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Le monde a changé. Les programmes politiques des partis marocains doivent changer avec lui




Les cinq certitudes qui s’effondrent : pourquoi Nizar Baraka veut préparer le Maroc au monde d’après

Une campagne électorale devrait normalement parler d’emplois, de pouvoir d’achat, de santé, d’école, de logement ou de fiscalité. Elle devra désormais parler aussi d’eau, d’énergie, d’intelligence artificielle, de souveraineté technologique et de chaînes d’approvisionnement. Ce n’est pas un effet de mode. C’est simplement que le monde dans lequel les partis marocains construisaient leurs programmes a profondément changé.

C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de la présentation des grandes orientations du programme électoral de l’Istiqlal par Nizar Baraka. Derrière les propositions et les engagements apparaît une grille de lecture plus politique : cinq certitudes sur lesquelles reposaient nos économies ne sont plus vraiment des certitudes.

La première concernait la mondialisation. Pendant des décennies, ouvrir les frontières commerciales semblait suffire pour sécuriser l’approvisionnement. La pandémie, les guerres, le retour du protectionnisme et les ruptures logistiques ont montré exactement le contraire. Un pays peut disposer d’argent et ne pas trouver immédiatement ce dont il a besoin.

Deuxième certitude disparue : l’énergie serait une marchandise comme les autres. Elle est devenue une arme économique, diplomatique et géopolitique. Pour le Maroc, la transition énergétique n’est donc plus seulement écologique. Elle touche directement à l’indépendance nationale.

Troisième rupture : l’eau et l’alimentation. Le Maroc connaissait évidemment depuis longtemps la contrainte hydrique. Mais la succession des sécheresses et l’accélération du changement climatique font désormais de l’eau une question de sécurité nationale. Produire, dessaler, réutiliser, économiser : la politique de l’eau quitte progressivement le seul domaine technique pour entrer dans celui de la souveraineté.

Quatrième certitude : la technologie créerait mécaniquement davantage d’emplois qu’elle n’en détruit. L’intelligence artificielle et l’automatisation rendent cette équation beaucoup moins évidente. Voilà pourquoi l’école, l’université, la formation professionnelle et la recherche deviennent des infrastructures stratégiques. La vraie compétition internationale se joue désormais autant dans les cerveaux que dans les ports ou les usines.

Enfin, cinquième certitude : la paix internationale serait suffisamment stable pour permettre aux économies de planifier tranquillement leur développement. Ukraine, Moyen-Orient, rivalités sino-américaines, fragmentation commerciale : cette époque semble s’éloigner.

C’est là que la lecture proposée par Nizar Baraka devient politiquement intéressante.

Elle revient à élargir considérablement la notion de souveraineté. Celle-ci n’est plus uniquement territoriale. Elle devient énergétique, alimentaire, hydrique, numérique, industrielle et intellectuelle.

Le mérite de cette approche est surtout de poser une question qui dépasse l’Istiqlal : les partis marocains peuvent-ils encore présenter en 2026 des programmes pensés avec les logiciels politiques d’hier ?

Probablement pas.

Car gouverner demain ne consistera plus seulement à redistribuer davantage ou à construire davantage. Il faudra aussi protéger le pays contre des dépendances devenues stratégiques, anticiper des ruptures technologiques rapides et préserver la cohésion sociale dans un environnement beaucoup plus instable.

Le Maroc dispose ici d’un avantage considérable : sa géographie, ses infrastructures, son ouverture africaine et atlantique, ses énergies renouvelables et sa stabilité. Mais ces atouts ne produiront leurs effets que s’ils sont accompagnés d’une véritable culture de l’anticipation.

Au fond, la campagne électorale de 2026 pourrait avoir une utilité inattendue : obliger les partis à ne plus seulement promettre de mieux gérer le Maroc d’aujourd’hui, mais à expliquer comment ils comptent préparer celui de demain.



Mardi 1 Septembre 2026

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