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Le développement territorial à l’épreuve de l’impact

À la lumière du Rapport annuel de la Cour des comptes 2024-2025.


Par Alhyan Abdessamad.

« Il y a un avant et un après 31 octobre ». Par ces mots prononcés le soir de l’adoption de la résolution 2797/2025 du Conseil de sécurité des Nations Unies, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a marqué un tournant historique dans la consolidation de l’intégrité territoriale du Royaume. Ce 31 octobre, désormais célébré comme Aïd Al Wahda, consacre la reconnaissance internationale du plan d’autonomie comme cadre exclusif de référence.

Ce « Maroc uni de Tanger à Lagouira », tel que proclamé par le Souverain, impose désormais une exigence redoublée : que chaque territoire bénéficie équitablement des fruits du développement. C’est dans cette perspective que le rapport annuel de la Cour des comptes 2024-2025, livre un diagnostic lucide et des recommandations déterminantes pour la gouvernance territoriale.



Des réalisations massives, un impact insuffisant

Le Programme de réduction des disparités territoriales et sociales (PRDTS), doté de 50 milliards de dirhams, affiche un bilan quantitatif notable : 82 % des 10 939 projets achevés, 94 % de l’enveloppe mobilisée.

Mais la Cour des comptes tempère ces chiffres. La quasi-totalité des interventions a porté sur la réhabilitation d’infrastructures existantes : 100 % des routes classées (3 246 km) concernées par des travaux d’aménagement sans ouverture de nouveaux axes, 88 % des projets éducatifs orientés vers des écoles primaires déjà existantes.

L’enjeu n’est pas seulement de rénover, mais de combler les lacunes là où le service public est absent.

Le bilan des conventions et contrats-programmes est plus préoccupant. Sur 78 conventions signées devant Sa Majesté le Roi (2008-2020), seuls 41 % ont été menés à terme en nombre, et à peine 9 % en volume financier.

Les contrats État-Régions 2020-2022 affichent un taux d’achèvement de 9 % à fin avril 2024.

Plus révélateur encore, 48 % des projets examinés rencontrent des difficultés d’exploitation après leur achèvement, et 8 % des projets achevés du PRDTS ne sont toujours pas opérationnels. La viabilité d’un projet ne s’arrête pas à son inauguration.

Quant à la déconcentration administrative, prérequis indispensable de la régionalisation avancée, la feuille de route de la Charte nationale n’a atteint que 36 % de réalisation à fin 2024.

Trois régions sur douze concentrent 58,5 % du PIB national ; 66 % des zones industrielles sont regroupées dans cinq régions. Les disparités territoriales demeurent structurelles.

Du contrôle à l’action

La Cour des comptes formule des recommandations d’une grande portée opérationnelle. Premièrement, repenser le diagnostic territorial en mobilisant un système d’information intégré et actualisé, avec l’implication du HCP et de l’Observatoire national du développement humain.

Deuxièmement, privilégier le réalisme programmatique en évitant l’effet d’annonce et en liant le financement à des indicateurs d’impact mesurables. Troisièmement, renforcer la gouvernance par des comités de pilotage permanents présidés par les Walis, une clarification des compétences et la numérisation des processus de suivi.

Vers des territoires inclusifs : l’impératif de l’impact citoyen

Le Discours du Trône de 2025 appelle sans ambiguïté à « une nette rupture dans la mise à niveau globale des territoires et la réduction des disparités sociales et spatiales », ainsi qu’au lancement d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré.

Cette nouvelle génération doit être fondée sur une révolution du suivi : passer de la mesure des taux de réalisation physique et de consommation des crédits à la mesure de l’impact réel sur les conditions de vie du citoyen.

Cela suppose d’intégrer la durabilité dès la conception des programmes en prévoyant les conditions d’exploitation et de maintenance, de qualifier les ressources humaines territoriales par une stratégie nationale adaptée aux spécificités régionales, et d’adapter les réponses aux territoires ruraux et montagneux par des solutions innovantes ; scolarisation mobile, caravanes médicales…

La généralisation de l’AMO (31,94 millions d’immatriculés, 87 % de la population) et le développement des énergies renouvelables (45,3 % des capacités installées) constituent des leviers puissants, à condition d’accélérer la mise à niveau des établissements publics de santé et le déploiement des infrastructures énergétiques dans les régions du Sud.

Le 31 octobre a ouvert une ère nouvelle. L’après 31 octobre, comme l’a solennellement affirmé Sa Majesté le Roi, est celui d’un Maroc uni dont les droits et les frontières historiques ne sauraient être discutés.

C’est aussi, nécessairement, celui d’un Maroc où chaque citoyen, d’Oujda à Lagouira, de Tanger à Errachidia, bénéficie d’un accès équitable aux services publics, à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques.

L’exigence de la justice territoriale est le prolongement naturel de la souveraineté retrouvée. Car un Maroc à une seule vitesse, c’est la promesse que le développement n’oubliera personne.

Par Alhyan Abdessamad.



Lundi 16 Février 2026


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