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Le diktat de la conjoncture : L’effet d’éviction est-il à craindre ?


L’année 2020 est une année que les Marocains, à l’image du commun des mortels, ne sont pas prêts d’oublier de sitôt. Ce fut une année des plus difficiles et des plus chaudes aussi. Les chiffres qui commencent à tomber en sont la parfaite illustration et, de par l’ampleur de ceux afférents au niveau d’endettement, les perspectives d’avenir s’annoncent mi-figue, mi-raisin.



Durant cette année, le Maroc a subi un choc sans précédent : suite aux restrictions sanitaires préventives et à l’arrêt total ou partiel de l’activité pour contenir la propagation du virus de la Covid-19, l’économie marocaine aurait marqué une nette récession, et ce, pour la première fois depuis la fin des années quatre-vingt-dix.

Durant cette même année, le climat fut, anormalement, marqué par des températures minimales et maximales annuelles bien chaudes et par un déficit pluviométrique presque généralisé sur l’ensemble du territoire
L’effet conjugué de ces deux facteurs a fait que production céréalière nationale connaisse une baisse de 39 % par rapport à la campagne 2018-2019 et de 57 % en comparaison avec une année moyenne.

Envolée de la dette du Trésor

Au titre de la même année, et au niveau des finances publiques, cette fois, l’exécution de la loi de finances rectificative s’est soldée par un déficit budgétaire de 7,7 % du PIB contre 3,6% du PIB une année auparavant. Et le poids de la dette du Trésor s’est envolé à 77,6 % du PIB après avoir tourné autour de 65 % durant les quatre dernières années.

Grosso modo, l’encours de la dette du Trésor a atteint 832,4 MM.DH, en hausse de 83,2 MM.DH ou 11,1 % par rapport à fin 2019 contre +26,2 MM.DH ou +3,6 % un an auparavant. 

En détails, la dette intérieure demeure prédominante avec une part de 76 % contre 24 % pour la dette extérieure.

Au département des Finances, l’on soutient que cette réparation es, tout à fait, conforme aux objectifs retenus pour le portefeuille benchmark (70%-80% dette intérieure et 20%-30% dette extérieure). Et l’on précise aussi que, par terme, cet encours demeure dominé par le long terme à hauteur de 60,3 % contre 65 % il y a un an, suivi par le moyen terme (25,4 % contre 24,9 %) et le court terme (14,3 % contre 10,1 %). 

En matière de dette extérieure, l’encours de cette dernière s’est élevé à 199,5 MM.DH, en hausse de 36,1 MM.DH ou 22,1 % par rapport à fin 2019, sous l‘effet d’une progression importante des tirages suite aux émissions, sur le marché financier international. 

Pour simple rappel, le Maroc avait émis, le 24 septembre 2020, un emprunt obligataire sur le marché financier international d’un milliard d’euros. Une émission qui, finalement, n’avait aucun impact, ni sur l’équilibre des finances publiques ni sur les réserves de change en raison du remboursement le mois suivant d’un montant équivalent. N’empêche, qu’elle avait cependant induit un reliquat du déficit à financer, ce qui avait conduit le Trésor à effectuer une autre sortie à travers l’émission, le 8 décembre 2020, d’un emprunt obligataire de 3 milliards de dollars en trois tranches.


Endettement public global : 94,6 % du PIB

Aussi, convient-il de rappeler que cette forte mobilisation des tirages n’a été rendue possible que suite à l’adoption le 7 Avril 2020 d’un décret-loi autorisant le dépassement du plafond des emprunts extérieurs, initialement fixé à 31 MM.DH dans la loi de Finances 2020.
Tenant compte de la dette extérieure garantie, en légère augmentation, les chiffres disponibles font état d’un endettement public global situé à 94,6 % du PIB, en augmentation de près de 14,2 points par rapport au ratio de 80,4 % enregistré une année auparavant. 

Des perspectives en demi-teinte

Pour ce qui est des perspectives, 2021 serait, elle aussi, caractérisée également par la poursuite de la mobilisation des fonds nécessaires pour la couverture des charges additionnelles liées aux programmes et projets annoncés dans la loi de Finances 2021 et aux efforts de rétablissement des équilibres macroéconomiques et de relance de l’activité. 

Et tout porte à croire qu’en termes de tendances conjoncturelles, le déficit budgétaire 2021 devrait rester élevé à 7,2 % du PIB et l’endettement du Trésor poursuivrait sa hausse et tournerait autour de 80 % du PIB.

Détérioration budgétaire& disponibilité des financements

Et c’est, justement, cette évolution qui fait qu’au moment où les autorités monétaires marocaines soutiennent que l’endettement demeure à la fois maîtrisé et soutenable, des instances internationales, que ce soit à travers un « jeu » de notation ou par le biais de pronostics, mettent l’accent sur le risque d’une certaine détérioration budgétaire et son impact sur l’évolution du ratio dette publique/PIB qui, quelque part, risque à son tour d’ impacter la disponibilité des financements pour le secteur privé.

C’est aussi, l’avis du FMI qui, tout en se montrant, suffisamment, rassurant vis-à-vis de la soutenabilité de la dette marocaine, met en garde contre un certain effet d’éviction.
Et c’est d’ailleurs ce qu’avait exprimé, tout récemment, M. Roberto Cardarelli, Chef de la mission du Fonds monétaire international, chargé du Maroc.

Y a-t-il vraiment lieu de craindre un effet d’éviction ?

Ce qui est , jusqu’ici, sur c’est qu’à fin mars 2021, l’exécution du Budget s’est soldée par un déficit de 6,7 milliards de dirhams après un excédent de 5,6 milliards à fin mars 2020 et ce, compte tenu de la baisse notable de l’excédent des comptes spéciaux du Trésor de 48,5% à 13,9 milliards de dirhams, contre près de 27 milliards à fin mars 2020 qui intégrait une recette nette de 17,1 milliards au titre du fonds Covid-19.

Et il va sans dire que l’effort budgétaire additionnel pour soutenir l’activité conjugué à l’état actuel des recettes fiscales ne peut que conduire à la détérioration du déficit budgétaire.

Noureddine BATIJE





Rédigé par le Jeudi 22 Avril 2021

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