Les marchés des commodités ne démarrent pas 2026 dans l’euphorie. Ils avancent prudemment, presque à pas comptés, comme s’ils cherchaient leurs marques après une année précédente marquée par de fortes tensions. Le dernier Commodity Weekly de BMCE Capital Global Research (BKGR) décrit un environnement globalement stabilisé, mais loin d’être assaini. Derrière l’apparente accalmie, les fragilités persistent, qu’il s’agisse des céréales, de l’énergie ou des métaux. Une situation qui mérite une lecture attentive du point de vue marocain, tant l’économie nationale reste exposée aux variations des prix internationaux.
Sur les marchés agricoles, la stabilité domine, sans pour autant rassurer pleinement. Le soja évolue proche de l’équilibre, soutenu par des flux d’exportation réguliers mais dépourvu de catalyseur haussier clair à court terme. Le marché semble suspendu à des facteurs exogènes, climatiques ou géopolitiques. Le blé coté au CBOT affiche, en revanche, une progression plus marquée. Cette évolution reflète un redressement du sentiment de marché, mais surtout la persistance de contraintes logistiques sur certains corridors stratégiques, notamment en mer Noire. Pour le Maroc, importateur structurel de blé, cette dynamique rappelle la sensibilité des prix à des facteurs qui dépassent largement les fondamentaux agricoles.
Le maïs suit une trajectoire inverse. Les cours restent orientés à la baisse, pénalisés par l’abondance des stocks mondiaux et par des anticipations de production élevées pour 2026. L’excès d’offre structurel limite toute perspective de rebond significatif. Cette configuration contribue à contenir la facture alimentaire mondiale, sans pour autant éliminer les risques liés à des chocs climatiques ou logistiques soudains.
Le compartiment énergétique offre un tableau tout aussi contrasté. Le pétrole prolonge un rebond mesuré en ce début d’année. Le Brent et le WTI bénéficient d’ajustements techniques et d’une amélioration temporaire du sentiment de marché. La détente relative des tensions géopolitiques a réduit la prime de risque intégrée dans les prix. Mais cette reprise reste fragile. L’excédent d’offre, alimenté par la remontée des capacités de production de l’OPEP+ et par une demande mondiale encore modérée, limite toute dynamique haussière durable. Pour le Maroc, dont la facture énergétique reste un poste sensible des équilibres macroéconomiques, cette stabilité relative constitue un soulagement prudent, mais non une garantie.
À l’opposé, le gaz naturel américain enregistre un net repli. Selon l’analyse de BKGR, ce mouvement traduit un marché mieux approvisionné, soutenu par la montée en puissance des capacités de gaz naturel liquéfié. Cette détente contribue à rééquilibrer le marché mondial, même si ses effets indirects sur les coûts énergétiques restent différenciés selon les régions.
Les métaux confirment, eux aussi, ce climat d’attentisme. Après une année 2025 exceptionnelle, les métaux précieux entrent dans une phase de correction. L’or recule sous l’effet des prises de bénéfices, sans que les soutiens de fond ne soient remis en cause. Les achats souverains, un environnement de taux réels plus favorable et un contexte géopolitique toujours incertain continuent de jouer un rôle d’amortisseur. L’argent subit un ajustement plus brutal, effaçant une partie de ses gains dans un mouvement de normalisation après une période de forte tension sur l’offre.
Du côté des métaux de base, l’aluminium, le cuivre et le nickel reculent également. Les marchés privilégient une approche prudente, en l’absence de signaux clairs sur la vigueur de la croissance mondiale. Les perspectives liées à l’électrification et à la transition énergétique restent porteuses à moyen terme, mais elles ne suffisent pas, à ce stade, à inverser le sentiment dominant.
En définitive, ce début de 2026 s’apparente davantage à une phase de réglage qu’à un véritable tournant. Comme le souligne BKGR, les marchés des matières premières évoluent dans une zone d’équilibre fragile, dominée par des ajustements techniques plus que par des ruptures de tendance. Pour le Maroc, l’enjeu est clair : tirer parti de cette accalmie relative pour renforcer la résilience économique, tout en restant vigilant face à des marchés mondiaux où la moindre tension peut rapidement faire basculer l’équilibre.












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