Le Maroc a beaucoup investi dans l’éducation. Les familles aussi. Pendant des années, le message était clair : étudier, obtenir un diplôme, patienter, puis accéder à une vie meilleure. Mais pour une partie croissante des jeunes Marocains, cette promesse s’est fissurée. Le diplôme ne garantit plus l’emploi. Et quand l’emploi existe, il ne correspond pas toujours au niveau de formation obtenu.
C’est le grand déclassement silencieux.
Selon le rapport de la Banque mondiale, environ 43 % des diplômés du supérieur occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés. Autrement dit, le pays forme davantage de jeunes, mais son économie ne crée pas assez d’emplois capables d’absorber leurs compétences. Le problème n’est donc pas seulement éducatif. Il est productif.
On a souvent accusé l’université de produire des profils mal adaptés. Il y a une part de vérité : orientation faible, filières saturées, liens insuffisants avec les entreprises, formation pratique limitée. Mais cette explication ne suffit pas. Même avec de meilleurs cursus, encore faut-il que l’économie offre des postes qualifiés en nombre suffisant.
Or le tissu économique marocain reste largement dominé par des activités à faible valeur ajoutée. Beaucoup d’entreprises sont petites, peu structurées, peu innovantes. Elles n’ont pas toujours besoin d’ingénieurs, d’analystes, de cadres intermédiaires ou de profils spécialisés. Résultat : les jeunes diplômés acceptent des emplois en dessous de leur qualification, restent au chômage, préparent des concours publics ou envisagent l’étranger.
Ce déclassement a un coût lourd. D’abord pour les individus : frustration, perte de confiance, retard d’autonomie, dépendance familiale prolongée. Ensuite pour les familles : années de dépenses éducatives sans retour clair. Enfin pour l’État : chaque diplômé mal utilisé représente un investissement public sous-exploité.
Il y a aussi un risque politique. Une jeunesse formée mais bloquée devient plus exigeante, plus critique, parfois plus désabusée. Elle ne réclame pas seulement un revenu. Elle réclame une reconnaissance. Elle veut que l’effort scolaire ait un sens.
La réponse ne peut pas se limiter à dire aux jeunes de “s’adapter”. Il faut évidemment mieux orienter, renforcer la formation professionnelle, développer l’alternance, rapprocher universités et entreprises. Mais il faut surtout transformer la demande de travail. Cela signifie faire émerger des secteurs plus productifs, des PME en croissance, des industries de services modernes, des métiers numériques, des emplois verts, des fonctions d’encadrement dans les territoires.
Le Maroc ne manque pas seulement de compétences. Il manque d’emplois à la hauteur de ses compétences.
La bataille de l’emploi des diplômés sera donc gagnée lorsque l’économie cessera de traiter le diplôme comme un problème à corriger, et commencera à le considérer comme une ressource à valoriser. Car une jeunesse formée qui ne trouve pas sa place n’est pas un détail statistique. C’est une promesse nationale laissée en suspens.
C’est le grand déclassement silencieux.
Selon le rapport de la Banque mondiale, environ 43 % des diplômés du supérieur occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés. Autrement dit, le pays forme davantage de jeunes, mais son économie ne crée pas assez d’emplois capables d’absorber leurs compétences. Le problème n’est donc pas seulement éducatif. Il est productif.
On a souvent accusé l’université de produire des profils mal adaptés. Il y a une part de vérité : orientation faible, filières saturées, liens insuffisants avec les entreprises, formation pratique limitée. Mais cette explication ne suffit pas. Même avec de meilleurs cursus, encore faut-il que l’économie offre des postes qualifiés en nombre suffisant.
Or le tissu économique marocain reste largement dominé par des activités à faible valeur ajoutée. Beaucoup d’entreprises sont petites, peu structurées, peu innovantes. Elles n’ont pas toujours besoin d’ingénieurs, d’analystes, de cadres intermédiaires ou de profils spécialisés. Résultat : les jeunes diplômés acceptent des emplois en dessous de leur qualification, restent au chômage, préparent des concours publics ou envisagent l’étranger.
Ce déclassement a un coût lourd. D’abord pour les individus : frustration, perte de confiance, retard d’autonomie, dépendance familiale prolongée. Ensuite pour les familles : années de dépenses éducatives sans retour clair. Enfin pour l’État : chaque diplômé mal utilisé représente un investissement public sous-exploité.
Il y a aussi un risque politique. Une jeunesse formée mais bloquée devient plus exigeante, plus critique, parfois plus désabusée. Elle ne réclame pas seulement un revenu. Elle réclame une reconnaissance. Elle veut que l’effort scolaire ait un sens.
La réponse ne peut pas se limiter à dire aux jeunes de “s’adapter”. Il faut évidemment mieux orienter, renforcer la formation professionnelle, développer l’alternance, rapprocher universités et entreprises. Mais il faut surtout transformer la demande de travail. Cela signifie faire émerger des secteurs plus productifs, des PME en croissance, des industries de services modernes, des métiers numériques, des emplois verts, des fonctions d’encadrement dans les territoires.
Le Maroc ne manque pas seulement de compétences. Il manque d’emplois à la hauteur de ses compétences.
La bataille de l’emploi des diplômés sera donc gagnée lorsque l’économie cessera de traiter le diplôme comme un problème à corriger, et commencera à le considérer comme une ressource à valoriser. Car une jeunesse formée qui ne trouve pas sa place n’est pas un détail statistique. C’est une promesse nationale laissée en suspens.












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