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​Nizar Baraka sur 2M : quand la franchise politique redevient utile


Dans un climat politique souvent saturé de slogans, d’attaques rapides et de réponses trop calibrées, l’émission politique consacrée à Nizar Baraka a eu au moins un mérite : remettre au centre une forme de franchise politique devenue rare. Non pas une franchise spectaculaire, faite pour créer le buzz, mais une parole qui accepte d’entrer dans les sujets difficiles : pouvoir d’achat, prix de la viande, spéculation, subventions, santé, eau, PME, femmes, ruralité et responsabilité gouvernementale.



Le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal n’a pas évolué dans un terrain confortable. L’émission l’a placé face à des questions sensibles, notamment celles liées à la hausse du coût de la vie et à l’approche de l’Aïd al-Adha. Sur ce terrain, la réponse politique ne peut plus se contenter de dire que les choses s’améliorent. Les citoyens jugent dans le marché, dans le panier, dans le prix du mouton, dans la facture du transport et dans le quotidien familial. Le fait de reconnaître la pression ressentie par les ménages est déjà, en soi, un geste politique nécessaire.

L’un des moments les plus significatifs concerne la question des intermédiaires, de la spéculation et de ce que le débat public appelle désormais la “faraqshiya”. Le terme est dur, mais il parle aux Marocains. Il renvoie à ces comportements opportunistes qui prospèrent dans les périodes de crise, lorsque certains cherchent moins à produire de la valeur qu’à capter la détresse du marché. En abordant ce sujet, l’émission a ouvert un angle essentiel : la moralisation de l’économie n’est pas un luxe idéologique, mais une condition de confiance entre l’État, le marché et le citoyen.

La franchise politique, ici, consiste à dire deux vérités en même temps. Oui, le Maroc a besoin d’entrepreneurs, d’importateurs, de commerçants, de PME et d’investisseurs. Mais non, la liberté économique ne peut pas devenir une couverture pour les abus, les marges opaques ou les comportements de rente. C’est précisément dans cette nuance que le discours peut gagner en crédibilité : défendre l’économie productive sans protéger l’économie prédatrice.

L’autre point fort de l’émission est d’avoir relié la crise des prix à un enjeu plus large : la souveraineté alimentaire. La question du bétail, des importations, des subventions et de la reconstitution du cheptel national ne se limite pas à une conjoncture liée à l’Aïd. Elle révèle une fragilité structurelle. Un pays ne peut pas traiter durablement les tensions alimentaires uniquement par des réponses d’urgence. Il doit produire davantage, mieux organiser ses filières, sécuriser l’eau, protéger les producteurs sérieux et garantir au consommateur un prix juste.

Sur les PME, le discours a également trouvé une tonalité utile. Les petites et moyennes entreprises ne sont pas une catégorie administrative parmi d’autres. Elles sont le tissu vivant de l’économie nationale. Elles emploient, forment, irriguent les territoires et donnent corps à la promesse d’une croissance plus inclusive. L’évocation du quota de 30 % dans les marchés publics en faveur des PME rappelle que la commande publique peut devenir un levier de justice économique, à condition d’être réellement accessible, transparente et régionalement équilibrée.

La même logique vaut pour les femmes. Parler d’autonomisation économique ne suffit plus. Il faut poser les vraies questions : formation, accès au financement, reconnaissance du travail invisible, accompagnement des coopératives, accès aux marchés et protection sociale. La politique devient crédible lorsqu’elle cesse de célébrer les femmes dans les discours tout en les laissant seules face aux contraintes économiques du quotidien.

L’émission a aussi mis en lumière les grands dossiers territoriaux : santé, eau, zones rurales et montagneuses. Là encore, la franchise est bienvenue. Un hôpital ne vaut pas seulement par ses murs, mais par ses médecins, ses infirmiers, ses équipements, ses délais de rendez-vous et la dignité de l’accueil. Une politique de l’eau ne vaut pas seulement par ses grands barrages, mais par sa capacité à garantir l’eau potable, à protéger l’agriculture, à réduire le gaspillage et à préparer le pays au choc climatique.

Reste la question politique de fond : comment un parti de majorité peut-il parler aux citoyens sans apparaître comme juge et partie ? C’est là que la franchise devient décisive. L’Istiqlal ne peut pas uniquement revendiquer les acquis ni se réfugier derrière les contraintes. Il doit assumer sa part de responsabilité, expliquer ce qui a été fait, reconnaître ce qui n’a pas abouti, et dire ce qu’il veut corriger. C’est cette parole adulte que les électeurs attendent probablement le plus à l’approche de 2026.

Dans une période où la défiance envers les partis est forte, la communication politique ne peut plus fonctionner comme une simple machine à convaincre. Elle doit accepter le contradictoire. Elle doit répondre aux colères sans les mépriser. Elle doit nommer les abus sans tomber dans le populisme. Elle doit défendre le bilan sans maquiller les insuffisances. Elle doit parler aux jeunes non comme à une réserve électorale, mais comme à une génération exigeante qui veut participer, contester et décider.

Cette émission n’a pas tout réglé. Elle n’a pas effacé les tensions sociales, ni les critiques adressées au gouvernement, ni les interrogations sur les promesses électorales passées. Mais elle a montré qu’un débat politique peut encore être utile lorsqu’il accepte de sortir des formules creuses. La franchise politique n’est pas une faiblesse. Elle peut devenir une force, à condition qu’elle soit suivie d’actes, de transparence et de résultats.

Pour le Parti de l’Istiqlal, l’enjeu de septembre 2026 est là : transformer cette parole de responsabilité en contrat politique clair. Un contrat autour du pouvoir d’achat, de la dignité sociale, de la moralisation des marchés, de la souveraineté alimentaire, de l’eau, des territoires et de la jeunesse. Car les Marocains ne demandent pas une politique parfaite. Ils demandent une politique qui leur parle vrai, qui les respecte et qui assume enfin que gouverner, c’est aussi savoir reconnaître les difficultés avant de prétendre les résoudre.



Vendredi 8 Mai 2026

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