Ligue arabe : retour vers le futur


Les pays arabes, divisés sur maint sujets, parviennent, cependant, à se mettre d’accord sur des points essentiels, explicités dans la « Déclaration d’Alger ». L’espoir de se présenter sur la scène internationale en rangs unifiés n’est, donc, pas perdu.



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Le 31ème sommet de la Ligue arabe, tenu à Alger les 1er et 2 novembre, aura été celui de toutes les contradictions. La querelle entre Rabat et Alger y a été étalée au grand jour.

La délégation marocaine a été mal accueillie en Algérie, en rupture avec les normes protocolaires, et les médias marocains ont été interdits de couvrir l’évènement.

Il a même fallu l’intervention du chef de la diplomatie marocaine pour qu’un média algérien retire une carte tronquée des pays de la Ligne arabe et s’en excuse.

L’absence des rois du Maroc, de Jordanie et du Bahreïn, de l’émir du Koweït, du Sultan d’Oman, du président des Emirats arabes unies et du prince héritier d’Arabie saoudite, aux travaux dudit sommet a, par ailleurs, mis en évidence la ligne de fracture qui sépare deux visions différentes de la destinée du monde arabe.

Solutions arabes aux problèmes arabes

Inversement, la « Déclaration d’Alger », adoptée à l’unanimité, traduit une volonté des pays arabes de se positionner, en bloc soudé, dans le non-alignement et dénonce les ingérences extérieures dans leurs démêlées internes.

« Trouver des solutions arabes aux problèmes arabes » est un slogan suffisamment mobilisateur pour faire face, ensemble, aux profonds bouleversements géopolitiques en cours dans le monde.

La prise de conscience d’un destin partagé, malgré les moult différences de points de vue, donne consistance à l’espoir d’une démarche commune.

Ingérences étrangères

En appelant à faire du Moyen Orient une zone dénucléarisée, les pays arabes désignent ainsi clairement autant l’Iran qu’Israël comme étant des menaces pour la paix dans la région.

Téhéran et Tel-Aviv seront sûrement vexés d’être comparés l’une à l’autre et mises sur un même pied d’égalité. Mais une telle approche a l’avantage de rapprocher les positions différenciées des pays arabes.

Ces derniers soutiennent ensemble, et sans équivoque, le droit du peuple palestinien à un Etat indépendant et souverain, avec Al Qods pour capitale.

L’accusation portée contre les pays signataires des accords dits d’Abraham se révèle, de la sorte, dénuée de toute pertinence.

Réels défis

Bien que ne partageant pas la même approche envers les conflits en Syrie, en Libye et au Yémen, les pays arabes conviennent, néanmoins, qu’il s’agit de trouver des solutions politiques à ces luttes fratricides de manière à garantir leur unité et leur souveraineté.

Sans désigner nommément l’Iran dans la « Déclaration d’Alger », son rôle trouble dans le monde arabe est formellement dénoncé.

La « Déclaration d’Alger » a également mis l’accent sur le renforcement des « sécurités alimentaire, hydrique, sanitaire et énergétique », amenant automatiquement les pays arabes à adopter une attitude prudente et mesurée envers la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Non-alignement

Les pays d’Afrique du Nord, en effet, dépendent énormément, pour leurs approvisionnements en céréales et engrais, de ces deux pays en conflit. Il s’agit, alors, de ne froisser aucun des deux belligérants.

De même que le soutien affiché aux pays arabes producteurs de pétrole et membres de l’Opep+ est là pour rappeler aux Etats-Unis que le monde arabe n’a aucune raison de se sentir concerné par la lutte d’influence que les pays occidentaux mènent contre la Russie et la Chine.

L’essentiel et l’incongru

Le problème du partage des eaux du Nil, à propos duquel l’Egypte et le Soudan, en désaccord avec l’Ethiopie depuis la construction du méga-barrage de la Renaissance, sur l’un des affluents du fleuve, requièrent l’appui de leurs frères arabes, est autrement plus stratégique pour le camp arabe.

Une évidence qu’Alger, étrangement rangée du côté d’Addis-Abeba, devra bien finir par admettre. Bien que sa plus grande déception et sa pire frustration sont d’avoir échoué à infiltrer son pantin polisarien parmi les participants au sommet arabe.

Vaille que vaille, les pays arabes, opposés sur de nombreux sujets, parviennent à maintenir la barque de leur ligue à flot, permettant de garder vivace l’ambition des peuples d’une unité toujours escompté dans un proche futur, mais qui tarde à se conjuguer au présent.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 3 Novembre 2022

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