L'ODJ Média

lodj





Maroc : à compter de juin 2026, la TVA numérique s’impose aux géants du Web


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 20 Janvier 2026

À partir de juin 2026, les grandes plateformes internationales de services numériques seront soumises à la TVA sur les prestations consommées au Maroc. Actée par un décret publié au Bulletin officiel, cette réforme fiscale vise à rétablir l’équité entre acteurs locaux et étrangers, à renforcer les recettes publiques et à mieux encadrer une économie numérique en pleine expansion, tout en posant d’importants défis techniques et opérationnels.



Ce changement s’inscrit dans un mouvement de modernisation du système fiscal marocain, longtemps décrit comme trop lent à s’adapter aux réalités du digital globalisé. La publication du décret d’application n° 2.25.862 au Bulletin officiel en décembre 2025 fixe le calendrier : six mois à compter de sa publication pour que les services comme Netflix, Google, Apple, Amazon ou Spotify se conforment aux nouvelles obligations.
 

L’enjeu est évident : capter une part des revenus générés par le numérique au Maroc, favoriser la justice fiscale et réduire la distorsion entre acteurs locaux et multinationales. Aujourd’hui, une plateforme marocaine qui propose des services en ligne paie déjà 20 % de TVA sur ses ventes. Les acteurs étrangers, eux, en étaient jusqu’ici largement exemptés, créant une inégalité de traitement difficile à justifier économiquement et socialement. 


Une réforme technique, mais stratégique

Sur le papier, l’idée est simple : toute prestation numérique consommée par un utilisateur marocain doit être taxée localement, peu importe où l’entreprise est établie. Dans la pratique, cela implique des défis techniques considérables. Les prestataires étrangers devront s’inscrire sur une plateforme électronique de la Direction générale des impôts (DGI), déclarer leurs opérations et verser trimestriellement la TVA due à la Trésorerie générale du Royaume.
 

L’administration fiscale devra, pour sa part, pouvoir identifier de manière fiable la résidence des consommateurs afin d’éviter toute erreur de territorialité : un abonné à Casablanca n’est pas forcément géolocalisé par son adresse IP, et d’autres indices comme les numéros de téléphone (+212) ou les coordonnées bancaires devront être exploités. Dans cet exercice, la DGI s’inspire des bonnes pratiques internationales, mais le chemin est encore sinueux.
 

Pour les acteurs du B2B (business to business), la question de la TVA est traitée selon un mécanisme d’autoliquidation : c’est l’entreprise marocaine qui déclare et paie la taxe, tandis que pour les clients particuliers, la plateforme étrangère doit appliquer le taux standard de 20 %.


Un enjeu budgétaire et d’équité

Pourquoi ce changement maintenant ? D’abord parce que l’économie numérique pèse de plus en plus lourd dans les habitudes de consommation des Marocains : streaming, jeux en ligne, ventes de logiciels ou services cloud sont devenus des biens de première nécessité pour une partie significative de la population, en particulier les jeunes générations. En exigeant la TVA sur ces services, l’État récupère une ressource qui lui échappait auparavant.
 

Selon des projections estimatives évoquées par plusieurs experts, ce mécanisme pourrait rapporter à l’État entre 500 millions et 1 milliard de dirhams par an un gain non négligeable pour les finances publiques dans un contexte de pression budgétaire accrue. Bien sûr, ces chiffres restent à confirmer par les premières déclarations effectives, mais ils donnent une idée du potentiel fiscal stratégique de cette réforme.
 

D’un point de vue économique, l’application de la TVA numérique remet aussi de l’ordre dans la compétition : les startups et prestataires marocains, souvent taxés dès le premier dirham, retrouveront une scène plus équitable face à des mastodontes étrangers qui jusqu’ici jouissaient d’avantages fiscaux implicites.


Risques et défis à surmonter

Pourtant, tous les feux ne sont pas encore au vert. Un spécialiste fiscal interrogé à Rabat m’a confié qu'« une réforme aussi technique nécessite des outils de contrôle robustes sans quoi certains acteurs pourraient continuer à opérer en marge ». La DGI doit aujourd’hui renforcer ses dispositifs de vérification, prévoir des sanctions adaptées et clarifier les mécanismes de recoupement des données, notamment avec les banques ou les opérateurs télécoms.
 

Le défi principal reste l’application effective : comment faire appliquer la loi à une entreprise qui n’a ni bureau, ni présence physique dans le pays ? Cela suppose des accords de coopération internationale, des échanges d’informations et une vigilance accrue. Mais le Maroc n’est pas seul dans cette bataille : il s’aligne sur une tendance mondiale d’imposition du digital, promue par des organismes comme l’OCDE et l’Union européenne.


Vers une TVA numérique effective et équitable

Alors que l’horloge tourne vers juin 2026, les acteurs nationaux comme les autorités fiscales ont un défi commun : transformer une promesse de justice fiscale en réalité opérationnelle. Pour le consommateur marocain, cela pourrait signifier des modifications de prix pour certains services en ligne, mais aussi une contribution plus visible et plus juste au financement de l’économie. Pour le pays, c’est une étape importante vers une souveraineté économique renforcée dans un monde de plus en plus connecté.
 

À défaut d’être spectaculaire, cette réforme est peut-être l’une des plus substantielles de ces dernières années pour l’économie numérique marocaine : elle souffle le chaud sur la compétitivité locale, et le froid sur les anciennes échappatoires fiscales du digital.
 

À l’heure où les plateformes mondiales redéfinissent nos modes de consommation, le Maroc choisit de faire converger fiscalité et justice économique un pari ambitieux dont la réussite dépendra autant de la précision des textes que de la capacité d’exécution des acteurs publics et privés.






Mardi 20 Janvier 2026

Breaking news | Plume IA | Analyses & Finance & Bourse | Gaming | Communiqué de presse | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport | Auto-moto | Room | L'ODJ Podcasts - 8éme jour | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média | Avatar IA Live


Bannière Réseaux Sociaux



Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html
















Vos contributions
LODJ Vidéo