L’année dernière, nombreux sont ceux parmi nous qui, au cœur des vergers de Meknès ou de Marrakech, ont vu des olives mûrir trop lentement sous un soleil implacable. Ce souvenir illustre à la fois la résilience des agriculteurs marocains et la fragilité d’une filière étroitement liée aux caprices du climat.
Le Maroc pourrait produire 160 000 tonnes d’huile d’olive en 2025-2026, soit une progression estimée à +78 % par rapport aux 90 000 tonnes de la campagne 2024-2025 un redressement spectaculaire après des années de contraction. Cette tendance est confirmée par plusieurs sources spécialisées, même si certaines prévisions de la fédération interprofessionnelle évoquent un chiffre légèrement plus élevé, autour de 200 000 tonnes, si les conditions climatiques restent favorables.
Ce retournement de conjoncture ne doit pas être interprété comme une simple fluctuation mécanique : il est le fruit d’une conjonction rare de pluies mieux réparties et de températures plus clémentes au moment crucial de la floraison. C’est aussi un soulagement pour les consommateurs marocains : après des prix au litre qui avaient parfois frôlé les 100 dirhams en 2024, un accroissement de l’offre pourrait contribuer à freiner cette pression inflationniste.
Pourtant, même ce rebond n’efface pas les blessures de la sécheresse prolongée qui avait rythmé les dernières saisons. Le niveau attendu qu’il soit de 160 000 ou 200 000 tonnes reste en deçà d’années plus abondantes comme 2021-2022, où la production avait déjà dépassé les 190 000 tonnes. De plus, cette reprise spectaculaire se déroule alors que la production d’olives, matière première de l’huile, manque de dynamisme : la récolte d’olives au Maroc stagne autour de 1,9 à 2 millions de tonnes, proche de la moyenne des dernières années mais loin des pics historiques.
Dans l’espace méditerranéen, ce rebond marocain s’inscrit dans un tableau contrasté : là où certains pays comme l’Algérie ou la Jordanie anticipent des reculs de production, le Maroc fait figure d’exception régionale, derrière la Tunisie (prévision d’environ 450 000 tonnes) mais devant plusieurs gros producteurs non européens. Cette dynamique place notre pays en deuxième position parmi les producteurs non européens membres du COI, une preuve de la pertinence de stratégies plus résilientes face au changement climatique.
Ce positionnement n’est pas seulement symbolique : il valorise un rôle structurant, à la fois économique et social. Le secteur oléicole marocain couvre plus de 1,2 million d’hectares, ce qui représente près de 65 % des vergers fruitiers du pays, et génère des millions de journées de travail chaque année, selon des données officielles.
Pourtant, derrière ces chiffres flatteurs, plusieurs nuages persistent :
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La dépendance aux précipitations et aux ressources hydriques reste élevée dans un contexte national de stress hydrique chronique.
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La modernisation des pratiques culturales et la valorisation à l’export exigent des investissements soutenus.
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Enfin, l’arbitrage entre le marché intérieur où l’huile d’olive demeure un aliment de base et les opportunités à l’international requiert une stratégie claire et durable.
Le rebond survenu en 2025-2026, s’il se confirme, offre une fenêtre d’opportunité pour consolider les acquis et renforcer la résilience de la filière. C’est l’occasion pour le Maroc de transformer une saison favorable en une trajectoire durable, porteuse d’emplois, de performance économique et de souveraineté alimentaire. Mais pour dépasser le rôle de simple « pays en rattrapage », il faudra conjuguer innovation, gestion de l’eau et accès aux marchés mondiaux dans une vision partagée entre pouvoirs publics, producteurs et acteurs privés.












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