Un instrument industriel avant d’être écologique
Le MACF vise à aligner le coût du carbone des produits importés sur celui supporté par les producteurs européens soumis au marché du carbone. « Ce n’est pas une simple taxe verte, mais un outil de protection industrielle », insiste Abdelghani Youmni. L’Union européenne, confrontée à la désindustrialisation, à des déficits commerciaux récurrents et à une croissance atone inférieure à 1 % ces dernières années cherche à sécuriser ses filières stratégiques.
Les secteurs ciblés sont clairement identifiés : acier, aluminium, électricité, hydrogène et fertilisants, soit les activités les plus intensives en émissions de CO₂. L’objectif est double : limiter les fuites de carbone et protéger des industries européennes sous pression face à la concurrence internationale, notamment asiatique et américaine.
Un impact direct limité, mais un signal stratégique fort
Pour le Maroc, la structure de ses exportations amortit le choc. Les flux vers l’Europe sont dominés par l’agriculture, l’agroalimentaire, les produits miniers et des biens industriels intégrés à des chaînes de valeur euro-méditerranéennes, notamment dans l’automobile et l’aéronautique. Les fertilisants et certains dérivés des phosphates constituent le principal segment exposé au MACF.
Sur ce point, l’anticipation joue en faveur du Royaume. L’OCP, acteur central de la filière phosphatière, a engagé depuis plusieurs années une réduction progressive de l’intensité carbone de ses procédés, en cohérence avec la stratégie nationale de transition énergétique. Cette trajectoire limite l’impact financier du MACF et préserve la compétitivité à court et moyen termes.
Proximité géographique et énergie verte : des atouts différenciants
Au-delà des chiffres, la géographie économique compte. La proximité du Maroc avec l’Europe réduit les coûts logistiques et l’empreinte carbone du transport, un critère désormais intégré dans les arbitrages industriels européens. À cela s’ajoute la montée en puissance des énergies renouvelables dans l’industrie marocaine, qui améliore le bilan carbone des exportations.
Cette combinaison ouvre des perspectives concrètes : coentreprises industrielles, relocalisations partielles, plateformes de production décarbonée aux portes de l’Union. Dans un contexte où plus de 60 % des exportations marocaines sont destinées à l’Europe, la stabilisation des volumes, plutôt qu’une croissance rapide, apparaît comme le scénario le plus réaliste à l’horizon 2035.
Automobile et agriculture : vigilance sectorielle
Certaines filières restent sensibles. L’accord de libre-échange UE–Mercosur, par exemple, est perçu comme défavorable au Maroc. L’intégration éventuelle de produits agricoles dans le périmètre du MACF pourrait, selon Abdelghani Youmni, rééquilibrer partiellement la concurrence. Dans l’automobile, la transition vers l’électrique impose des investissements massifs dans les infrastructures industrielles, la formation et la R&D. Robotique, numérique et mathématiques appliquées deviennent des priorités stratégiques.
Loin d’être une menace immédiate, le MACF agit comme un révélateur. Il teste la capacité du Maroc à accélérer une transformation déjà engagée : décarboner, monter en gamme et consolider sa place dans les chaînes de valeur euro-méditerranéennes et africaines. Dans ce nouvel ordre commercial, l’adaptation n’est plus une option, mais une condition de compétitivité durable.












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