Arrivé à la tête de la CAF le 12 mars 2021 à Rabat, auréolé de son image de capitaine d’industrie visionnaire, Motsepe s’est progressivement imposé comme un champion de l’apparence. Slogans consensuels, postures diplomatiques et absences prolongées ont fini par dessiner le portrait d’un dirigeant qui s’efface dès que surviennent les crises majeures.
L’épisode du « scandale en 4K » de la finale Maroc–Sénégal, suivi de l’appel déposé par la FRMF le 4 février 2026, a mis en lumière cette posture. Là où Fouzi Lekjaa a exigé l’application stricte du Code disciplinaire, réclamant transparence et justice sportive, le président de la CAF s’est réfugié dans un discours institutionnel aseptisé, invoquant l’indépendance des commissions. Un argument souvent brandi comme un paravent pour éviter toute responsabilité politique.
Cette attitude n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue série de controverses où le silence présidentiel a remplacé l’arbitrage et le courage décisionnel. Quand le football africain réclame des choix forts, Motsepe préfère la discrétion. Une posture inquiétante pour le premier responsable de l’instance continentale.
Les louanges répétées adressées au Maroc – présenté comme organisateur exemplaire et pilier du développement du football africain – contrastent fortement avec les faits. Si les « brother » fusent devant les caméras, l’effacement est total dès que les enjeux deviennent sensibles. Gouverner, chez Motsepe, semble se résumer à exister, laissant le véritable travail à d’autres.
Présenté comme l’homme du renouveau après les mandats controversés d’Issa Hayatou et d’Ahmad Ahmad, le président sud-africain n’a pourtant pas imprimé de rupture réelle. Les progrès financiers de la CAF reposent essentiellement sur des leviers préexistants : droits TV, partenariats et subventions de la FIFA. Sur le plan institutionnel, les maux persistent : arbitrage décrié, VAR inégalement utilisée, programmation chaotique, compétitions mal organisées.
Les révélations de Jeune Afrique ont dressé un tableau sévère d’une présidence distante, peu impliquée dans l’opérationnel, largement délégué à un secrétaire général controversé. Malgré des audits pointant des pertes importantes et des irrégularités financières, la réaction est restée limitée à des déclarations rassurantes, sans réformes structurelles.
Le second mandat, entamé en 2025, s’est surtout illustré par une hausse des primes, mesure symbolique mais insuffisante pour masquer l’absence de vision globale. Pendant ce temps, Motsepe multiplie les apparitions médiatiques et les cérémonies, davantage occupé à brandir des trophées qu’à transformer l’institution.
Car Patrice Motsepe reste avant tout un homme d’affaires milliardaire. Sa fortune, bâtie sur les mines, la finance et l’assurance, confère au Maroc une importance stratégique majeure, notamment à travers Sanlam, acteur clé du marché national de l’assurance. Cette réalité économique éclaire d’un jour nouveau la bienveillance affichée envers le Royaume, perçu aussi comme un marché essentiel à préserver.
À cela s’ajoute une dimension géopolitique sensible : Motsepe est le beau-frère du président sud-africain Cyril Ramaphosa, dont les positions diplomatiques sur des dossiers cruciaux pour le Maroc sont ouvertement hostiles. Le football africain se retrouve ainsi au croisement des intérêts économiques, politiques et diplomatiques.
Au fil du temps, l’image s’est installée : celle d’un président de la CAF davantage facilitateur de réseaux et d’influences que bâtisseur institutionnel. Sous couvert de fraternité et de consensus, le football africain semble relégué au rang d’outil, au service de stratégies personnelles et d’ambitions futures.
Si l’histoire devait juger le passage de Patrice Motsepe à la tête de la CAF, elle pourrait retenir moins un réformateur qu’un virtuose du paraître. Un dirigeant expert dans l’art de sourire pendant que l’institution qu’il préside continue de chercher son cap, et que les passionnés de football africain, au Maroc comme ailleurs, risquent un jour de payer le prix de cette gouvernance sans courage.












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