Université, alliance européenne, Maroc : la méthode Archiba fait école
Originaire de Casablanca, Abdelhakim Archiba revendique un ancrage marocain intact, malgré une carrière largement construite en Europe. Ce lien n’a rien d’anecdotique. Il irrigue une manière d’exercer le pouvoir académique fondée à la fois sur la mobilité, l’ouverture et la fidélité aux réalités du terrain. Après un long passage à l’UCLouvain, puis des expériences à Paris et à Montréal, il s’impose dans le nord de la France comme l’un des artisans d’une transformation profonde de l’enseignement supérieur. Valenciennes devient alors son laboratoire. Non pas un simple laboratoire scientifique, mais un laboratoire institutionnel.
Arrivé en 2009, il prend rapidement en main la recherche avant d’être élu président de l’université en 2016. À ce moment-là, l’établissement est à la croisée des chemins : fusionner avec d’autres universités régionales ou inventer un autre modèle. Abdelhakim Archiba choisit la seconde voie. Son pari : faire émerger une université polytechnique capable de réconcilier sciences, technologies, sciences humaines et sociales dans une même architecture stratégique. Une ambition qui suppose non seulement une réforme interne, mais aussi une évolution du cadre légal français. C’est là que le projet prend une dimension rare : pour rendre possible cette nouvelle organisation, il faut modifier la loi, intégrer de nouvelles composantes, dont l’INSA, et installer un modèle expérimental appelé à devenir durable.
Cette transformation n’a pas été qu’un exercice administratif. Elle a redéfini la philosophie même de l’institution. La Polytechnic Hauts-de-France s’est peu à peu imposée comme l’une des premières universités françaises à sortir du statut expérimental pour entrer dans une forme stabilisée, avec une autonomie renforcée. L’établissement gère désormais un patrimoine important réparti sur plusieurs sites, avec une capacité nouvelle à administrer ses actifs, aménager ses campus et penser son attractivité autrement. Pour Abdelhakim Archiba, la qualité d’une université ne se joue pas uniquement dans les publications ou les diplômes. Elle se lit aussi dans la beauté d’un campus, dans sa capacité à accueillir, à donner envie, à produire de la fierté collective.
Cette approche peut sembler secondaire dans un univers souvent dominé par les chiffres, les classements et les budgets. Elle est en réalité hautement politique. Faire d’un campus un lieu désirable, fonctionnel et vivant, c’est refuser une vision grise de l’université publique. C’est aussi affirmer qu’un établissement d’enseignement supérieur doit être un espace de rayonnement, de cohésion et de projection. Cette logique a guidé la rénovation de l’université, malgré les résistances et les doutes initiaux, notamment sur les financements nécessaires à une telle mutation. Là encore, le pari a tenu.
Mais l’autre grande dimension du projet Archiba se joue à l’échelle européenne. Avec l’alliance ENIS, il porte une vision d’université continentale, construite sur les coopérations, les diplômes conjoints et la circulation des savoirs. Cette dynamique s’inscrit dans le mouvement des universités européennes impulsé à partir de 2017, mais elle prend sous sa conduite une résonance plus large : dépasser l’Europe sans la nier, ouvrir l’alliance à des partenaires qui comptent, et faire du dialogue euro-méditerranéen une réalité académique concrète. C’est dans ce contexte que l’Université Mohammed VI Polytechnique a rejoint ENIS. Un choix qui a suscité débat, mais qu’Abdelhakim Archiba a défendu avec conviction, au nom de la qualité de l’institution marocaine et de la nécessité d’élargir les horizons de la coopération universitaire.
Sa position est claire : le Maroc n’a pas à être regardé comme un partenaire périphérique ou symbolique. Il peut être un acteur de plein droit dans les alliances d’excellence, à condition d’être jugé sur ses standards, ses résultats et sa capacité d’innovation. Cette défense de l’UM6P n’est pas seulement un geste d’attachement personnel. C’est aussi une manière de contester les hiérarchies académiques figées, celles qui valorisent l’ancienneté institutionnelle plus que la pertinence des projets. En creux, le message est net : les universités du Sud n’ont pas à attendre qu’on leur fasse une place ; elles doivent être reconnues pour ce qu’elles produisent déjà.
La singularité de cette démarche tient enfin à son rapport au réel. Abdelhakim Archiba revendique un modèle universitaire fondé sur la résolution de problèmes concrets, les liens avec l’industrie et l’engagement territorial. Dans sa lecture, l’université ne peut plus se contenter d’une abstraction savante coupée des besoins économiques et sociaux. Elle doit travailler avec les entreprises, dialoguer avec les filières productives, accompagner les transformations industrielles et même porter une diplomatie culturelle. Les années thématiques consacrées à différents pays, dont le Maroc, illustrent cette volonté de faire du campus un lieu de savoir, mais aussi de mémoire, de célébration et de rencontre.
À travers cette trajectoire, se dessine une leçon plus vaste. Le rôle d’un président d’université ne se limite plus à gérer une maison académique. Il consiste à inventer des modèles, bâtir des alliances, négocier avec les cadres juridiques, attirer des partenaires et donner un récit à son institution. Abdelhakim Archiba incarne cette nouvelle figure : celle d’un stratège universitaire qui pense simultanément réforme interne, rayonnement européen et ancrage marocain. Une figure encore rare, mais de plus en plus nécessaire dans un monde où la bataille de l’enseignement supérieur est devenue une bataille d’influence.
Arrivé en 2009, il prend rapidement en main la recherche avant d’être élu président de l’université en 2016. À ce moment-là, l’établissement est à la croisée des chemins : fusionner avec d’autres universités régionales ou inventer un autre modèle. Abdelhakim Archiba choisit la seconde voie. Son pari : faire émerger une université polytechnique capable de réconcilier sciences, technologies, sciences humaines et sociales dans une même architecture stratégique. Une ambition qui suppose non seulement une réforme interne, mais aussi une évolution du cadre légal français. C’est là que le projet prend une dimension rare : pour rendre possible cette nouvelle organisation, il faut modifier la loi, intégrer de nouvelles composantes, dont l’INSA, et installer un modèle expérimental appelé à devenir durable.
Cette transformation n’a pas été qu’un exercice administratif. Elle a redéfini la philosophie même de l’institution. La Polytechnic Hauts-de-France s’est peu à peu imposée comme l’une des premières universités françaises à sortir du statut expérimental pour entrer dans une forme stabilisée, avec une autonomie renforcée. L’établissement gère désormais un patrimoine important réparti sur plusieurs sites, avec une capacité nouvelle à administrer ses actifs, aménager ses campus et penser son attractivité autrement. Pour Abdelhakim Archiba, la qualité d’une université ne se joue pas uniquement dans les publications ou les diplômes. Elle se lit aussi dans la beauté d’un campus, dans sa capacité à accueillir, à donner envie, à produire de la fierté collective.
Cette approche peut sembler secondaire dans un univers souvent dominé par les chiffres, les classements et les budgets. Elle est en réalité hautement politique. Faire d’un campus un lieu désirable, fonctionnel et vivant, c’est refuser une vision grise de l’université publique. C’est aussi affirmer qu’un établissement d’enseignement supérieur doit être un espace de rayonnement, de cohésion et de projection. Cette logique a guidé la rénovation de l’université, malgré les résistances et les doutes initiaux, notamment sur les financements nécessaires à une telle mutation. Là encore, le pari a tenu.
Mais l’autre grande dimension du projet Archiba se joue à l’échelle européenne. Avec l’alliance ENIS, il porte une vision d’université continentale, construite sur les coopérations, les diplômes conjoints et la circulation des savoirs. Cette dynamique s’inscrit dans le mouvement des universités européennes impulsé à partir de 2017, mais elle prend sous sa conduite une résonance plus large : dépasser l’Europe sans la nier, ouvrir l’alliance à des partenaires qui comptent, et faire du dialogue euro-méditerranéen une réalité académique concrète. C’est dans ce contexte que l’Université Mohammed VI Polytechnique a rejoint ENIS. Un choix qui a suscité débat, mais qu’Abdelhakim Archiba a défendu avec conviction, au nom de la qualité de l’institution marocaine et de la nécessité d’élargir les horizons de la coopération universitaire.
Sa position est claire : le Maroc n’a pas à être regardé comme un partenaire périphérique ou symbolique. Il peut être un acteur de plein droit dans les alliances d’excellence, à condition d’être jugé sur ses standards, ses résultats et sa capacité d’innovation. Cette défense de l’UM6P n’est pas seulement un geste d’attachement personnel. C’est aussi une manière de contester les hiérarchies académiques figées, celles qui valorisent l’ancienneté institutionnelle plus que la pertinence des projets. En creux, le message est net : les universités du Sud n’ont pas à attendre qu’on leur fasse une place ; elles doivent être reconnues pour ce qu’elles produisent déjà.
La singularité de cette démarche tient enfin à son rapport au réel. Abdelhakim Archiba revendique un modèle universitaire fondé sur la résolution de problèmes concrets, les liens avec l’industrie et l’engagement territorial. Dans sa lecture, l’université ne peut plus se contenter d’une abstraction savante coupée des besoins économiques et sociaux. Elle doit travailler avec les entreprises, dialoguer avec les filières productives, accompagner les transformations industrielles et même porter une diplomatie culturelle. Les années thématiques consacrées à différents pays, dont le Maroc, illustrent cette volonté de faire du campus un lieu de savoir, mais aussi de mémoire, de célébration et de rencontre.
À travers cette trajectoire, se dessine une leçon plus vaste. Le rôle d’un président d’université ne se limite plus à gérer une maison académique. Il consiste à inventer des modèles, bâtir des alliances, négocier avec les cadres juridiques, attirer des partenaires et donner un récit à son institution. Abdelhakim Archiba incarne cette nouvelle figure : celle d’un stratège universitaire qui pense simultanément réforme interne, rayonnement européen et ancrage marocain. Une figure encore rare, mais de plus en plus nécessaire dans un monde où la bataille de l’enseignement supérieur est devenue une bataille d’influence.












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