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“Pourquoi les artisans marocains sont-ils absents du débat sur l’intelligence artificielle ?”


Par Dr Az-Eddine Bennani.

À l’approche des prochaines élections législatives, les Marocains entendent déjà parler d’emploi, de pouvoir d’achat, de santé, d’éducation ou encore d’investissement. Pourtant, un sujet majeur pour l’avenir du Royaume reste encore largement absent du débat public : l’intelligence artificielle et ses impacts sur la société marocaine.

Mais une autre absence mérite également d’être interrogée : celle des artisans marocains eux-mêmes dans les débats sur l’intelligence artificielle.

Pourquoi les Maâlams, les Maâlamates et les Walds Maâlam du Maroc sont-ils quasiment absents des conférences, des forums, des réflexions stratégiques et des débats publics consacrés à l’IA ?

Pourquoi parle-t-on autant d’algorithmes, de plateformes, de modèles et d’automatisation sans donner la parole à celles et ceux qui portent depuis des siècles l’intelligence vivante du Maroc ?



Car les artisans marocains ne produisent pas uniquement des objets.

Ils transmettent :

- des méthodes ;
- des gestes ;
- des logiques ;
- des savoir-faire ;
- des formes d’apprentissage ;
- des cultures professionnelles ;
- et une mémoire collective accumulée depuis plusieurs générations.

À travers le zellige, le caftan, le bois sculpté, le cuivre, la broderie, le cuir, les tapis ou la calligraphie, les Maâlams marocains ont développé bien avant l’ère numérique une véritable intelligence du geste, de l’observation, de la transmission et de la création.

Le Maâlam apprend par :

- l’expérience ;
- l’erreur ;
- la répétition ;
- l’observation ;
- la correction ;
- la patience ;

- et la relation humaine.

Autrement dit, il comprend intuitivement ce que le monde redécouvre aujourd’hui sous d’autres noms :

- apprentissage ;
- mémoire ;
- transmission ;
- adaptation ;
- amélioration continue ;
- et intelligence collective. Le paradoxe est donc frappant.

Alors que l’intelligence artificielle transforme progressivement les métiers, les contenus, les modèles économiques et les savoir-faire, ceux qui incarnent l’intelligence humaine ancestrale du Maroc restent pratiquement invisibles dans les grands débats nationaux sur l’avenir numérique du pays.

Pourtant, les artisans sont probablement parmi les premiers concernés.

L’intelligence artificielle, les plateformes numériques, la mondialisation des contenus, les outils génératifs et l’automatisation risquent de transformer profondément :

- les métiers artisanaux ;
- les modèles de transmission ;
- les formes d’apprentissage ;
- les marchés ;
- les styles ;
- les usages ;
- et même la valeur symbolique du travail manuel.

Qui parle aujourd’hui de la protection des savoir-faire marocains à l’ère de l’IA ? Qui réfléchit à la numérisation responsable du patrimoine immatériel marocain ? Qui travaille sérieusement sur :

- la transmission numérique des métiers ;
- la préservation des gestes ;
- la valorisation des Maâlams ;
- ou encore la place des artisans dans les futures économies numériques et culturelles ? Le risque est réel.

Un pays qui importe massivement des technologies, des modèles culturels et des contenus générés ailleurs peut progressivement perdre sa capacité à produire ses propres représentations du monde.

La souveraineté numérique ne concerne donc pas uniquement les données ou les infrastructures technologiques. Elle concerne aussi :

- les imaginaires ;
- les langues ;
- les récits ;
- les savoir-faire ;
- les cultures ;
- et les formes d’intelligence humaine héritées de l’histoire des peuples.

C’est pourquoi Wald Maâlam lance aujourd’hui un appel symbolique : les artisans marocains doivent prendre part au débat national sur l’intelligence artificielle. Le débat sur l’IA ne peut pas être réservé :

- aux ingénieurs ;
- aux multinationales technologiques ;
- aux experts techniques ;
- ou aux seuls décideurs économiques.

Il doit aussi intégrer :

- les artisans ;
- les artistes ;
- les éducateurs ;
- les créateurs ;
- les porteurs de mémoire ;
- et toutes celles et ceux qui participent à la construction de l’identité culturelle du Royaume.

Car sans transmission, sans enracinement et sans intelligence humaine, la technologie risque de produire des sociétés performantes mais culturellement fragiles.

Le Maroc possède pourtant une richesse exceptionnelle : celle d’une civilisation où le savoir-faire artisanal reste encore vivant.

À l’heure de l’intelligence artificielle, cette richesse ne doit pas être considérée comme un simple héritage du passé. Elle peut devenir une ressource stratégique pour penser une approche marocaine, humaine et souveraine de l’intelligence artificielle.

La question mérite donc d’être posée clairement : “Pourquoi ceux qui donnent au Maroc une grande partie de son identité culturelle restent-ils absents du débat sur l’intelligence artificielle ?”

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Vendredi 15 Mai 2026


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