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Législatives 2026 : le temps des idées, pas du tapage




Le calendrier est désormais posé: les élections législatives marocaines sont prévues le mercredi 23 septembre 2026.

À six mois de l’échéance, le pays entre doucement dans une zone de pré-campagne où tout commence à se jouer: le ton, les thèmes, les visages, mais surtout la crédibilité. Car avant même l’ouverture officielle de la bataille électorale, une vérité s’impose déjà: le vrai débat ne portera pas seulement sur qui gagnera, mais sur la qualité de ce que la politique marocaine aura à proposer au pays.

Le risque, comme souvent, est connu d’avance. À mesure que l’échéance approche, la tentation monte de remplacer les arguments par le bruit, les projets par les slogans, et la confrontation des visions par l’agressivité verbale. Or une démocratie ne grandit pas quand ses responsables parlent plus fort; elle grandit quand ils parlent plus juste. Un débat électoral digne de ce nom ne devrait pas être un concours d’indignation, encore moins une foire aux invectives. Il devrait être un moment de clarification collective: où va le Maroc, avec quels moyens, à quel rythme, et au bénéfice de qui?

Le contexte actuel montre d’ailleurs que les tensions existent déjà sur la méthode autant que sur le fond. Si la date du scrutin semble faire consensus, la mécanique électorale continue, elle, à alimenter les crispations entre majorité et opposition. Plusieurs débats portent sur les décrets d’application, sur l’architecture du jeu électoral et, plus récemment, sur la procédure de dépôt électronique des candidatures, perçue par certains comme une avancée de modernisation et par d’autres comme une source possible de difficultés techniques ou organisationnelles. Cela veut dire une chose simple: le débat de 2026 ne sera pas seulement politique, il sera aussi institutionnel.

Mais au fond, l’essentiel est ailleurs. Le citoyen marocain, lui, n’attend pas un duel de susceptibilités partisanes. Il attend des réponses. Réponses sur le coût de la vie, sur l’emploi, sur l’école, sur la santé, sur l’eau, sur la dignité territoriale, sur la capacité de l’État et des élus à réduire enfin l’écart entre le Maroc des grandes annonces et le Maroc du quotidien.

Si les débats des prochaines législatives se limitent à la dénonciation mutuelle, ils produiront davantage de fatigue civique que de mobilisation démocratique. Et cette fatigue est un danger silencieux: elle nourrit l’abstention, le détachement et l’idée que tout se vaut, donc que rien ne vaut vraiment la peine d’être défendu.

C’est aussi pour cela que la question du renouvellement des profils devient centrale. Le débat public fait déjà remonter une attente forte autour de candidats plus jeunes, plus compétents et plus intègres. Des initiatives de préparation à la candidature émergent, tandis que plusieurs formations cherchent à attirer des profils de moins de 35 ans ou à s’ouvrir à des listes indépendantes portées par des jeunes. Ce mouvement est intéressant, mais il ne suffira pas à lui seul. La jeunesse n’est pas un programme. Le renouvellement générationnel n’a de valeur que s’il s’accompagne d’un renouvellement des pratiques, du langage et du rapport à la responsabilité publique.

Derrière les discours de modernisation, une autre réalité commence à apparaître: plusieurs partis sont déjà au travail sur leurs offres politiques. L'AEI du parti de l'Istiqlal, par exemple (L’Alliance des Économistes Istiqlaliens organise, samedi 4 avril 2026 à partir de 16h, à l’Université Euromed de Fès, la 2e conférence des rencontres thématiques régionales 2026. Cette étape s’inscrit dans le cadre du thème général « Renforcer la confiance et préserver la dignité ; plan d’action 2026-2035 »), a engagé des concertations sectorielles pour nourrir son programme électoral. D’autres formations avancent leurs mémorandums, leurs repositionnements, leurs alliances ou leurs tentatives de reconquête. Cela confirme que la campagne ne se jouera pas uniquement sur les estrades, mais aussi dans la capacité à construire une offre lisible, techniquement sérieuse et politiquement cohérente.

La vraie question, dès lors, est presque morale:

Les partis voudront-ils convaincre ou simplement occuper l’espace?
Voudront-ils élever le débat ou exciter les foules?


Crier et insulter en politique peut donner une impression fugace de puissance; en réalité, cela signale souvent une faiblesse de fond. Quand l’argument manque, le ton monte. Quand la vision se brouille, l’attaque personnelle devient un refuge. Or le Maroc de 2026 mérite mieux qu’une politique de décibels.

À l’approche de septembre, il faudra donc juger les candidats et les partis sur une règle simple: non pas sur leur capacité à humilier l’adversaire, mais sur leur capacité à expliquer le pays. Non pas sur leur talent à scandaliser, mais sur leur aptitude à proposer. Dans une période où les procédures électorales évoluent, où la moralisation de la vie publique revient au centre des attentes et où la société demande des résultats tangibles, la campagne qui vient sera un test de maturité démocratique.

En septembre 2026, les Marocains n’auront pas seulement à choisir des députés. Ils auront à départager deux styles politiques: celui du vacarme, et celui de la responsabilité. Le premier fait du bruit. Le second fait de l’histoire.



Vendredi 27 Mars 2026

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