Pour un pays comme le Maroc, cette question revêt une importance particulière.
Dans la culture marocaine, la figure du Maâlam occupe une place centrale. Le Maâlam n’est pas simplement un artisan.
Il est le maître du geste, le gardien d’un savoir-faire et celui qui transmet son art de génération en génération.
Il incarne une intelligence fondée sur l’expérience, la patience, l’observation et la transmission.
À l’heure où l’intelligence artificielle s’impose comme l’une des technologies structurantes du XXIᵉ siècle, cette figure du Maâlam peut nous aider à penser autrement la relation entre tradition et modernité.
C’est dans cet esprit que j’ai proposé, dans plusieurs de mes écrits et interventions, la notion de Wald Maâlam, littéralement « le fils du Maâlam ». Wald Maâlam symbolise une génération qui hérite d’un savoir ancestral tout en entrant dans l’univers du numérique et de l’intelligence artificielle.
Cette idée raconte en réalité une transition :
Elle rappelle que la modernité ne doit pas nécessairement rompre avec les traditions. Elle peut au contraire s’appuyer sur elles pour inventer de nouvelles formes d’innovation.
Dans un monde où la technologie tend parfois à uniformiser les cultures, il devient essentiel de défendre une approche de l’intelligence artificielle qui respecte et valorise les identités culturelles.
Le Maroc peut jouer un rôle original dans ce débat.
Notre pays possède une tradition artisanale riche, une diversité linguistique et culturelle remarquable et une jeunesse de plus en plus engagée dans les métiers du numérique.
Ces atouts peuvent constituer les bases d’une réflexion originale sur l’intelligence artificielle, une réflexion qui relie technologie, culture et souveraineté numérique.
C’est dans cette perspective que je souhaite lancer aujourd’hui un appel clair :
Il pourrait rassembler chercheurs, ingénieurs, artisans, artistes, étudiants et entrepreneurs afin d’explorer les différentes manières dont l’IA peut contribuer à préserver, documenter et valoriser les patrimoines culturels.
L’objectif n’est pas d’opposer l’artisan et l’ingénieur, ni la tradition et la technologie. Au contraire, il s’agit de favoriser le dialogue entre ces univers afin d’imaginer des formes d’innovation respectueuses de notre identité culturelle.
L’Observatoire Wald Maâlam de l’IA pourrait également contribuer à sensibiliser les jeunes générations aux enjeux de l’évolution numérique tout en les reconnectant avec les savoir-faire qui font la richesse de notre patrimoine.
L’enjeu est clair : faire en sorte que l’IA ne soit pas seulement importée ou consommée, mais qu’elle soit également pensée, appropriée et développée à partir de nos réalités culturelles.
L’avenir numérique du Maroc ne doit pas se construire en opposition avec notre héritage.
Il peut au contraire s’inspirer de la sagesse et de la créativité des Maâlams qui, depuis des siècles, ont su faire évoluer leurs métiers tout en préservant l’essence de leur savoir-faire.
À toutes celles et tous ceux qui se sentent attachés à la culture et à l’artisanat marocains, à toutes celles et ceux qui croient qu’il est possible de concilier tradition et innovation, je lance cet appel :
Car au fond, l’intelligence artificielle n’est pas seulement une évolution technologique. Elle est aussi une invitation à repenser notre rapport au savoir, à la création et à la transmission.
Et peut-être que l’une des plus belles réponses à cette évolution consiste précisément à faire dialoguer l’héritage des Maâlams avec l’intelligence artificielle. Car dans le Maroc d’aujourd’hui et de demain, nous sommes tous appelés à devenir des Wald Maâlam.
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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