Le football est devenu une affaire nationale
La question n’est pourtant pas aussi simple qu’elle en a l’air. Les Marocaines se sont-elles soudainement découvert une passion pour le football ? Ou sont-elles devenues plus visibles dans un univers qu’elles fréquentaient déjà, mais où leur parole était rarement considérée comme légitime ?
Le premier accélérateur est évidemment sportif. Depuis l’épopée des Lions de l’Atlas au Qatar en 2022, le football marocain n’est plus seulement un championnat, une rivalité entre clubs ou un loisir du week-end. Il est devenu l’un des grands récits collectifs du pays.
Le parcours du Maroc jusqu’aux quarts de finale du Mondial 2026, conclu par une défaite contre la France le 9 juillet, a confirmé que cette mobilisation ne relevait pas d’un souvenir passager. Lorsqu’une sélection devient un symbole national, elle élargit naturellement son public. Le match entre alors dans les familles, les conversations professionnelles, les groupes de messagerie et les réunions entre amis.
Cette ferveur ne se transmet plus seulement de père en fils. Elle circule entre frères et sœurs, couples, collègues, mères et enfants. Le football est progressivement devenu une expérience familiale.
La transformation la plus profonde vient peut-être du football féminin lui-même.
Finalistes de la Coupe d’Afrique des nations en 2022, les Lionnes de l’Atlas ont ensuite été la première équipe arabe à disputer une Coupe du monde féminine. En 2023, elles ont atteint les huitièmes de finale dès leur première participation. En 2025, elles ont encore joué une finale continentale, perdue 3-2 face au Nigeria.
Ces performances ont modifié l’imaginaire sportif. Une adolescente marocaine ne regarde plus uniquement Achraf Hakimi ou Yassine Bounou. Elle peut également s’identifier à Ghizlane Chebbak, Khadija Er-Rmichi ou aux nouvelles générations de joueuses.
La finale africaine de 2022, disputée devant environ 50 000 personnes à Rabat, avait d’ailleurs démontré que le football féminin était capable de provoquer une véritable ferveur populaire. Ce soir-là, le public n’était pas venu assister à une curiosité sportive. Il était venu soutenir une équipe nationale.
L’autre révolution tient dans la main.
Autrefois, entrer dans la culture du football supposait souvent d’être entouré de passionnés, de regarder régulièrement les matchs ou de fréquenter les cafés et les stades. Aujourd’hui, quelques minutes sur TikTok, Instagram ou YouTube suffisent pour retrouver un résumé, comprendre une action, écouter une analyse ou suivre la vie d’une joueuse.
Cette accessibilité a affaibli le monopole des anciens gardiens du temple. Une femme n’a plus besoin d’un frère ou d’un ami pour lui expliquer les règles. Elle peut construire seule sa culture sportive, choisir ses sources et publier sa propre analyse.
Le numérique n’a donc pas seulement diffusé le football. Il a redistribué la parole.
Tout n’est pas gagné pour autant. Les supportrices racontent encore régulièrement qu’elles doivent prouver leurs connaissances. Une erreur commise par un homme sera considérée comme une mauvaise analyse ; la même erreur commise par une femme pourra être utilisée pour remettre en cause sa présence dans tout le débat.
À cela s’ajoutent les remarques sexistes en ligne, les problèmes de transport après les rencontres nocturnes, le confort variable des stades ou le sentiment d’insécurité dans certains environnements très masculins.
La visibilité augmente donc plus vite que l’égalité réelle. Et il ne faudrait pas réduire les femmes à un marché
Les marques et les clubs ont compris que les supportrices représentent un public stratégique. Produits dérivés, campagnes numériques et offres familiales se multiplient. Mais une erreur serait de considérer les femmes uniquement comme une nouvelle catégorie de consommatrices.
Le véritable enjeu est plus large : développer la pratique des filles, consolider les clubs féminins, former des entraîneures, des arbitres et des journalistes, puis ouvrir davantage les instances de décision.
Avec la CAN féminine 2026 et les Coupes du monde féminines U17 organisées au Maroc jusqu’en 2029, le Royaume dispose d’une occasion rare. Il peut transformer une ferveur visible en héritage sportif durable.
Le football attire davantage les Marocaines parce qu’il est devenu plus accessible, plus national et mieux incarné. Mais aussi parce qu’elles ne demandent plus que leur passion soit validée par quelqu’un d’autre.
Le prochain progrès ne consistera donc pas simplement à voir davantage de femmes dans les tribunes. Il faudra aussi les retrouver sur les terrains, dans les rédactions, sur les bancs, dans les directions des clubs et autour des tables où se décide l’avenir du football marocain.
Le premier accélérateur est évidemment sportif. Depuis l’épopée des Lions de l’Atlas au Qatar en 2022, le football marocain n’est plus seulement un championnat, une rivalité entre clubs ou un loisir du week-end. Il est devenu l’un des grands récits collectifs du pays.
Le parcours du Maroc jusqu’aux quarts de finale du Mondial 2026, conclu par une défaite contre la France le 9 juillet, a confirmé que cette mobilisation ne relevait pas d’un souvenir passager. Lorsqu’une sélection devient un symbole national, elle élargit naturellement son public. Le match entre alors dans les familles, les conversations professionnelles, les groupes de messagerie et les réunions entre amis.
Cette ferveur ne se transmet plus seulement de père en fils. Elle circule entre frères et sœurs, couples, collègues, mères et enfants. Le football est progressivement devenu une expérience familiale.
La transformation la plus profonde vient peut-être du football féminin lui-même.
Finalistes de la Coupe d’Afrique des nations en 2022, les Lionnes de l’Atlas ont ensuite été la première équipe arabe à disputer une Coupe du monde féminine. En 2023, elles ont atteint les huitièmes de finale dès leur première participation. En 2025, elles ont encore joué une finale continentale, perdue 3-2 face au Nigeria.
Ces performances ont modifié l’imaginaire sportif. Une adolescente marocaine ne regarde plus uniquement Achraf Hakimi ou Yassine Bounou. Elle peut également s’identifier à Ghizlane Chebbak, Khadija Er-Rmichi ou aux nouvelles générations de joueuses.
La finale africaine de 2022, disputée devant environ 50 000 personnes à Rabat, avait d’ailleurs démontré que le football féminin était capable de provoquer une véritable ferveur populaire. Ce soir-là, le public n’était pas venu assister à une curiosité sportive. Il était venu soutenir une équipe nationale.
L’autre révolution tient dans la main.
Autrefois, entrer dans la culture du football supposait souvent d’être entouré de passionnés, de regarder régulièrement les matchs ou de fréquenter les cafés et les stades. Aujourd’hui, quelques minutes sur TikTok, Instagram ou YouTube suffisent pour retrouver un résumé, comprendre une action, écouter une analyse ou suivre la vie d’une joueuse.
Cette accessibilité a affaibli le monopole des anciens gardiens du temple. Une femme n’a plus besoin d’un frère ou d’un ami pour lui expliquer les règles. Elle peut construire seule sa culture sportive, choisir ses sources et publier sa propre analyse.
Le numérique n’a donc pas seulement diffusé le football. Il a redistribué la parole.
Tout n’est pas gagné pour autant. Les supportrices racontent encore régulièrement qu’elles doivent prouver leurs connaissances. Une erreur commise par un homme sera considérée comme une mauvaise analyse ; la même erreur commise par une femme pourra être utilisée pour remettre en cause sa présence dans tout le débat.
À cela s’ajoutent les remarques sexistes en ligne, les problèmes de transport après les rencontres nocturnes, le confort variable des stades ou le sentiment d’insécurité dans certains environnements très masculins.
La visibilité augmente donc plus vite que l’égalité réelle. Et il ne faudrait pas réduire les femmes à un marché
Les marques et les clubs ont compris que les supportrices représentent un public stratégique. Produits dérivés, campagnes numériques et offres familiales se multiplient. Mais une erreur serait de considérer les femmes uniquement comme une nouvelle catégorie de consommatrices.
Le véritable enjeu est plus large : développer la pratique des filles, consolider les clubs féminins, former des entraîneures, des arbitres et des journalistes, puis ouvrir davantage les instances de décision.
Avec la CAN féminine 2026 et les Coupes du monde féminines U17 organisées au Maroc jusqu’en 2029, le Royaume dispose d’une occasion rare. Il peut transformer une ferveur visible en héritage sportif durable.
Le football attire davantage les Marocaines parce qu’il est devenu plus accessible, plus national et mieux incarné. Mais aussi parce qu’elles ne demandent plus que leur passion soit validée par quelqu’un d’autre.
Le prochain progrès ne consistera donc pas simplement à voir davantage de femmes dans les tribunes. Il faudra aussi les retrouver sur les terrains, dans les rédactions, sur les bancs, dans les directions des clubs et autour des tables où se décide l’avenir du football marocain.












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