Un texte peut désormais être produit en quelques secondes.
L’intelligence artificielle au Maroc ? Souveraineté, inclusion et transformation systémique, j’ai défendu la nécessité d’une réflexion ancrée dans nos réalités et ouverte à nos langues.
Aujourd’hui, mon propre livre me conduit à poser une question supplémentaire : l’intelligence artificielle peut-elle apporter quelque chose à la lecture, au-delà de sa capacité à produire du texte ?
Au Salon international de l’édition et du livre de Rabat, j’ai participé à une rencontre consacrée à « la bibliothèque intelligente entre préservation du patrimoine et anticipation de l’avenir ».
Notre réflexion, nourrie par le cas de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, portait sur une responsabilité essentielle : ouvrir l’accès aux documents tout en préservant leur origine, leur contexte et leur sens.
Numériser un ouvrage permet de le consulter autrement. Encore faut-il se demander ce que ces nouveaux moyens apportent réellement au lecteur.
J’ai commencé à explorer cette question avec une version conversationnelle de L’intelligence artificielle au Maroc.
Prenons un exemple simple. Une lectrice souhaite comprendre ce que je mets derrière l’expression « souveraineté numérique ». Dans le livre papier, elle parcourt le sommaire, relit plusieurs passages et construit son interprétation. Dans sa version conversationnelle, elle peut poser directement sa question, puis en formuler une autre à partir de la réponse obtenue.
Elle peut choisir de lire ou d’écouter, et revenir ensuite au texte. L’outil lui ouvre un chemin personnel dans l’ouvrage. Sa valeur tient à cette possibilité de questionner et de poursuivre la lecture, pas à une prétendue capacité de penser à la place de l’auteur ou du lecteur. Il faut donc être exigeant.
Une réponse fluide peut être infidèle au livre. Le système doit permettre au lecteur de retrouver les passages sur lesquels elle repose et de distinguer la pensée de l’auteur de la formulation produite par la machine. L’auteur doit savoir ce qui est fait de son texte. L’éditeur doit pouvoir en garantir la qualité et les conditions d’usage.
La confiance dans un livre conversationnel se construit avec les mêmes exigences intellectuelles que celles d’un livre imprimé, auxquelles s’ajoutent des exigences de conception et de contrôle.
Cette réflexion concerne bien davantage que les auteurs de livres.
Les correcteurs veillent à la précision des textes ; les bibliothécaires les rendent accessibles et les situent dans une histoire ; les enseignants aident à les lire de manière critique. Aucun de ces métiers ne peut être réduit à une opération automatique. Tous peuvent contribuer à concevoir des usages utiles de l’intelligence artificielle.
J’appelle donc les écrivaines et écrivains, les éditrices et éditeurs, les journalistes, les chroniqueurs, les traducteurs, les bibliothécaires, les chercheurs, les enseignants et toutes celles et tous ceux qui développent des textes à prendre part à ce débat. Il ne suffit pas de se demander si l’IA sera présente dans le monde du livre : elle y est déjà.
Il nous appartient de discuter de la place que nous voulons lui donner, des droits à respecter et de la qualité de lecture que nous souhaitons offrir.
C’est dans cet esprit que j’animerai, avec l’Observatoire de l’Intelligence Artificielle, le Café IA « IA dans la culture : le cas du livre », en partenariat avec le Centre culturel Iklyle de la Fondation Mohammed VI de Promotion des Œuvres Sociales de l’Éducation-Formation.
Cette rencontre se tiendra le jeudi 1er octobre 2026, de 17 h à 19 h, au Centre culturel Iklyle, avenue Allal El Fassi, Hay Riad, à Rabat. J’aimerais que les personnes qui écrivent, publient, conservent et lisent les textes y confrontent leurs expériences.
Car l’avenir du livre ne dépendra pas seulement de ce qu’une technologie permet de faire. Il dépendra des décisions que nous prendrons ensemble sur ce qui mérite d’être écrit, transmis, interrogé et compris.












L'accueil




Du BASIC à l’IA : sortir du marketing de la peur









