Depuis deux ans et demi, en effet, les chiffres et les rapports sont contradictoires, entre ceux présentés par le service public, essentiellement l’Agence du développement du Haut-Atlas et le ministère de l’Aménagement du territoire d’une part, les différentes structures de la société civile d’autre part.
Dans une démocratie, il existe en règle générale des contre-pouvoirs qui permettent de nuancer les bilans triomphalistes des autorités publiques.
Pour le séisme de 2023, chacun est dans son rôle, l’Etat en faisant ce qu’il doit et la société civile en dénonçant ce qu’elle voit ; entre les deux, des dizaines de milliers de personnes sinistrées, qui attendent juste un retour à la vie normale d’avant le tremblement de terre.
Ils sont en droit de nourrir un tel espoir, eu égard au budget réuni et affecté à ces opérations de reconstruction et de réhabilitation, soit 120 milliards de DH, ou encore 7 à 8% du PIB.
Globalement, on peut dire que les travaux sont en cours et avancent correctement, et les indemnisations sont versées normalement aussi.
Que critiquent ces associations et autres organismes de la société civile ? L’Observatoire du Programme de reconstruction post-séisme d’Al Haouz, porté par Transparency Maroc, vient de publier un rapport – deuxième du genre – qui mérite d’être examiné et discuté dans un débat contradictoire impliquant les sinistrés de la Coordination des victimes du séisme ou d’autres organismes.
Ces structures dénoncent en général la lenteur de l’action publique, l’insuffisance des aides financières face au coût réel des opérations de reconstruction, et un certain manque de transparence dans la gestion des fonds publics.
Cela conduit à la perception d’inégalités et/ou d’inefficacité de l’administration dans la prise de décision et la conduite des opérations.
Le rapport de l’Observatoire arrive à cette rude et triste conclusion que « le processus de reconstruction est inégal, lent et socialement inéquitable ».
On ne peut décemment pas soutenir l’idée que l’action de l’Etat est médiocre, de la même façon que l’on ne peut raisonnablement condamner les constats de la société civile, dont les membres et les militants, tous bénévoles, sont sur le terrain, et constatent de visu ce qu’ils reprochent à l’Etat.
D’où la nécessité d’un débat, d’une explication publique où les uns et les autres dérouleront leurs arguments et montreront leurs actions.
Il est en effet inadmissible que dans un pays comme le Maroc, lesté de ses nouvelles ambitions, des gens continuent de vivre sous des tentes, deux ans et demi après le drame, et que d’autres logent dans des conteneurs, et qu’une troisième catégorie n’ait pas reçu d’indemnités, pour quelque raison que ce soit.
Lors de sa récente conférence de presse, Transparency Maroc dénonce ces faits et demande à ce que soit mise en place une cartographie détaillée et dynamique, régulièrement actualisée, qui permettrait de suivre l’évolution des travaux et des relogements des populations sinistrées.
Le gouvernement et ses différentes structures devraient accepter d’instaurer une gouvernance plus agile et plus transparente car l’étendue des dégâts est gigantesque et celle des travaux à mener titanesque :
La tâche est tellement énorme qu’impliquer la société civile ne serait pas superflu.
On répondra que c’est la tâche du service public que de reconstruire et de réhabiliter, mais il faut se souvenir de l’extraordinaire élan de solidarité qui s’était manifesté au lendemain du tremblement de terre ; tous ces milliers de gens qui avaient vidé les rayons des supermarchés, qui s’étaient organisées en mettant en branle des dizaines de caravanes d’aides et de vivres méritent de la considération, eux aussi.
Reconstruire et réhabiliter est une obligation, informer et communiquer est un devoir.
Mais savoir, ou simplement soupçonner, l’existence de manquements non résolus et d’autres abus impunis est tout simplement injustifiable et intolérable.
Dans la gestion de l’après-séisme, impliquer la société civile et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire serait une bonne initiative.












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