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OÙ EN EST LA SANCTION DE NOS SOCIÉTÉS PÉTROLIÈRES ?




Ils s’en mettent plein les poches !

L’élan aux contours démocratiques qui   coiffait un temps, quoiqu’en vitesse,  l’opinion publique marocaine semble accuser un engourdissement aux ailes jadis engouées. Un élan qui carburait de par le dossier à la  texture noiraude, fortement argentée,  et  qui  n’est autre que celui des hydrocarbures.

Un dossier enflammé, monté en épingle, soumis  malgré lui à la loupe balbutiante    du conseil de la concurrence fraichement ressuscité en 2018. Soit dit en passant, n’est-ce pas qu’une loupe traversée par un flux de lumière puisse tout bonnement  embraser l’objet qui lui est soumis ?    

D’aucuns crieraient au cadeau empoisonné, tant celui-ci menaçait  de partir en échardes, pour ainsi enfumer le peu de raison qui faisait mur à l’emportement générale. Car, depuis que le gouvernement Benkirane a fermé la vanne de  la subvention aux  pétroliers marocains,   dérégulé ce marché structurant  dont les rentrées furent jusque-là plafonnées,  pour ainsi donner lieu, et c’est tout à son honneur,  à une concurrence libre, supposé qu’elle soit loyale. 

Depuis l’année 2015 donc, il y eut un débordement qui fit le lit à une course folle aux allures effrénées, animée par le seul appât du gain  . Une dérégulation sensée alléger le coût criard  encaissé à regret  par la modeste bourse du citoyen marocain, mais qui fit plutôt les choux gras de   nos sociétés pétrolières qui, pour les uns,  ont vu leurs bénéfices tripler. 

Faisons parler les chiffres pour ainsi donner une forme objective à la teneur de notre préambule. Les sociétés pétrolières, après dérégulation, enregistrèrent de 2015 à 2018 un gain estimé à un dirham le litre. Et puisque les chiffres ne valent par eux même, et qu’il sied de les soumettre à l’effort de la comparaison pour étayer notre approche, notons qu’en France le gain moyen par litre se situe aux alentours de dix centimes. Tout y est dit.

 

Un oligopole avéré !

 

Il ne fallut que peu pour que l’opinion publique s’éprenne entière, et   par le truchement du parlement de ce dérèglement téméraire qui prend de court les poches dévastées et citoyennes. Car, dire que le marché pétrolier est un marché structurant n’est pas une vaine composition.

Celui-ci, par le fait qu’il soit incontournable, se répercute inéluctablement sur les produits de consommation journalières et des plus rudimentaires. Le conseil de concurrence, saisi de cette affaire incendiaire, conclut à une éventuelle entente entre les sociétés pétrolières.  

Toutefois, l’idée d’un « Cartel » est écarté. Ce dernier supposerait que l’une des sociétés indiquerait un seul et même point de ravitaillement à l’ensemble  de ses concurrents, que ce groupement se  procurerait donc son pétrole à prix unique, et que la différence de gains ne serait autre que structurel. 

Autrement dit, celui qui aurait accumulé le plus de point de vente, serait, par le bienfait  de l’économie de l’échelle, favorisé par  rapport à ses rivaux ou ses complices en vérité, et pourrait donc enregistrer un gain supérieur. Mais le manquement à l’éthique est avéré, tant l’entente entre nos pétroliers marocains ne prêtent plus au doute. 

 

Les zones d’ombres du conseil de la concurrence

 

La sanction est tombée, le conseil de concurrence, doté d’un pouvoir coercitif en sus de celui consultatif, a fixé, dans un premier temps, une amende de 9 % du chiffre d’affaire annuel  pour les trois premiers pétroliers marocains, puis des amendes moindres pour ceux qui suivent.

Notons que la sanction maximale qu’il puisse appliquer  est de l’ordre  de 10% et que nous ignorons les tenants et les aboutissants de cette marge infranchissable. Car, la sanction ne devrait-elle pas peser en fonction des dépassements perpétrés par les contrevenants ?

Une sanction votée par l’ensemble des membres à l’exception d’un. L’enquête dûment accomplie est envoyé au cabinet royal à la date du 23 Juillet 2020, Pour que cinq jours plus tard, celle-ci se vit sa sanction revisitée, revue à la baisse par le conseil,  pour qu’ ainsi elle atteigne les 8%. 

Deux jours plus tard, c’est la mèche de plus,  le conseil de concurrence, ne sut se préserver contre le brasier des hydrocarbures,  prit feu de par les dissensions entre ses membres, Notre ironie  gaillarde pourrait aller jusqu’à prêter le flanc aux superstitions bibliques, de là, titiller  la malédiction soutenue  par le chiffre 13. 

C’est que ceux-ci comptent treize membres autour d’une seule et même table. Toutefois nous ne pousserons pas la plaisanterie jusqu’à désigner de « Juda» celui qui s’est abstenu de voter.   

C’est à l’image des adeptes qui se retournent contre leur maitre. Driss Guerraoui, président du conseil, eut droit à toutes les ignominies. Celui-ci fut accusé par les siens de servir des agendas personnels, de forcer la main aux uns et aux autres au moment  des votes, d’un manque de transparence qui stipule  que les membres n’auraient pas eu accès à l'ensemble  des éléments du dossier, et l’on peut aligner un tas de choses de cet ordre.

Aussi les membres  du conseil n’ont pas manqué d'adresser  une lettre  à l’intention du cabinet royal pour dénoncer ce qui ,selon leur perception, serait un manquement à l’éthique. Le cabinet royal, quant à lui, n’a pas tardé à  rendre publique cette mésentente  aux airs malsains qui se tisse entre le président du conseil et ses membres. Sa Majesté le Roi Mohamed VI a dès lors désigné un conseil de sages pour trancher dans cette affaire louche en tout point. 

 

Un complot intéressé ?

 

Voilà maintenant  plus de trois mois que l’opinion publique  court après  cette affaire qui lui tient les tripes. Une affaire que le souverain a tenu à rendre publique, chose perçue par la société marocaine comme étant une ouverture donnée sur  la démocratie et  son corollaire, la transparence. 

Il faut dire que ce problème qui couve un autre, ce problème-poupées-russes,  a fait mauvaise presse chez nombre de marocains.  Le fait qu’un conseil ne puisse être à même de résoudre ses problèmes internes,  qui n’hésite nullement devant l’alternative  d’emprunter le canal de la dénonciation, qui, peut-être, croyaient-ils demeurerait  inconnue du public. 

Mauvais calcul peut-être ?  Ces membres rebels,  s’attendaient-ils à voir sauter le président en douce ? Sans éveiller le moindre soupçon ? Sans que cela soit pour autant  portée à l'oreille du président, encore moins à l’oreille publique ? y-a-t-il eu manigance ?  Un complot intéressé ?

La question vaut le détour tant le secteur pétrolier renferme de ces intérêts majeurs de personnes hauts placés et sur  l’échiquier politique et sur la scène nationale. Y eu-t-il, de part ou d’autre, une volonté de passer sous silence un dossier aussi pétaradant  que celui des hydrocarbures, moyennant quelques initiatives mal intentionnées ? 

De ces quelques pratiques douteuses ?  Moralement blâmables, néfaste pour notre économie marocaine ? Rappelons que le conseil des sages fut constitué  de par les présidents des deux chambres, le président de la chambre constitutionnelle, le président de la cour des comptes, le gouverneur de la banque du Maroc, ainsi que le président de l’instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption. Vivement une suite à cette affaire engourdie !

 

Hicham Aboumerrouane









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