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Les champignons du Maroc n’ont pas encore livré tous leurs secrets »

3 questions au Pr Mohamed Haimed, mycologue par


Biologiste spécialisé en mycologie, le Pr Mohamed Haimed a répondu aux questions de notre confrère lopinion.ma sur la biodiversité fongique du Royaume et sur la place des champignons dans la culture marocaine.



Rédigé par Oussama ABAOUSS le Dimanche 14 Mars 2021 sur lopinion.ma

- La biodiversité fongique du Maroc est-elle bien connue et suffisamment étudiée ?

- Le Maroc est connu depuis longtemps par sa biodiversité fongique. Parmi les références à l’échelle internationale, deux ouvrages incontournables ont été préparés par les chercheurs Malençon et Bertault, grâce à un travail réalisé entre 1930 et 1955. Depuis, il y a eu des études marocaines menées notamment par les laboratoires affiliés aux Facultés des sciences de l’Université Ibn Tofail de Kénitra et de l’Université Mohammed V de Rabat. Cela dit, il reste beaucoup à découvrir dans ce domaine. Les champignons du Maroc n’ont pas encore livré tous leurs secrets.

- Quelle place occupent les champignons dans la culture marocaine ?

- Les champignons avaient dans le passé une perception plutôt négative. Ces espèces étaient plus associées à la pourriture et à la toxicité. Même dans notre culture culinaire, les champignons étaient quasiment absents, sauf pour les familles juives qui consommaient régulièrement le Terfes par exemple. Nous n’avions pas la culture et le savoir-faire de cueillette qu’on peut par exemple trouver dans les pays européens. Cette tendance a cependant changé ces dernières décennies, car la cuisine marocaine a commencé à adopter les champignons qui ont d’ailleurs largement fait leur apparition dans les grandes surfaces.

- Outre leurs vertus alimentaires et médicinales, quelle est la valeur écologique des champignons ?

- Les champignons constituent le premier maillon des cycles écologiques des écosystèmes naturels. C’est grâce à eux que la matière organique est décomposée, fournissant ainsi aux sols les minéraux essentiels à la photosynthèse des plantes. Il existe néanmoins des menaces qui pèsent sur certaines espèces fongiques : le surpâturage, l’urbanisation, la pollution ou encore le réchauffement climatique.

Champignons néfastes : L’Université de Kénitra cède le brevet d’un fongicide à une société privée​

Si certains champignons sont toxiques pour la consommation humaine, d’autres peuvent s’avérer nocifs pour l’agriculture. Pour lutter contre ce fléau, les chercheurs développent des fongicides adaptés qui permettent de limiter ou de prévenir les dégâts agricoles potentiels. La dernière trouvaille dans ce domaine a pris la forme d’un produit biofongicide et biostimulant développé par une équipe de chercheurs de la Faculté des sciences de Kénitra.

« Ce produit à base de Trichodermaasperellum (une espèce de champignon, ndlr) est susceptible d’application industrielle et présente une utilité déterminée, probante et crédible », souligne un communiqué datant du 18 janvier 2021 et diffusé en marge de la cérémonie de signature du contrat de cession à la société privée Agricultural And Trading Company (ATRACO SARL) du brevet d’invention de l’Université Ibn Tofail de Kénitra. Présidée par le ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saaïd Amzazi, et du ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Driss Ouaouicha, « cette première cérémonie du genre au niveau national s’inscrit dans le cadre de la stratégie mise en œuvre par l’université pour la commercialisation de la propriété intellectuelle avec comme objectif la valorisation et le transfert des résultats de la recherche académique au monde socio-économique sous forme de produits et services, ainsi que la promotion du partenariat public-privé », précise la même source.

Repères : Ces champignons qui sauvent le monde

 
Plusieurs espèces de champignons ont démontré des qualités médicinales et thérapeutiques qui sont devenues incontournables dans la médecine moderne. C’est le cas, par exemple, de la pénicilline découverte par Dr Alexander Fleming à partir d’un champignon (Penicillium). La gamme des composés actifs sur le plan médical qui ont été identifiés à partir de champignons comprend des antibiotiques, des médicaments anti-cancer, des inhibiteurs du cholestérol, des substances psychotropes, des médicaments immunosuppresseurs et même des antifongiques.
L’intérêt socio-économique des champignons
Le marché dédié aux champignons prend de plus en plus d’ampleur au Maroc, confirmant l’intérêt socio-économique important de ce secteur. En plus du Terfes, le Royaume héberge actuellement plusieurs projets de culture de champignons et notamment celui de la truffe noire. « La culture ou cueillette des champignons est un secteur très prometteur qui peut créer de l’emploi et de la valeur à partir d’investissements qui ne sont pas lourds. À cet effet, il faut que des formations adaptées voient le jour », souligne le Pr Mohamed Haimed.





Rédigé par La rédaction le Samedi 17 Avril 2021


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