Illusion de l'authenticité et aliénation de la modernité
Ce tiraillement se fonde sur un lien rompu entre deux mondes irréconciliables.
D'un côté, des dogmes anciens aux principes biaisés se cramponnent à une version du traditionalisme qui défend les formalités et les rituels pour masquer l'opportunisme ; ils épuisent ainsi un patrimoine culturel vidé de ses valeurs morales réelles pour le transformer en un simple outil de légitimation du « clientélisme » et du « népotisme ».
En face, émerge une modernité contrefaite et mal assimilée dans ses dimensions, qui a importé d'Occident les manifestations de la modernisation à travers la consommation, l'urbanisme et les slogans brillants, sans pour autant intégrer ses valeurs fondamentales basées sur la compétence, la reddition des comptes et la primauté du droit.
Ce déficit structurel a engendré un « monstre » hybride qui combine le pire de la tradition et le pire de la modernité, où les outils du développement sont mis au service d'une mentalité antérieure à l'État moderne.
Sous le poids des crises et de la montée d'une conscience silencieuse, les ténèbres commencent à se dissiper, révélant des courants et des forces qui opéraient autrefois dans l'ombre et scellaient les équilibres derrière le rideau.
Ces forces se sont dévoilées peu à peu pour révéler le véritable visage de l'oligarchie dominante, qu'elle soit individuelle ou collective :
Une classe sans idéologie réelle ni principes stables, arborant le masque de la « modernité » lorsque ses intérêts exigent un positionnement international, et revêtant le masque de « l'authenticité et de la religion » lorsqu'elle souhaite flatter les émotions des masses et protéger son influence.
C'est « l'élite fluide » par excellence ; un être malléable, visqueux, qui s'adapte à toute situation nouvelle et épouse la forme du récipient qui le contient. Cette entité traverse un état de fluidité extrême (en référence directe à la thèse de la modernité liquide de Zygmunt Bauman) et la conscience collective n'a pas encore réussi à lui attribuer un « nom précis » ou une classification politique claire.
En effet, elle se nourrit de la perpétuation de la phase de transition, sachant pertinemment que la clarté de règles rigoureuses précipiterait sa fin inéluctable.
Cette entité fluide n'aurait pu perdurer sans l'existence de deux bras armés essentiels agissant comme le miroir de ses comportements :
Un paysage médiatique délabré (l'industrie de la falsification systémique), devenu un outil de marketing de la futilité et des sujets marginaux (le « buzz » et les scandales quotidiens) pour détourner le peuple des problèmes structurels ; et une justice chancelante et versatile (absence de sécurité juridique), dont la fluidité se manifeste par une sélectivité dans la reddition des comptes, appliquant la loi aux faibles tout en fermant les yeux sur les « gros poissons », ce qui prive la justice de sa sacralité et contraint le citoyen à s'engager dans le clientélisme pour survivre.
D'un côté, des dogmes anciens aux principes biaisés se cramponnent à une version du traditionalisme qui défend les formalités et les rituels pour masquer l'opportunisme ; ils épuisent ainsi un patrimoine culturel vidé de ses valeurs morales réelles pour le transformer en un simple outil de légitimation du « clientélisme » et du « népotisme ».
En face, émerge une modernité contrefaite et mal assimilée dans ses dimensions, qui a importé d'Occident les manifestations de la modernisation à travers la consommation, l'urbanisme et les slogans brillants, sans pour autant intégrer ses valeurs fondamentales basées sur la compétence, la reddition des comptes et la primauté du droit.
Ce déficit structurel a engendré un « monstre » hybride qui combine le pire de la tradition et le pire de la modernité, où les outils du développement sont mis au service d'une mentalité antérieure à l'État moderne.
Sous le poids des crises et de la montée d'une conscience silencieuse, les ténèbres commencent à se dissiper, révélant des courants et des forces qui opéraient autrefois dans l'ombre et scellaient les équilibres derrière le rideau.
Ces forces se sont dévoilées peu à peu pour révéler le véritable visage de l'oligarchie dominante, qu'elle soit individuelle ou collective :
Une classe sans idéologie réelle ni principes stables, arborant le masque de la « modernité » lorsque ses intérêts exigent un positionnement international, et revêtant le masque de « l'authenticité et de la religion » lorsqu'elle souhaite flatter les émotions des masses et protéger son influence.
C'est « l'élite fluide » par excellence ; un être malléable, visqueux, qui s'adapte à toute situation nouvelle et épouse la forme du récipient qui le contient. Cette entité traverse un état de fluidité extrême (en référence directe à la thèse de la modernité liquide de Zygmunt Bauman) et la conscience collective n'a pas encore réussi à lui attribuer un « nom précis » ou une classification politique claire.
En effet, elle se nourrit de la perpétuation de la phase de transition, sachant pertinemment que la clarté de règles rigoureuses précipiterait sa fin inéluctable.
Cette entité fluide n'aurait pu perdurer sans l'existence de deux bras armés essentiels agissant comme le miroir de ses comportements :
Un paysage médiatique délabré (l'industrie de la falsification systémique), devenu un outil de marketing de la futilité et des sujets marginaux (le « buzz » et les scandales quotidiens) pour détourner le peuple des problèmes structurels ; et une justice chancelante et versatile (absence de sécurité juridique), dont la fluidité se manifeste par une sélectivité dans la reddition des comptes, appliquant la loi aux faibles tout en fermant les yeux sur les « gros poissons », ce qui prive la justice de sa sacralité et contraint le citoyen à s'engager dans le clientélisme pour survivre.
La dimension absente : Le sophisme de « l'authenticité centrale » et la mosaïque ethnique
Cependant, cette analyse comportementale et critique reste incomplète si elle n'est pas liée à la profondeur anthropologique de la société marocaine.
Parler d'un conflit entre une « authenticité » archaïque et une « modernité » défigurée tombe parfois dans le piège de la réduction de l'authenticité à un modèle unique, figé et centralisé.
Or, la réalité sociologique prouve que le Maroc recèle une diversité ethnique et culturelle d'une immense richesse (amazighe, arabe, hassanie, andalouse, africaine et hébraïque).
Cette pluralité signifie, d'un point de vue sociologique, qu'il n'existe pas d'« authenticité centrale unique », mais que chaque composante ethnique et culturelle possède sa propre authenticité et ses racines historiques.
C'est de là que surgissent les « transitions difficiles » : le véritable problème n'est pas une simple hypocrisie morale abstraite, mais plutôt la difficulté structurelle à parvenir à un « système de valeurs et d'institutions partagé » sur lequel s'accorderaient toutes ces ethnies pour la gestion du quotidien et la coexistence commune, tout en laissant les cultures plurielles grandir et interagir librement, sans contrainte.
Parler d'un conflit entre une « authenticité » archaïque et une « modernité » défigurée tombe parfois dans le piège de la réduction de l'authenticité à un modèle unique, figé et centralisé.
Or, la réalité sociologique prouve que le Maroc recèle une diversité ethnique et culturelle d'une immense richesse (amazighe, arabe, hassanie, andalouse, africaine et hébraïque).
Cette pluralité signifie, d'un point de vue sociologique, qu'il n'existe pas d'« authenticité centrale unique », mais que chaque composante ethnique et culturelle possède sa propre authenticité et ses racines historiques.
C'est de là que surgissent les « transitions difficiles » : le véritable problème n'est pas une simple hypocrisie morale abstraite, mais plutôt la difficulté structurelle à parvenir à un « système de valeurs et d'institutions partagé » sur lequel s'accorderaient toutes ces ethnies pour la gestion du quotidien et la coexistence commune, tout en laissant les cultures plurielles grandir et interagir librement, sans contrainte.
Lecture de la scène au miroir de la sociologie marocaine
Lorsque nous plaçons ce mélange complexe (entre la fluidité de l'élite et la pluralité de la société) devant les pionniers de la sociologie marocaine, les dimensions du « composite social complexe » s'éclairent :
• La société composite (Paul Pascon) : Pascon soutient que le Maroc ne se trouve pas dans une phase de transition linéaire simple de la tradition vers la modernité.
C'est une « société composite » où cohabitent simultanément plusieurs modes de production et cultures (patriarcale, tribale, makhzénienne, capitaliste moderne).
Dès lors, ce qui s'apparente à de la « fluidité » ou de la « viscosité » dans le comportement de l'élite et des individus est, au fond, un mécanisme de négociation sociologique imposé par cette coexistence structurelle difficile entre les époques et les systèmes au sein de l'espace commun.
• La double critique (Abdelkébir Khatibi) : Cette vision pluraliste rejoint la thèse de Khatibi sur le « Maroc au pluriel ». Khatibi refusait de réduire l'identité marocaine à une seule origine fixe.
Selon lui, l'issue de ce tiraillement réside dans la déconstruction des deux discours à la fois : la tradition aveugle et la modernité occidentale dépendante, tout en reconnaissant la différence et la pluralité comme une force dynamique.
• Le Cheikh et le Disciple (Abdallah Laroui) : Laroui explique l'importation d'une modernité superficielle par la continuité des structures matrices anciennes (la dynamique du Cheikh et du Disciple) au sein même des institutions de l'État moderne, où les structures contemporaines se parent des habits des loyautés traditionnelles.
• L'abêtissement et la falsification de la conscience (Mohamed Guessous) : La critique des « médias délabrés » et de l'industrie de la futilité croise directement les avertissements de Guessous contre les politiques d'« abêtissement de la société » et de falsification de sa conscience globale, visant à exclure les compétences et à pérenniser les intérêts de l'élite rentière.
• La société composite (Paul Pascon) : Pascon soutient que le Maroc ne se trouve pas dans une phase de transition linéaire simple de la tradition vers la modernité.
C'est une « société composite » où cohabitent simultanément plusieurs modes de production et cultures (patriarcale, tribale, makhzénienne, capitaliste moderne).
Dès lors, ce qui s'apparente à de la « fluidité » ou de la « viscosité » dans le comportement de l'élite et des individus est, au fond, un mécanisme de négociation sociologique imposé par cette coexistence structurelle difficile entre les époques et les systèmes au sein de l'espace commun.
• La double critique (Abdelkébir Khatibi) : Cette vision pluraliste rejoint la thèse de Khatibi sur le « Maroc au pluriel ». Khatibi refusait de réduire l'identité marocaine à une seule origine fixe.
Selon lui, l'issue de ce tiraillement réside dans la déconstruction des deux discours à la fois : la tradition aveugle et la modernité occidentale dépendante, tout en reconnaissant la différence et la pluralité comme une force dynamique.
• Le Cheikh et le Disciple (Abdallah Laroui) : Laroui explique l'importation d'une modernité superficielle par la continuité des structures matrices anciennes (la dynamique du Cheikh et du Disciple) au sein même des institutions de l'État moderne, où les structures contemporaines se parent des habits des loyautés traditionnelles.
• L'abêtissement et la falsification de la conscience (Mohamed Guessous) : La critique des « médias délabrés » et de l'industrie de la futilité croise directement les avertissements de Guessous contre les politiques d'« abêtissement de la société » et de falsification de sa conscience globale, visant à exclure les compétences et à pérenniser les intérêts de l'élite rentière.
Incarnation de la crise : L'éducation comme champ d'expérimentation de la dualité
Cette problématique composite se reflète de manière flagrante dans le secteur de l'éducation marocain, devenu le miroir vivant de ce désarroi structurel :
1. Inégalité de classes et privatisation (la modernité superficielle) : Le système éducatif produit une stratification sociale aiguë entre un enseignement privé excessivement orienté vers « l'aliénation linguistique » (la langue des affaires et de l'argent) pour servir les apparences de la modernisation consumériste, et un enseignement public qui souffre de précarité et de marginalisation.
2. Le choc de l'identité et de la langue (la pluralité en crisis) : L'incapacité à formuler un « système commun » se manifeste dans un blocage linguistique historique.
En effet, alors que les textes constitutionnels consacrent le pluralisme linguistique et culturel à l'instar des identités amazighe et arabe , la réalité éducative vit une confusion chronique entre les langes d'enseignement (le français dans les filières scientifiques et techniques) et les langues identitaires, ce qui consacre une fracture axiologique et cognitive qui approfondit la crise de l'intégration sociale.
1. Inégalité de classes et privatisation (la modernité superficielle) : Le système éducatif produit une stratification sociale aiguë entre un enseignement privé excessivement orienté vers « l'aliénation linguistique » (la langue des affaires et de l'argent) pour servir les apparences de la modernisation consumériste, et un enseignement public qui souffre de précarité et de marginalisation.
2. Le choc de l'identité et de la langue (la pluralité en crisis) : L'incapacité à formuler un « système commun » se manifeste dans un blocage linguistique historique.
En effet, alors que les textes constitutionnels consacrent le pluralisme linguistique et culturel à l'instar des identités amazighe et arabe , la réalité éducative vit une confusion chronique entre les langes d'enseignement (le français dans les filières scientifiques et techniques) et les langues identitaires, ce qui consacre une fracture axiologique et cognitive qui approfondit la crise de l'intégration sociale.
Vers l'horizon de l'après-transition et le renouveau du contrat social
En définitive, ce diagnostic sociologique du Maroc contemporain révèle que l'impasse actuelle n'est pas une simple panne de croissance, mais le produit de ce blocage structurel profond incarné par l'institution scolaire.
Ce que l'on qualifie indéfiniment de « transition » s'est mué en un mode de gouvernance permanent, où l'élite fluide tire sa force de l'ambiguïté et du maintien du statu quo.
En oscillant entre une authenticité instrumentalisée et une modernité purement consumériste, le corps social s'est fragmenté, trouvant son paroxysme dans ce système éducatif à deux vitesses qui reproduit les inégalités au lieu de libérer les potentiels.
Pour dépasser cet accouchement douloureux et ouvrir enfin l'horizon de l'après-transition, le Maroc ne peut plus faire l'économie d'une rupture épistémologique et politique.
Cet horizon futur repose dès lors sur trois piliers fondamentaux :
• L'édification d'un espace axiologique commun : Il s'agit de passer d'une mosaïque ethnique simplement juxtaposée (et parfois conflictuelle) à une citoyenneté plurielle et inclusive.
Cela exige de traduire la diversité constitutionnelle (amazighe, arabe, hassanie...) en mécanismes institutionnels et éducatifs concrets, libérés de toute centralisation hégémonique.
• La réhabilitation du mérite et de la responsabilité : L'effondrement de la « modernité de façade » impose de rompre définitivement avec l'économie de rente, le clientélisme et la sélectivité juridique.
La transition démocratique réelle ne se mesurera pas au nombre d'infrastructures construites, mais à l'effectivité de l'État de droit et à la corrélation stricte entre l'exercice de la responsabilité et la reddition des comptes (accountability).
• La reconstruction de la conscience collective : Face à l'industrie de la futilité et à l'abêtissement médiatique dénoncé par Mohamed Guessous, l'urgence est à la réappropriation du débat public par la pensée critique.
Relever ce défi implique de redonner à l'école publique sa fonction première d'ascenseur social et de laboratoire de la pensée, plutôt que d'en faire un outil d'aliénation ou d'exclusion.
Le Maroc de demain se joue donc dans sa capacité à briser ce miroir déformant.
Ce n'est qu'en acceptant sa complexité intrinsèque — celle-là même théorisé par Paul Pascon et Abdelkébir Khatibi — que la société marocaine pourra transformer sa fluidité subie en une dynamique de projet, et sa mosaïque brisée en une force collective souveraine.
BERLIN, Aicha Moufid - octobre 2026.
Ce que l'on qualifie indéfiniment de « transition » s'est mué en un mode de gouvernance permanent, où l'élite fluide tire sa force de l'ambiguïté et du maintien du statu quo.
En oscillant entre une authenticité instrumentalisée et une modernité purement consumériste, le corps social s'est fragmenté, trouvant son paroxysme dans ce système éducatif à deux vitesses qui reproduit les inégalités au lieu de libérer les potentiels.
Pour dépasser cet accouchement douloureux et ouvrir enfin l'horizon de l'après-transition, le Maroc ne peut plus faire l'économie d'une rupture épistémologique et politique.
Cet horizon futur repose dès lors sur trois piliers fondamentaux :
• L'édification d'un espace axiologique commun : Il s'agit de passer d'une mosaïque ethnique simplement juxtaposée (et parfois conflictuelle) à une citoyenneté plurielle et inclusive.
Cela exige de traduire la diversité constitutionnelle (amazighe, arabe, hassanie...) en mécanismes institutionnels et éducatifs concrets, libérés de toute centralisation hégémonique.
• La réhabilitation du mérite et de la responsabilité : L'effondrement de la « modernité de façade » impose de rompre définitivement avec l'économie de rente, le clientélisme et la sélectivité juridique.
La transition démocratique réelle ne se mesurera pas au nombre d'infrastructures construites, mais à l'effectivité de l'État de droit et à la corrélation stricte entre l'exercice de la responsabilité et la reddition des comptes (accountability).
• La reconstruction de la conscience collective : Face à l'industrie de la futilité et à l'abêtissement médiatique dénoncé par Mohamed Guessous, l'urgence est à la réappropriation du débat public par la pensée critique.
Relever ce défi implique de redonner à l'école publique sa fonction première d'ascenseur social et de laboratoire de la pensée, plutôt que d'en faire un outil d'aliénation ou d'exclusion.
Le Maroc de demain se joue donc dans sa capacité à briser ce miroir déformant.
Ce n'est qu'en acceptant sa complexité intrinsèque — celle-là même théorisé par Paul Pascon et Abdelkébir Khatibi — que la société marocaine pourra transformer sa fluidité subie en une dynamique de projet, et sa mosaïque brisée en une force collective souveraine.
BERLIN, Aicha Moufid - octobre 2026.












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