il doit montrer ses hypothèses, expliquer ses marges de manœuvre et distinguer les engagements irréversibles des orientations encore ouvertes au débat.

Le Parlement, lui, ne devrait pas se contenter d’écouter une présentation technique avant la pause estivale. Les députés et conseillers doivent interroger les écarts entre les annonces, les crédits ouverts et les résultats réellement obtenus. Ils doivent demander ce qui sera financé, ce qui sera reporté et ce qui devra être abandonné.

Dans une démocratie budgétaire adulte, le débat ne porte pas uniquement sur le montant dépensé. Il porte sur l’utilité de chaque dirham mobilisé. Combien d’emplois créés ? Quels services publics améliorés ? Quels territoires encore laissés à distance ? Quels programmes ont échoué malgré les crédits consommés ?

Le PLF 2027 ne devra être ni le testament financier de la majorité sortante ni une page blanche offerte à la suivante. Il doit constituer une base honnête, révisable et documentée. Le prochain gouvernement devra pouvoir reprendre certains choix, en corriger d’autres et expliquer publiquement ses décisions.

Élection ou pas, le Maroc doit préparer son budget. Mais préparer ne signifie pas préempter l’avenir. À quelques semaines du scrutin, la meilleure preuve de sérieux ne résidera pas dans une avalanche de promesses. Elle tiendra dans des comptes lisibles, des hypothèses prudentes et une règle simple : dire clairement aux Marocains ce que l’État peut financer, ce qu’il doit financer et ce qu’il ne peut plus continuer à promettre.





Jeudi 16 Juillet 2026

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