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Le dossier médical personnel informatisé : une arme à double tranchant ?

Par Dr GHANIMI Rajae


Depuis quelques années, de nombreux hôpitaux à travers le monde utilisent les dossiers médicaux personnels électroniques (DMPE) ou informatisés (DMPI).
Il s’agit d’un dossier virtuel contenant toutes les informations médicales des patients : notes de consultations, médecins consultés, historique médical, prescriptions, résultats des examens complémentaires, facturation et tout autre élément faisant partie du dossier médical.



Une avancée, mais…

De nombreuses études ont démontré que, le DMPI tel qu’il est utilisé facilite certaines tâches, comme la rédaction des rapports médicaux qui constituent un vrai fardeau pour le praticien.

Il assure également, une fluidité dans la circulation de l'information et du niveau d’inter-connectivité entre plusieurs acteurs et professionnels de santé.

Les prestataires de soins peuvent accéder à tout moment aux informations des patients et prendre des décisions bien fondées, grâce aux informations cliniques, et les données paracliniques facilement accessibles.

Le dossier informatisé, peut également assurer d’autres fonctionnalités utiles aussi bien pour le médecin que pour le patient, comme la fonction « reminder » qui permet de faire des notifications pour rappeler un patient d’un rendez-vous ou d’un examen complémentaire à effectuer, ou alerter le médecin des éventuelles interactions médicamenteuses au moment de la prescription, surtout pour les patients seniors polymédiqués  .

Le Dossier informatisé est aussi un levier de maîtrise médicalisée des dépenses, car il permet de sauvegarder toute l’information relative à l’historique médical de chaque patient et lui garantir un « suivi dans la continuité », évitant ainsi la répétition inutile des examens diagnostic, et les prescriptions redondantes.

La question de disponibilité des données est aussi un point fort, le DMPI est disponible à tout moment, et exploitable simultanément par plusieurs utilisateurs.

Une étude réalisée par Lynn Waithera et al.:blank avait démontré que les patients ont exprimé une satisfaction remarquable à l’égard des structures sanitaires dotées de DMPI, Cela est dû essentiellement au fait que les prestataires de soins de santé ne posent pas de questions répétitives à chaque visite, car toutes les informations sur le suivi médical du patient sont accessibles et disponibles , ce qui réduit les frustrations des patients et le temps d’attente et de la consultation.

Problèmes de sécurité et de confidentialité

 Évidemment, toute médaille a son revers, derrière le bouquet des avantages, se dissimulent des difficultés liées au secret médical et à la protection des données de santé. Aussi, le risque de surcharge technologique chez les médecins se pose avec acuité, surtout, que les praticiens sont habituellement focalisés sur les soins et sur la dimension relationnelle qui se crée entre le médecin et le patient, que sur le volet documentaire et administratif.

Sur le plan pratico-pratique, le dossier médical partagé entre différents intervenants (médecin de famille, autres spécialistes, centre médicaux sociaux, patients, etc.) est indiscutablement le meilleur moyen de transmission des informations. Cela n'empêche qu'un bon nombre de questions complexes restent ouvertes telles que : qui est garant de sa conservation ? Qui a la possibilité de modifier le dossier ? Comment assurer la protection des données ?

Comme pour toute information numérique, des problèmes de violation existent. Les pirates informatiques possèdent une puissance numérique qui effraie les adeptes du domaine de l’informatique, sachant que, supprimer, ou dissimuler des données déjà partagées sur internet est quasiment incertain.
 
Bien que cela ne se produise pas trop souvent, les événements sont suffisants pour semer le doute et l’inquiétude dans l'esprit des médecins et des patients. Ce sont des préoccupations légitimes, vu la sensibilité de l’information.

Surtout que des antécédents ont déjà eu lieu, selon Data Breach Investigations Report 2020:blank  (1) , le piratage des données de santé prend une tendance exponentielle, le nombre de violations confirmées dans ce secteur s’élève à 521 contre 304 dans le rapport de l’année dernière.

Ces données attirent de plus en plus les pirates informatiques parce qu'elles sont très facilement monnayables. L’exemple canadien de « vol » des données du Groupe Santé Medisys inc. Qui a subi une attaque au rançongiciel touchant 60 000 patients, soit 5 % de sa clientèle.

Aussi l’affaire Labio, qui a fait couler beaucoup d’encre en 2015, des centaines de bilans médicaux et d’analyses sanguines ainsi que 40 000 identifiants de patients ont été copiés par un groupe de pirates, Rex Mundi, qui a exigé 20 000 euros de rançon en échange de la non-publication de ces données. Le laboratoire français La:blank bio a refusé de payer, ce qui a poussé les pirates à mettre les informations confidentielles en ligne quelques mois plus tard
 
La généralisation du DMPI se heurte à de moults obstacles, notamment les problèmes techniques liés à l’interopérabilité des systèmes, le temps passé par les médecins à alimenter le dossier médical et à le tenir à jour. Les travaux menés en Angleterre par Greenhalgh et ses collaborateurs, ont démontré que le DMPI est aussi parfois difficile à explorer, surtout lorsqu’il est dépourvu d’un moteur de recherche, prenant la forme d’une unité de stockage des données « sans intelligence », rendant la recherche d’informations une tache lourde et chronophage pour les utilisateurs.(2)
 
Enfin, A l’instar de toutes les technologies émergentes dans le domaine de la santé, telles que le SMART Hôpital, la télémédecine et la dictée numérique workflow , le DMPI implique inévitablement un travail en amont et des garde-fous  importants au niveau des processus administratifs, opérationnels, et informatiques lors de son implantation sur le terrain.

La réussite d'une telle transformation requiert bien évidemment une forte collaboration, une multidisciplinarité et surtout une transversalité.
 
2 https://www.cairn.info/revue-reseaux-2013-2-page-223.htm#pa87

Dr GHANIMI Rajae
Médecin, spécialiste en médecine de travail
Présidente fondatrice de l’association Hippocrate
Ecrivaine, chercheuse
Auteure de plusieurs livres et articles sur la santé, la protection sociale et l’E-santé.



Mercredi 27 Octobre 2021

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