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Péril virtuel sur Taïwan


Le pire cauchemar de Washington va-t-il se réaliser ? Apportant déjà leur appui à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, les États-Unis n’ont sûrement pas les moyens d’affronter la Chine si cette dernière décidait de conquérir Taïwan.



« L’armée chinoise n’hésitera pas un instant à déclencher une guerre, quel qu’en soit le prix, si quiconque osait séparer Taïwan de la Chine ».

Ces propos menaçants, tenus le 12 juin à Singapour par le ministre chinois de la défense, le Général Wei Fenghe, à son homologue américain, le Général Lloyd Austin, contrastent par rapport à la traditionnelle retenue des hauts responsables chinois.

Les médias occidentaux ont aussitôt réagi pour dénoncer une attitude belliqueuse de Pékin, tout en estimant peu probable le déclenchement effectif d’hostilités entre la Chine et les États-Unis à propos de Taïwan. 
Ils n’ont toutefois pas manqué de rappeler qu’une autre déclaration provocatrice, celle du président Joe Biden au Japon le mois dernier, explique la réaction de Pékin.

En affirmant que les États-Unis étaient prêts à défendre militairement Taïwan, Biden a failli à une vielle règle de l’administration américaine : ne jamais se prononcer clairement sur la réaction des États-Unis en cas de tentative d’invasion de l’île par la Chine.

Un pays, deux systèmes

Pour rappel, Taïwan est une île, auparavant appelée Formose, située dans l’océan pacifique, à 200 kms des côtes de la Chine continentale. En 1945, les troupes du Général Tchang Kaï-Chek, chef du parti nationaliste chinois Kuomintang, y débarquent, chassé du continent par les communistes.

Mais alors que les nationalistes chinois s’imaginaient qu’il s’agissait là d’un simple retrait stratégique, dans la perspective d’un retour sur le continent pour une reprise des rennes du pouvoir, ils ont fini par s’installer définitivement sur l’île de Taïwan.

Depuis lors la Chine a, de fait, deux gouvernements, celui de la république populaire de Chine, à Pékin, et celui de la république de Chine, à Taipei. Et ce parce que les deux parties ont longtemps gardé espoir de débarquer chez l’autre.

Si les nationalistes chinois ont perdu toute illusion à ce sujet, les communistes comptent bien un jour s’emparer de l’île, dans le cadre de la politique de réunification officiellement prônée, sans toute fois d’empressement à y parvenir.

Les puces de la sanctuarisation

Pays de 24 millions d’habitants, Taïwan jouit d’une économie florissante. C’est le leader mondial de l’industrie des semi-conducteurs, l’entreprise taïwanaise de haute technologie TSMC est même l’unique fabricant de microprocesseurs d’une finesse de gravure de 5 nanomètres.

L’armée des États-Unis ne peut tout simplement pas se permettre de perdre son seul fournisseur de puces, qui servent entre autres aux systèmes de guidage des missiles. Encore moins de permettre à la Chine de s’en emparer.

Maintenant que « l’ambiguïté stratégique », savamment cultivée par Washington depuis les années 70, a été atomisée par la déclaration suscitée du président Biden, Pékin se sent les mains libres pour accentuer la pression sur Taïwan.

Le contexte international actuel s’y prête, par ailleurs, parfaitement. Pendant que les dirigeants occidentaux regardent avec horreur l’armée ukrainienne, qu’ils soutiennent à tour de bras, se désagréger jour après jour sous les coups de boutoir de artillerie russe, les Chinois jubilent. 

Guerre sans armes

Pékin sait que les dirigeants de Taïwan observent également de très près l’évolution de la situation en Ukraine et ne vont pas manquer d’en tirer les leçons qui s’imposent concernant la crédibilité et l’efficacité de l’appui de leurs alliés occidentaux en cas de conflit avec la Chine.

La principale arme utilisée par les pays occidentaux contre la Russie a été celle des sanctions, dans la perspective d’y provoquer une crise économique et sociopolitique telle que le régime de Poutine en serait renversé.

Nul besoin de préciser que la guerre financière déclenchée contre la Russie a non seulement échouée, la cote du rouble étant même plus élevée qu’avant guerre, mais, par effet boomerang, ces sanctions ont surtout causé de graves problèmes aux pays de l’Union européenne.

Les stratèges militaires chinois, adeptes des méthodes non-militaires de faire la guerre, savent pertinemment que toute tentative de réunification avec Taïwan par la force va tourner au bain de sang pour les deux belligérants.

Taïwan n’est pas l’Ukraine

Militairement, il n’y a aucune comparaison entre l’Ukraine et Taïwan. Le premier pays partage une frontière terrestre de 1580 kms avec la Russie, le long de laquelle vivent, du côté ukrainien, des populations ethniquement russes.

Le second est une île distante de la Chine continentale de 200 kms et dont les habitants, même si ethniquement chinois, sont fermement décidés à ne pas se laisser gouverner par les communistes.

Outre les États-Unis, Taïwan compte également le Japon et la Corée du sud, voisins, parmi ses alliés. Ces derniers sont encore moins disposés que Washington à voir la Chine absorber Taïwan.

Les incursions répétées des navires militaires et chasseurs chinois dans l’espace maritime et aérien taïwanais servent apparemment surtout à maintenir les dirigeants de Taipei dans la crainte d’un débarquement chinois toujours imminent, mais jamais effectif.

L’indépendance, c’est la guerre

Si Pékin exploite la guerre en Ukraine pour accroître la pression sur Taipei, c’est essentiellement pour brider les velléités l’indépendance de l’actuelle président taïwanaise, Tsai Ing-wen.

Une séparation définitive de l’île avec la Chine continentale est, en effet, un scénario totalement inadmissible pour Pékin.

Le statu-quo actuel arrange donc autant Pékin, Taipei que Washington, même si chacun se sent obligé de hausser le ton pour des raisons de politique intérieure.

Effarouchés par la déclaration martiale du ministre de la défense chinois, les médias occidentaux se sont aussitôt mis à fantasmer des scénarios d’affrontements militaires apocalyptiques entre la Chine et les États-Unis.

En supposant, encore une fois, irrationnel le dirigeant chinois, Xi Jinpin, comme ce fut le cas pour Vladimir Poutine.
« Un moment de patience peut préserver de grands malheurs, un moment d’impatience, détruire toute une vie », dirait plutôt un proverbe chinois.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mardi 14 Juin 2022

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